Les voix intimes, 1892· Poésies diverses
Bouquet de violettes
L’épée et la charrue
Nos aïeux, sur ce sol,‖ avec leur fière épéeOnt écrit ce grand mot :‖ civilisation !Nous, avec la charrue,‖ achevons l’épopéePar ce terme viril :‖ colonisation !
La presse
La presse, c’est le phare‖ illuminant le monde,Le phare qui répand‖ sa lumière fécondeDans les nombreux esprits‖ où l’erreur existait.Mais la mauvaise presse‖ attaque la moraleSape l’autorité,‖ provoque le scandaleEt renverserait tout,‖ si Dieu ne l’arrêtait !
Richesse et pauvreté
De la richesse naît‖ quelquefois l’avarice,Et le cœur de l’avare‖ est toujours malheureux ;Mais de la pauvreté‖ jamais ne vient ce viceVoilà pourquoi le pauvre‖ est si souvent joyeux.
L’orpheline et sa mère
Une orpheline, un jour,‖ demandait à sa mèrePourquoi, soir et matin,‖ elle priait Jésus ?C’est que, répondit-elle,‖ en lui je vois un pèreQui remplace celui‖ que tu n’embrasse plus !
Le doigt de dieu
Par un froid de décembre,‖ une tremblante mèreChez un riche orgueilleux‖ alla tendre la main ;Le riche en blasphémant‖ repoussa sa prière,Mais l’ange de la mort‖ le foudroya soudain.
La reconnaissance
Tout bienfaiteur a droit‖ à la reconnaissance ;L’être suprême à qui‖ nous devons l’existenceA les prémices de ce droit.C’est un devoir auquel‖ chaque bienfait nous lie,Et l’ingrat est un monstre‖ indigne de la vie,Un être à l’esprit trop étroit !
Ma politique
Ma politique à moi,‖ voulez-vous la connaître ?‒ Non, dites-vous ? ‒ Alors,‖ ce sera plus tôt fait !D’ailleurs, je vous dirais‖ qu’elle est encore à naître :Quoi ! cela vous étonne ?‖ et pourtant c’est un fait.
A nos frères exilés
O frères, qui vivez‖ loin de notre patrieEt qui gardez encore‖ avec idolâtrieLes coutumes, les mœurs‖ et la foi des aïeux,Soyez bénis ! Nos cœurs‖ caressent l’espéranceQu’un jour vous reviendrez‖ dans la Nouvelle-FrancePartager nos travaux‖ et leurs fruits glorieux !
Ah ! les enfants !
Bébé fait le malin‖ depuis une heure entière,Et la faible maman‖ ne peut le maîtriser.Soudain le père arrive‖ et se met en colère,Mais bébé l’adoucit‖ avec un seul baiser…
Les parvenus
Il est des parvenus‖ qui croient, dans leur folie,Que la toilette et l’or‖ éclipsent le génie,Et que tous leurs désirs‖ doivent être exaucés.Erreur ! car ici-bas‖ le génie est le maître,Et quand ces pauvres sots‖ s’efforcent de paraître,Ils sont pris en pitié‖ par les hommes sensés !
Tel père, tel fils
Autrefois, j’ai connu,‖ tout près de cette ville,Un gamin de neuf ans‖ qui blasphémait déjà.« Enfant, lui dis-je un jour,‖ cette habitude est vile.« Monsieur, répondit-il,‖ je fais comme papa ! »
Le mot patrie
Le mot patrie est doux‖ à l’oreille de l’homme ;L’enfant, sans le comprendre,‖ avec amour le nomme ;L’adulte en l’entendant‖ sent palpiter son cœur.A ce mot nous volons‖ sur le champ de bataille,Et pour lui nous bravons‖ le fer de la mitraille ;Ce mot veut dire enfin :‖ pays, famille, honneur !
22 octobre 1887.
Versification
- Forme
- Strophes variées
- Rimes
- 7(abab) 5(aabccb)
- Mètre
- Alexandrins surtout (56 de 12, 2 de 8)· profil 8, 6+6
- Strophes
- 1 sizain
- Mots à la rime
- a épée / l’épopée féminine, classiqueb civilisation / colonisation masculine, classiquea monde / féconde féminine, classiqueb existait / l’arrêtait masculine, classiquec morale / scandale féminine, classiquea l’avarice / vice féminine, classiqueb malheureux / joyeux masculine, classiquea mère / père féminine, classiqueb Jésus / plus masculine, classiquea mère / prière féminine, classiqueb main / soudain masculine, classiquea reconnaissance / l’existence féminine, classiqueb droit / étroit masculine, classiquec lie / vie féminine, classiquea connaître / naître féminine, classiqueb fait masculine, classiquea patrie / idolâtrie féminine, classiqueb aïeux / glorieux masculine, classiquec l’espérance / Nouvelle-France féminine, classiquea entière / colère féminine, classiqueb maîtriser / baiser masculine, classiquea folie / génie féminine, classiqueb exaucés / sensés masculine, classiquec maître / paraître féminine, classiquea ville / vile féminine, classiqueb déjà / papa masculine, classiquea l’homme / nomme féminine, classiqueb cœur / honneur masculine, classiquec bataille / mitraille féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.3· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
58 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Premières poésies, 1892· numérisation Project Gutenberg· Sources