Les voix intimes, 1892· Poésies diverses
Octave Crémazie
Prions pour l’exilé, qui, loin de sa patrie,
Expira sans entendre une parole amie ;
Isolé dans sa vie, isolé dans sa mort,
Personne ne viendra donner une prière,
L’aumône d’une larme à la tombe étrangère !
Qui pense à l’inconnu qui sous la terre dort ?OCTAVE CRÉMAZIE.
S’il est un nom qui rime‖ avec la poésie,C’est celui de l’illustre‖ Octave Crémazie,Le nom d’un barde bien-aimé ;D’un barde qui creusa,‖ comme le vieil HoraceDans le champ du génie‖ une profonde traceQue suivent Fréchette et Lemay.
Bien des fois, secouant‖ sa sombre rêverie,Il chanta sur son luth‖ l’amour de la patrieEt les vertus de nos aïeux ;Du prêtre canadien‖ il chanta la science,La foi, la charité‖ le dévouement immenseEt les triomphes glorieux !
En pleurant il chanta‖ le drapeau de la France,Ce riche talisman,‖ témoin de la vaillanceDe nos soldats à Carillon ;A ce vieux drapeau blanc‖ environné de gloire,Rappelait à son cœur‖ la plus belle victoireQu’eût remportée un bataillon !
Il chanta les vallons‖ tapissés de verdureQue le ciel a jetés,‖ ainsi qu’une bordure,Sur les rives du Saint-Laurent ;Il chanta les ruisseaux,‖ les lacs et les rivièresQui fécondent le sol,‖ et les cimes altièresOù gronde et bondit le torrent.
Il chanta tour à tour‖ le zéphyr, l’hirondelle,Le site merveilleux‖ de notre citadelleEt nos modestes monuments.La foi de nos martyrs‖ inspirait ses mélangesQui semblaient aussi doux‖ que les hymnes des angesEnvolés au souffle des vents !
Mais un jour ‒ oubliant‖ la sainte poésie ‒Il eut, dans un moment‖ de gêne et de folie,Une coupable illusion :Comme l’arbre géant‖ brisé par la tempête,Le poète courba‖ sa belle et noble têteSous la peine du talion…
Bien des ans ont passé‖ depuis cette heure sombre !Crémazie, en voyant‖ à son étoile une ombre,A fui le lieu de ses malheurs…Il a vécu longtemps‖ sur la terre étrangère,Abandonné de tous,‖ en proie à la misère,Vidant la coupe des douleurs !
Aujourd’hui… mais silence !‖… Il sommeille sous terreDans un coin de la France,‖ au fond d’un cimetière,Où nul peut-être ne priera…L’inexorable mort‖ l’a couché dans la bièreEn attendant qu’un jour‖ revienne sa poussièreEn ce pays qu’il illustra !
Reçois avec tendresse,‖ ô barde que j’admire,Ces vers que je redis‖ sur ma craintive lyre,Et que l’amitié m’inspira !Puisse les Canadiens‖ dresser à ta mémoireSur le roc de Québec‖ un monument de gloire !Et l’Amérique applaudira !
1er août 1877.
Versification
- Forme
- 9 sizains (sizains)
- Rimes
- 8(aabccb) 1(aabaab)
- Mètre
- Alexandrins et octosyllabes (36 de 12, 18 de 8)· profil 8, 6+6
- Strophes
- 9 sizains
- Mots à la rime
- a poésie / Crémazie féminine, classiqueb bien-aimé / Lemay masculine, classiquec Horace / trace féminine, équivalentea rêverie / patrie féminine, classiqueb aïeux / glorieux masculine, classiquec science / immense féminine, classiquea France / vaillance féminine, classiqueb Carillon / bataillon masculine, classiquec gloire / victoire féminine, classiquea verdure / bordure féminine, classiqueb Saint-Laurent / torrent masculine, classiquec rivières / altières féminine, classiquea l’hirondelle / citadelle féminine, classiqueb monuments / vents masculine, classiquec mélanges / anges féminine, classiquea poésie / folie féminine, classiqueb illusion / talion masculine, classiquec tempête / tête féminine, classiquea sombre / ombre féminine, classiqueb malheurs / douleurs masculine, classiquec étrangère / misère féminine, classiquea terre / cimetière féminine, classiqueb priera / illustra masculine, classiquea bière / poussière féminine, classiquea j’admire / lyre féminine, classiqueb m’inspira / applaudira masculine, classiquec mémoire / gloire féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.1· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
54 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Premières poésies, 1892· numérisation Project Gutenberg· Sources