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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les voix intimes, 1892· Poésies diverses

Un héros de 1870

Jean Baptiste Caouette· strophes variées, alexandrins surtout, 991 vers

(A mon bienfaiteur et vieil ami, M. Philéas Huot.) Il offrit à la France et son cœur et sa vie.

I

En l’an de grâce mil‖ huit cent soixante et quatre,Dans le froid célibat‖ vivait Pierre Francœur ;Contre l’amour son âme‖ avait voulu combattre,Mais à la fin l’amour‖ était resté vainqueur !

Un soir, se promenant‖ sur l’immense terrasseQui couronne le front‖ du haut Cap Diamant,Pierre avait aperçu ‒‖ vrai type de sa race ‒Une blonde fillette‖ au visage charmant.Il se souvint qu’un jour,‖ quittant la cathédrale,La jeune fille et lui‖ s’étaient vus en passant ;Il avait même osé‖ lui tendre l’eau lustraleQu’elle avait acceptée‖ en le remerciant…Mais ce soir, elle était‖ au bras de son vieux père,Comme une belle pêche‖ aux branches du pêcher ;Son cœur avait battu‖ lorsqu’elle avait vu PierreQui semblait du regard‖ vouloir la rechercher.

Le père, en remarquant‖ l’émotion de Rose,(Car Rose était son nom‖) avait tout deviné.« Allons, avait-il dit,‖ pourquoi cet air morose ?Et pourquoi donc ton œil‖ s’est-il illuminé ?Quoi ! tu ne parles plus ?‖ tu n’étais pas muette,Ma petite, tantôt.‖ Tu trembles follement :Aurais-tu peur ? voyons,‖ une bonne filletteA son père, toujours‖ doit parler franchement. »

Rose voulait parler,‖ mais ses lèvres timidesNe faisaient qu’exhaler‖ des soupirs douloureux ;Et ses grands yeux d’azur,‖ si doux et si limpides,Se troublaient et parfois‖ lançaient d’étranges feux.

Le vieillard, en voyant‖ l’embarras de sa fille,Qu’il n’aurait pas voulu‖ davantage effrayer,Après avoir jeté‖ sur elle une mantille,L’avait, le cœur ému,‖ ramenée au foyer.

Pierre était resté là,‖ droit comme une statue,Regardant s’envoler‖ l’objet de ses amours ;Car il l’aimait déjà,‖ cette belle inconnue,Et son cœur lui disait‖ qu’il l’aimerait toujours !Il y rêvait encor,‖ quand l’airain de l’église,Égrenant dans les airs‖ les notes de minuit,Le tira de son rêve,‖ et, prompt comme la brise,Il courut aussitôt‖ vers son humble réduit.

Le lendemain matin,‖ avec la pâle aurore,Rose s’était levée‖ en proie à la douleur.Pensive, elle écoutait‖ l’hymne doux et sonoreQue les chantres ailés‖ adressaient au Seigneur.Puis des larmes voilaient‖ l’éclat de sa prunelle ;Sa bouche murmurait‖ des mots incohérents.« Je le reverrai donc,‖ ici, soupira-t-elle,Du moins c’est le désir‖ de mes tendres parents… »

De fait, la veille au soir,‖ à sa fille chérie,Ce père avait parlé‖ le langage du cœur ;« J’ai deviné l’amour,‖ ou plutôt la folieQui trouble en ce moment‖ ta joie et ton bonheur.

Ce jeune homme me plaît ;‖ il a bonne figure,Taille robuste, œil vif‖ et mains d’un travailleur ;Ces dons du corps, souvent,‖ sont d’un superbe augure,Mais aimer Dieu, ma fille,‖ est un don des meilleurs.Est-il un bon chrétien ?‖ J’en jugerai moi-même,Oui, car avant longtemps‖ je le rencontrerai ;Si je suis convaincu‖ qu’avec ardeur il t’aime,Ma parole d’honneur !‖ Je te l’amènerai… »

Le nom de ce vieillard,‖ de ce père excentrique,Était Jacques Benoit.‖ Il ne redoutait rien ;Il eut versé son sang‖ pour la foi catholique ;Il se glorifiait‖ d’être né Canadien !

Pierre enfin se coucha ;‖ mais l’amère insomnieJusques au point du jour‖ tortura son cerveau ;Espérant mettre un terme‖ à sa longue agonie,Dans sa forge, il alla‖ manœuvrer le marteau.

Il tenait à Saint-Roch‖ une large boutiqueOù le bruit de l’enclume‖ aux rires se mêlait.Le soir, après souper,‖ pour parler politique,Sous ce toit enfumé‖ souvent l’on s’assemblait.

Pierre, ce matin-là,‖ suait à grosses gouttes,Lui, le gai forgeron‖ aux bras si vigoureux !Ah ! c’est qu’alors son cœur‖ entretenait des doutesSur l’accomplissement‖ de ses projets heureux…« Pourtant, se disait-il,‖ il faut que je connaisseCet ange blond qui fait‖ ma joie et mon tourment ;Je veux mettre à son front,‖ où brille la jeunesse,Les roses de l’hymen ‒‖ divin couronnement ! »

Cinq jours plus tard, assis‖ sur le seuil de sa porte,Il respirait du soir‖ l’agréable fraîcheur ;Devant lui défilait‖ la nombreuse cohorteDes braves ouvriers‖ revenant du labeur.‒ Eh ! bonjour, Messieu Pierre !‖ exclamait tout le monde,Car il était connu‖ parmi les travailleurs ;On proclamait sa force‖ une lieue à la ronde :A lui seul ! il avait‖ rossé trois batailleurs…

Mais Pierre, tout-à-coup,‖ s’élança dans la ruePour saisir un coursier‖ qui venait au galop,Trimbalant dans un fiacre‖ une enfant éperdueDont la terreur offrait‖ le plus triste tableau.

Notre héros, soudain,‖ au péril de sa vie,Bondit comme un lion‖ au cou de l’animalQui s’élança d’abord‖ avec plus de furie,Mais se calma bientôt,‖ vaincu par son rival !

Presque aussitôt survint‖ un homme à barbe blanche :C’était Jacques Benoit,‖ le maître du cheval !…Dans Pierre il reconnut,‖ à sa figure franche,Celui que son enfant‖ nommait son idéal !Prenant du forgeron‖ la main forte et grossière,

Il sa serra longtemps‖ avec effusion :« Ami, vous êtes brave‖ et d’une race fière,Car de là-bas j’ai vu‖ votre belle action.Comment vous exprimer‖ ce qu’éprouve mon âme ?Ajouta le vieillard,‖ visiblement confus ;La gratitude, allez !‖ ‒ cette vivace flamme ‒Brûlera dans mon cœur‖ pour ne s’éteindre plus !Oui, sans vous la fillette,‖ à l’heure où je vous parle,Serait peut-être morte,‖ oh ! j’en frémis d’horreur !Je vous cherchais… pardon…‖ je cherchais l’ami Charle…Quand mon fougueux coursier‖ a fui comme un voleur ! »Pierre, d’emblée, avait‖ reconnu le vieux pèreDe l’ange au front rêveur‖ qui troublait son repos ;Et, surpris de le voir,‖ il regardait la terreSans pouvoir seulement‖ bredouiller quelques mots !Mais bientôt, recouvrant‖ son ferme caractère,Il dit, en désignant‖ sa modeste maison :‒ « Entrez donc sous le toit‖ d’un vieux célibataire !

‒ Vieux, dites-vous ? Ah ! Ah !‖ oui, vieux… par la raison !

‒ Vous êtes trop flatteur ;‖ je passe la trentaineDepuis quatre printemps.

‒ Ne vous désolez pas,Car, à trente-quatre ans,‖ la vieillesse est lointaine,C’est l’âge où l’on ne voit‖ que les fleurs sous ses pas. »

Laissons-les discourir,‖ en prenant le breuvage,Sur l’étrange incident‖ qui les a réunis,Et revenons à Rose.‖ Elle veille au ménage,Y mettant une adresse‖ et des soins infinis.

Ses mains ont tout rangé‖ dans un ordre admirable,Depuis les objets d’art‖ jusqu’au luisant miroir ;Et par la porte ouverte,‖ on aperçoit la tableSur laquelle est servi‖ l’humble repas du soir.

Sa mère, vieille femme,‖ arrive de l’église,Où souvent elle va‖ prier le roi des cieux ;Mais sur son front de suite‖ éclate la surpriseEn ne voyant que Rose‖ apparaître à ses yeux.‒ « Et ton bon père, enfant ?‒ Pas de retour encore !‒ Pauvre vieux ! de ce train‖ il sera bientôt mort !Car pour trouver celui‖ que ta jeune âme adore,Il peut mettre à l’envers‖ tout Québec et Beauport…

‒ « Ciel ! que vois-je ! fit Rose,‖ en courant vers la porte :Mon père qui revient‖ avec notre inconnu…Mais, réprimant alors‖ l’ardeur qui la transporte,Elle recule et dit :‖ Qu’il soit le bienvenu ! »

En effet aussitôt‖ sautèrent de voiturePierre et Jacques Benoit,‖ ce vieux Roger-Bontemps.La gaîté rayonnait‖ sur leur bonne figure,Mais, hélas ! la gaîté‖ ne dura pas longtemps !

Lorsque la jeune fille‖ ouït la voix vibranteDe l’homme qu’elle aimait,‖ son cœur battit bien fort ;Elle rougit, s’émut ;‖ et sa lèvre brûlanteLaissa tomber un cri‖ d’ineffable transport !

« Mordienne ! qu’as-tu donc,‖ ô mon enfant chérie,S’écria le vieillard,‖ lui saisissant la main ;Nous t’aimons, tu le sais,‖ avec idolâtrie,Et voulons du bonheur‖ te tracer le chemin.Monsieur Pierre Francœur ‒‖ que tout le monde approche,Et que je suis heureux‖ de recevoir chez moi ‒Est un noble artisan‖ sans peur et sans reproche,Qui serait enchanté‖ de vivre sous ta loi ;Il m’a fait cet aveu‖ quand j’étais à sa table,(Car tu sauras tantôt‖ comment je l’ai connu).Catholique fervent,‖ honnête et charitable,Enfant, tel est celui‖ que tu crois inconnu !Tu pleures à présent !‖ voyons, voyons petite !Sèche ces vilains pleurs‖ qui rougissent tes yeux ;Prouve à ce beau Monsieur‖ qu’ici la joie habiteEt que notre étiquette‖ est celle des aïeux !

Rose, en effet, pleurait !‖ Ses bienfaisantes larmes,Comme des diamants‖ jusqu’à ses pieds roulaient ;Cet aimable chagrin‖ faisait briller ses charmes ;Pierre et les deux vieillards,‖ ravis, la contemplaient.

Oui, cette enfant pleurait !‖ mais un chaste déliceSous ce voile de pleurs‖ alors se déguisait ;Elle avait mis sa lèvre‖ à l’enivrant calice,Et pleurait le bonheur‖ que son cœur y puisait !

O larmes précieuses,Douces, silencieuses,Baume consolateurInénarrable joie,Que du ciel nous envoieLe divin Créateur !

Des grands yeux bleus de Rose,Coule, rosée écloseDu pur et saint amour ;Ah ! rafraîchis son âmeDont la soif te réclame ;Oui, coule en ce beau jour !

Mais Rose, revenant‖ de la folle surpriseQu’elle avait éprouvée‖ en revoyant Francœur,Lui dit :« Veuillez, Monsieur,‖ excuser ma franchise :Vous m’avez trop causé‖ de joie et de bonheur !… »

Ce gracieux reproche,‖ au lieu de blesser Pierre,Alluma dans son âme‖ une lueur d’espoir ;Il répondit :« Le ciel‖ exauce ma prière,Puisque l’ai maintenant‖ l’honneur de vous revoir. »

« Bravo ! bravissimo !‖ trois fois bravo, mordienne !Glapit Jacques Benoit,‖ tout fier de ce début ;Merveilleusement dit,‖ ma parole chrétienne !De ce pas, mes enfants,‖ vous atteindrez le but !Allons, Monsieur Francœur,‖ allons, sans gêne, à table !Nous avons, il est vrai,‖ chez vous fait bon repas ;Mais ma femme et ma fille‖ ont de la dent, que diable !Et le jeûne ce soir‖ ne leur conviendrait pas ! »

Le galant accepta‖ la franche politesse,Puis, en homme d’usage,‖ il but et mangea peu.De Rose il admira‖ la beauté, la finesse,Et la complimenta‖ sur l’exquis pot-au-feu.Après ce gai repas,‖ on fit de la musiqueDans un petit salon‖ de fleurs tout embaumé ;Rose, en s’accompagnant,‖ chanta plus d’un cantiqueOù le nom de Marie‖ était souvent rimé.Pierre ne chantait pas,‖ lui, selon les principes ;Il en connaissait point‖ l’art des dilettanti ;Il ignorait aussi‖ l’accord des participes,Mais chanta volontiers‖ plus d’un couplet joli.

Ce soir-là, chez Benoit,‖ on était en liesse ;Les cœurs, jeunes et vieux,‖ vibraient à l’unisson.Les deux vieillards tout bas,‖ se répétaient sans cesseQue Rose pour époux‖ aurait un beau garçon !

« Comment le trouves-tu,‖ Rose et toi, bonne vieille ?Demanda le vieillard,‖ quand Pierre fut parti.Rose joyeuse, dit :‒ Vraiment il m’émerveille !Et sa mère ajouta :‒ C’est un fameux parti !… »

Dieu ! que les vrais plaisirs‖ sont de courte durée !Pensait, en cheminant,‖ le jeune homme amoureux ;Je veux garder toujours‖ de ma belle soiréeDans les plis de mon cœur,‖ le souvenir heureux !

II

Dans le bourg Sainte-Foye,‖ auprès de la barrièreS’élevait un logis‖ entouré de bouleaux ;Sur ses murs crevassés‖ le houblon et le lierre,Ainsi que des serpents‖ déroulaient leurs anneaux.

C’était un beau soir d’août.‖ Dans un ciel sans nuages,L’astre du jour lançait‖ sa dernière lueur,Et les oiseaux mêlaient‖ leurs gracieux ramagesA la voix du Zéphyr‖ volant de fleur en fleur.L’air était tout rempli‖ de senteurs odorantesQue le foin, en séchant,‖ exhalait en foison ;Et la gentille abeille,‖ aux ailes transparentesBuvait avec ivresse‖ aux perles du gazon.Non loin de la demeure,‖ à l’ombre du feuillage,

Trois personnes causaient,‖ assises sur un banc ;La fine humeur gauloise‖ animait leur langageEt l’écho répétait‖ parfois leur rire franc.Cependant la plus belle,‖ une blonde fillette,Interrompit soudain‖ son rire harmonieuxPour aller recevoir,‖ à la bonne franquette,Deux nouveaux arrivants,‖ l’un jeune et l’autre vieux.

‒ « Salut à vous, salut !‖ Mademoiselle Rose,Lui dit en s’inclinant‖ le plus âgé des deux ;Votre teint à toujours‖ l’incarnat de la roseEt mon ami de vous‖ a droit d’être orgueilleux. »

Pierre à son tour reprit :‒ « J’approuve le notaireQui sait dire à propos‖ toute la vérité ;Mieux que lui je connais‖ votre doux caractère,Et j’admire avec lui‖ votre rare beauté. »

‒ « De grâce, c’est assez !‖ assez ! répliqua-t-elle,Je ne mérite pas‖ tous ces beaux compliments ;Spirituels moqueurs,‖ venez sous la tonnelleOù nous retrouverons‖ mes excellents parents. »Ils furent accueillis‖ d’une façon charmantePar Benoit et sa femme.‖ Et Pierre, ce soir-là,Vint s’asseoir sans trembler‖ auprès de son amante,Qui portait à ravir‖ la robe de gala.

Pourquoi tant de gaîté‖ sur toutes ces figures ?Et pourquoi le notaire‖ était-il chez Benoit ?C’est que, par un contrat,‖ deux jeunes créatures,Allaient en ce beau soir,‖ s’unir devant la loi.

Pierre, depuis trois mois,‖ sur l’océan du TendreConfiait son esquif‖ au doux vent de l’espoir ;Car Rose quelquefois‖ osait lui faire entendreCes cinq mots consolants :« Ainsi j’aime à te voir ! »Or, un jour de juillet ‒‖ il m’en souvient encore ‒Pierre chez son amante‖ arrivait tout rêveur.« Je viens, avait-il dit,‖ ô fille que j’adore,T’offrir en ce moment‖ et ma vie et mon cœur.Je veux me marier :‖ la raison me l’ordonne ;Et n’est-ce pas d’ailleurs‖ le devoir d’un chrétien ?A tous les bons époux‖ le Maître du ciel donneAu foyer l’harmonie‖ et le pain quotidien.Ne me repousse pas,‖ idole de ma vie,Toi qui portes au front‖ la suave candeur !Au banquet de l’hymen‖ le Seigneur nous convie :O Rose, accepte donc‖ avec moi cet honneur… »Rose avait reparti :« J’admire ta franchiseEt les fiers sentiments‖ que tu viens d’exprimer ;Mais, sans voir mes parents‖ auxquels je suis soumiseJe ne puis te répondre :‖ ils pourraient me blâmer. »

Cette soumission‖ et ce hardi langageJetèrent notre ami‖ dans le ravissement.« Tu parles bien, dit-il ;‖ je n’ai pas le courage« De répliquer un mot‖ à ton raisonnement. »

Pierre, le lendemain,‖ rayonnant d’espéranceEt frais comme une fleur,‖ arrivait chez Benoit.Le bonhomme lui dit :‒ « Écoutez ma sentence :Vous voulez épouser‖ ma fillette ?… eh bien, soit !Dans les premiers jours d’août, amenez M. Fabre,Ce notaire galant‖ que nous estimons tous ;Il manie encor mieux‖ la plume que le sabre,Quoiqu’il porte cette arme‖ avec un soin jaloux.

Puis, le contrat passé,‖ nous fixerons la dateDe votre mariage.‖ Au pied des saints autels,Le prêtre célébrant‖ (oh ! ce dessein me flatte !)Sera mon vieux cousin,‖ Messire Désautels.Nous ferons, n’est-ce pas ?‖ une noce tranquille,Nos aïeux s’amusaient‖ de cette façon-là ;N’allons pas imiter‖ les « noceurs » de la ville,Je n’ai jamais aimé‖ leur bruit ni leur éclat. »

Pierre, tout ému, dit :« Mon cher futur beau-père,Votre sentence est douce,‖ et j’en suis bien heureux.Je suivrai vos conseils‖ et saurai, je l’espère,Éviter des « noceurs »‖ les écarts dangereux. »

Maintenant le lecteur‖ sait pourquoi le notaireChez le père Benoit‖ accompagnait Francœur,L’habile homme de loi‖ montra son savoir-faireEn dressant le contrat‖ sans commettre une erreur.Au moment solennel‖ où l’épouse futurePrenait la plume d’or‖ pour signer le contrat,Le notaire, vers elle‖ inclinant sa figure,Mit un léger baiser‖ sur son front incarnat.

« Vous êtes fin voleur,‖ dit en souriant Rose ;Je ne vous donne point‖ de petit baiser-là !Quoi ! reprit le notaire,‖ il faudra, je suppose,Pour être pardonné,‖ vous remettre cela ?Comment, vous oseriez ?‖… non, non, riposta-t-elle,Je préfère excuser‖ plutôt votre larcin ;Vous avez de l’esprit,‖ oh ! oui, plein la cervelle,Mais je n’approuve pas‖ votre hardi dessein !… »‒ C’est bien, faisons l’accord,‖ ma bonne demoiselle,Et, comme la musique‖ est l’accord le meilleur,Veuillez donc nous chanter‖ la romance nouvelleQue vient de publier‖ l’artiste Lavigueur. »

Quand l’acte fut signé,‖ les chansons et le rireRetentirent longtemps‖ dans ce logis heureux ;Les deux futurs époux ‒‖ illusoire délire ‒Crurent que leur bonheur‖ valait celui des cieux !…

Par un soleil brillant,‖ un superbe carrosse,Traîné par deux chevaux,‖ arrêta chez Benoit.Pierre, charmant à voir‖ sous son habit de noce,Sauta de la voiture,‖ aussi fier que le roi !

Mais quand il aperçut‖ Rose en toilette blancheEt le front couronné‖ des fleurs de l’oranger,Il ne put retenir‖ cette parole franche :« Le Créateur en toi‖ ne peut rien corriger !Accepte ces bouquets,‖ cadeau du jeune prêtre,L’aimable et généreux‖ curé de Charlesbourg ;Il doit, au saint autel,‖ implorer le grand MaîtrePour qu’il daigne bénir‖ notre sincère amour. »‒ « Oui, j’accepte ces fleurs,‖ merci du fond de l’âme !Veuille assurer l’abbé‖ de mon profond respect ;Puisse de sa vertu‖ la douce et sainte flammeProduire sur nous deux‖ son salutaire effet… »

Après s’être adressé‖ les compliments d’usage,Jacque Benoit, Jean Fabre et les futurs épouxPrirent place, joyeux,‖ dans le bel équipagePour se rendre à l’église‖ et se mettre aux genouxde l’abbé Désautels.

L’église Sainte-FoyeBrillait de mille feux,‖ de fleurs et d’ornements.La foule était nombreuse ;‖ une céleste joieRépandait sur les fronts‖ de vifs rayonnements.Car le peuple aimait Rose‖ et savait bien que PierreAvait le cœur honnête‖ et le bras vigoureux ;Et, de là, concluait‖ qu’une belle carrière,Après leur mariage,‖ allait s’ouvrir pour eux.Peindre l’émotion‖ et la joie indicibleQui firent tressaillir‖ ce couple vertueuxAu moment d’être uni,‖ n’est pas chose possible :Ils avaient du bonheur‖ plein l’âme et plein les yeux.

O jour de mariageIncomparable pageDu livre des mortels ;Époque de la vieOù se fait l’harmonieDes cœurs près des autels.

Ineffable mystère :Un ange de la terreA l’homme vient s’unir ;Et ces deux créatures,Aux riantes figures,Ont foi dans l’avenir ;

Car devant la MadoneUn apôtre leur donneSa bénédiction ;Et, selon sa promesse,Le roi des cieux s’empresseDe sceller l’union.

Or, avec cette force,(Primant celle du CorseLe grand Napoléon)Ces époux seront bravesEt riront des entravesQue dresse le démon !

O divin mariage,Toi le fidèle gageDu bonheur des époux,Puissent l’homme et la femmeImprimer en leur âmeTon souvenir si doux !

Quatre ans avaient passé‖ depuis le mariageDe Rose et de Francœur.‖ Nos héros habitaientDans le faubourg Saint-Roch,‖ sur le bord du rivage,Une belle demeure‖ où les amis fêtaient.

Ils ne désiraient rien,‖ la sainte ProvidenceLeur ayant départi‖ joie et prospérité ;Aussi conservaient-ils‖ de la reconnaissancePour le Dieu qui soutient‖ la pauvre humanité.Deux jolis jumeaux blonds,‖ un garçon, une filleÉtaient venus au monde‖ un soir de février ;Et ces charmants amours ‒‖ bijoux de la famille ‒Égayaient de leurs cris‖ cet aimable foyer.Ils avaient vingt-deux mois,‖ Pierre-Émile et Corinne.(Ainsi les appelaient‖ le père et la maman).Vingt-deux mois ! c’est l’âge où‖ la lèvre purpurineDe ces êtres chéris‖ bredouille gentiment !Qu’il était beau de voir‖ ces figures joyeuses,Ces fronts où rayonnait‖ la divine candeur,Ces teints couleur de rose ‒‖ images gracieuses ‒Que n’avait pas ternis‖ le vent de la douleur !Chaque soir, à genoux‖ près de leur bonne mère,Par sa bouche inspirée‖ ils parlaient au bon Dieu ;Et, semblable à l’encens,‖ leur naïve prière.

Dans un nimbe brillant‖ montait vers le ciel bleu !Ils ignoraient que l’homme‖ a des songes moroses,Que ses yeux quelquefois‖ sont rougis par les pleurs ;Ces anges ne voyaient‖ que joie et rêves rosesOù l’homme trop souvent‖ n’aperçoit que malheurs !…

Lorsque Pierre sortait‖ le soir de sa boutique,Les membres fatigués‖ par le rude labeur,Les joyeux papillons‖ du foyer domestiqueLui faisaient oublier‖ et fatigue et douleur ;Volant à sa rencontre,‖ ils ouvraient sa figureDe sonores baisers‖ en riant aux éclats ;Il les faisait sauter,‖ rouler sur la verdureEt savourait longtemps‖ leurs gracieux ébats !

Rose cherchait sans cesse,‖ en femme aimable et bonne,A prévenir les goûts‖ du maître de son cœur ;Elle y réussissait,‖ grâce à l’humble Madone,Qu’elle implorait toujours‖ avec grande ferveur,De notre Canadienne‖ elle était le vrai type :Taille moyenne, œil doux‖ et teint plein de fraîcheur ;En morale, elle avait‖ l’admirable principeDe garder à nos mœurs‖ leur antique splendeur.

Son mari ! ses enfants !‖… ah ! qui pourrait redireLa tendresse et l’amour‖ qu’elle éprouvait pour eux ?Seuls les anges du ciel‖ sur leur divine lyreAuraient pu retracer‖ ces sentiments pieux !

Pierre et Rose étaient fiers‖ de se sentir revivreDans les doux jumeaux blonds‖ aux yeux intelligents ;Nous leur enseignerons‖ la route qu’il faut suivrePour accomplir le bien,‖ disaient ces bons parents.Mais ce rêve enchanteur,‖ ces projets fort louablesNe devaient pas avoir‖ leur accomplissement,Car Dieu, dont les décrets‖ sont tous impénétrables,Allait anéantir‖ leur rêve en un moment.

Le trois septembre au soir,‖ par un beau clair de lune,Pierre, la rame en main,‖ refoulait le courant.L’air était embaumé,‖ mais le sournois NeptuneAgitait quelquefois‖ les flots du Saint-Laurent.Rose et les chérubins‖ se tenaient près de Pierre,Assis en cercle, au fond‖ de l’embarcation,Et contemplaient ravis,‖ l’éclatante lumièreQue l’astre répandait‖ sur la création.

‒ « Voyez-donc, chers parents,‖ comme la lune est belle,S’écria Pierre-Émile,‖ en croquant un gâteau. »Rose reprit :‒ « Pourtant,‖ ce n’est qu’une étincelleQui s’échappe la nuit‖ du céleste Flambeau !Mais si vous restez bons,‖ pieux et charitables,Si vous savez porter‖ des malheurs le fardeau,Un jour vous quitterez‖ tous nos biens périssablesPour aller contempler‖ cet astre encor plus beau ! »

Pierre, depuis longtemps‖ observait le silence ;Un noir pressentiment‖ faisait battre son cœur ;Il avait beau lutter,‖ se faire violence,Il restait au pouvoir‖ de l’occulte oppresseur.Aussi redoutait-il‖ ces bourrasques fréquentesQui sont le cauchemar‖ du courageux marin,Car le vent soulevait‖ des vagues écumantes,L’air devenait plus lourd,‖ et le ciel moins serein.

Tout à coup un éclair,‖ un éclair grandiose,Décrivit dans l’espace‖ un long serpent de feu,Et l’orage éclata.‖ Les deux enfants et Rose,Affolés de terreur,‖ tremblaient en priant Dieu.

Pierre les rassurait‖ en montrant le rivageQu’il s’efforçait d’atteindre‖ avec son vieux canot ;Le vent le repoussait.‖ Sous un épais nuageLa lampe de la nuit‖ se déroba bientôt !Les malheureux étaient‖ plongés dans les ténèbresEt ballottés ainsi‖ qu’un fragile roseau.Le tonnerre aux échos‖ jeta des sons funèbres,Et la vague lança‖ les promeneurs à l’eau…Mais Pierre, redoublant‖ aussitôt de courage,Saisit d’une main Rose‖ et de l’autre un enfant ;Et, vif comme un poisson,‖ il revint à la nageSur les flots tourmentés‖ sans cesse par le vent.

Eh ! que pourrait-il faire‖ ainsi sans assistance,N’ayant plus de canot‖ ni la moindre clarté ?Mourir… hélas ! oui, car‖ une bonne distanceLe séparait encor‖ de sa chère cité !…Quoi ! mourir à cet âge‖ où la vie est si belle,Où tout sous le soleil‖ nous parle joie, amours…Mourir ! lorsqu’on possède‖ une épouse modèleDont l’esprit, les vertus‖ embellissent nos jours…

Ce lugubre penser‖ hanta l’esprit de Pierre,Mais il le repoussa‖ de suite avec dédain ;Puis, bravant derechef‖ du fleuve l’onde amère,Il se mit à jouer‖ du pied et de la main.Le nageur quelquefois‖ disparaissait dans l’onde,Entraîné par sa femme‖ et l’un de ses enfants ;N’importe, il n’aurait pas ‒‖ pour les trésors du monde ‒Voulu laisser périr‖ ces deux êtres charmants !Mais ses forces d’Hercule‖ à la fin s’épuisèrent ;Le Saint-Laurent allait‖ se referment sur eux,Quand six robustes bras‖ prestement les tirèrentDe ce gouffre, ou plutôt‖ de ce tombeau honteux !

Les sauveurs étaient trois‖ bateliers de Saint-Pierre,En route pour Québec‖ avec un lot de bois.Ils avaient aperçu‖ sur le fleuve en colère,Cet homme que la vague‖ enveloppait parfois.Ils firent à la hâte‖ un lit de fraîche paille,Au fond de leur bateau,‖ pour les trois malheureux.Mais, ô fatalité !‖ le sort, de sa tenaille,Voulait broyer le cœur‖ du père courageux.Car, spectacle navrant !‖ c’était deux corps livides,Deux cadavres que Pierre‖ avait ravis aux flots !Ils étaient là, gisant‖ sur les grabats humides,Le visage éclairé‖ par le feu des falots…

Pierre était atterré.‖ Des larmes abondantesInondaient sa figure‖ aux traits mâles et beaux ;Debout, pâle, muet,‖ il ressemblait aux plantesQui vivent sans chaleur‖ à l’ombre des tombeaux !

Il avait tout perdu‖ dans l’espace d’une heure ;Son adorable femme‖ et ses fiers rejetons ;Il ne lui restait plus‖ que sa sombre demeureOù les sanglots allaient‖ remplacer les chansons !

Les bateliers, émus,‖ regardaient en silenceL’éloquente douleur‖ de notre infortuné,Et suppliaient tout bas‖ la sainte ProvidenceDe consoler ce brave‖ au chagrin destiné.

Mais Pierre, tout à coup,‖ vaincu par la souffrance,‒ Ce mal dont les humains‖ doivent subir la loi ‒Roula sur le carreau,‖ privé de connaissance,En s’écriant :« Seigneur,‖ ayez pitié de moi ! »

Trois semaines après‖ cette scène terrible,Que la plume ne peut‖ fidèlement tracer,Pierre quittait le lit.‖ Il était impossible,Pour qui l’avait connu,‖ de le voir sans pleurer,Ce n’était plus cet homme‖ à la forte encolure,Au visage serein,‖ aux bras si vigoureux !Du vieillard il avait‖ déjà toute l’allure,La tristesse trônait‖ sur son front anguleux.Il ne ressentait plus‖ de douleurs corporelles ;Son estomac pouvait‖ recevoir tous les mets,Mais l’âme, hélas ! portait‖ des blessures cruellesQue les princes de l’art‖ ne guérissent jamais…C’est en vain qu’il cherchait‖ souvent à se distraireEn lisant les journaux‖ ou quelques bons romans ;L’inexorable sort‖ semblait toujours se plaireA lui rendre odieux‖ ces doux amusements.Alors il s’écriait,‖ la voix pleine de larmes :« Accordez-moi, mon Dieu,‖ la résignation,Ou faites-moi goûter‖ las douceurs de vos charmesEn daignant m’appeler‖ dans la sainte Sion ! »Enfin Dieu lui donna‖ la force et le courageDe porter des revers‖ le pénible fardeau.A la forge bientôt‖ il conduisait l’ouvragePendant que trois gaillards‖ manœuvraient le marteau.

Un illustre défunt‖ qui vit dans la mémoireDes hommes d’aujourd’hui,‖ le bon curé Charest,Venait parfois le voir‖ pour lui parler d’histoireEt surtout des héros‖ que Francœur admirait.Le malade écoutait‖ les récits du vieux prêtre,Récits qui l’enflammaient‖ au suprême degré ;Au seul nom de la France,‖ il sentait tout son êtreTressaillir. Ah ! ce nom‖ était pour lui sacré.Aussi, c’est qu’il l’aimait‖ ce beau pays de France,‒ Soleil que les prussiens‖ ne pourront obscurcir ! ‒C’est là que ses aïeux‖ prirent jadis naissance,Et c’est là qu’il aurait‖ voulu vivre et mourir !Or, depuis que la mort‖ de sa faux redoutableAvait moissonné Rose‖ et ses deux chers enfants,Il ne nourrissait plus‖ qu’un désir admirable :Combattre en Canadien‖ contre les allemands !

Il lui fallait partir,‖ car l’eau de notre fleuveRappelait à son âme‖ un spectacle navrant :Toujours il croyait voir ‒‖ insupportable épreuve ‒Les défunts entraînés‖ par l’horrible courant…Mais un autre motif‖ plus grand que la souffranceL’engageait à partir‖ pour le sol étranger ;Il se disait souvent :« Quand on aime la France,On doit la secourir‖ à l’heure du danger ! »

III

L’été de mil huit cent‖ soixante et dix achève ;L’oiseau commence à fuir‖ vers des climats plus doux ;Le soleil, triste et pâle,‖ à l’horizon se lève ;La ramure secoue‖ au vent ses cheveux roux.

C’est le dimanche au soir.‖ Une foule innombrableEnvahit le forum‖ (place Jacques-Cartier) ;On dirait, à la voir,‖ qu’un malheur effroyableMenace les mortels‖ de l’univers entier.

Que s’est-il donc passé‖ de si grand sous les astresPour que sur tous ces fronts‖ éclate le chagrin ?Ah ! la France se meurt !‖ déjà quatre désastres :Weissembourg, Reischofen,‖ Forbach et Spickerin !

Eh ! oui, voilà pourquoi‖ l’on pleure et l’on murmureDans la ville où grandit‖ l’héroïque valeur ;Quand la France reçoit‖ au cœur une blessure,Les habitants d’ici‖ tressaillent de douleur !

« Je vole à son secours,‖ s’écrie un patriote,Et vais au consulat‖ offrir mes faibles mains.Et si je dois tomber‖ sous le fer du despote,Je mourrai, sans regret‖ comme les vieux Romains ! »

Il part, la tête haute‖ et l’œil plein de lumière,Et va chez le consul,‖ qui l’accueille fort bien.« J’appartiens, Excellence,‖ à la classe ouvrière,Dit-il, et j’ai l’honneur‖ d’être né Canadien.Or, j’apprends que la France‖ où naquirent nos pères,‒ Belle France que j’aime‖ autant que mon pays ! ‒Est soumise à cette heure‖ aux troupes meurtrièresQue commandent Von Molke‖ et ses cruels amis !

Eh bien, mille tambours !‖ je vends maison, boutique,Pour aller me ranger‖ sous son noble drapeau ;Oui, si j’obtiens de vous‖ une pièce authentique,Je troquerai l’outil‖ contre le chassepot ! »

‒ « Quel est donc votre nom,‖ homme plein de courage ?

‒ Pierre Francœur, obscur‖ artisan, de Saint-Roch.

‒ Quoi ! c’est à vous qu’un soir‖ le fleuve, dans sa rage,Ravissait et l’épouse‖ et les enfants en bloc ?…

‒ « Hélas ! oui, c’est à moi‖ que le fleuve en colère, ‒Ce fleuve au bord duquel‖ j’aimais à respirer ‒ ,A ravi les trois cœur,‖ les plus purs de la terre…Et depuis cet instant‖ je ne fais que pleurer…

‒ O le deuil éprouvé‖ des époux et des pères !Je comprends vos malheurs‖ et sais y compatir ;Vous êtes un héros‖ tel que l’on n’en voit guères,Et la France de vous‖ n’aura pas à rougir.

Prenez ce sauf-conduit‖ cacheté de mes armes,Puis rendez vous auprès‖ du gouverneur Trochu ;Devant ce pli les Francs‖ abaisseront leurs armes,Et par eux vous serez,‖ au besoin, secouru. »

« ‒ Pour vos bontés, merci‖ mille fois, Excellence !Je serai, je l’espère,‖ un valeureux soldat,Car je sens dans mon cœur‖ refleurir la vaillanceQue Montcalm a légué‖ aux fils du Canada ! »

Le lendemain au soir,‖ à genoux sur la terreOù dormaient pour toujours‖ Rose et les deux jumeaux,Pierre parlait tout bas‖ dans ce lieu solitaire,Mais l’indiscret zéphyr‖ nous apporta ces mots :

Adieu, tombe chérie,Sombre et muet séjourOù tous, après la vieNous dormirons un jour !

Demeure des trois angesQue follement j’aimaisEt que les viles fangesNe salirent jamais !

Adieu, charmante femme,Adieu, fruits de son flanc :A vous, j’offre mon âme,A la France, mon sang !

Demain, avant l’aurore,Je quitterai ces lieux ;‒ Vous reverrai-je encore ?Oui, plus tard, dans les cieux !

Mais, vive inquiétude,Qui me remplacera ?En cette solitudeQui vous visitera ?

Hélas ! sur votre tombeQue j’arrose de pleurs,Nul ne viendra quand tombeLe jour, mettre des fleurs !

Ni faire la prière,Cette aumône du cœur,Que le céleste PèreAccueille avec bonheur.

Non, car l’homme se livreIci-bas aux plaisirs,Et n’aspire qu’à vivrePour combler ses désirs !

Eh bien, puisque le mondeNe songe qu’à jouir,Moi, sur la terre et l’ondePour vous je veux souffrir !

Donc, adieu, tendre femme,Adieu, fruits de son flanc !A vous, j’offre mon âme,A la France, mon sang ! »

Laissons dormir en paix‖ dans leur sombre retraiteCes trois infortunés,‖ et rejoignons Francœur,Qui, près de Châtillon,‖ à la lutte s’apprêteSous le commandement‖ d’un général de cœur.Il a pu parvenir‖ jusque là sans entrave,Grâce à l’aimable pli‖ du consul québecquois ;Du reste, en le voyant,‖ on devinait un braveDans les veines duquel‖ coulait le sang gaulois !

La France tous les jours‖ éprouve les défaites ;Nos vaillants soldats sont‖ par le nombre écrasés ;Et déjà les Prussiens‖ se préparent des fêtesDans les riches hameaux‖ qu’ils ont germanisés.

Ils ne respectent rien,‖ ces conquérants d’une heure !Ils insultent l’enfant,‖ la femme, le vieillard,Détruisent la moisson‖ et brûlent la demeureOù vit paisiblement‖ l’honnête montagnard.

Ivres d’or et de sang,‖ ils attaquent les villesQu’ils pillent aussitôt‖ et plongent dans le deuil ;Puis, l’esprit ébranlé‖ par leurs succès faciles,Ils lancent sur Paris‖ un envieux coup d’œil !

Halte-là ! car Paris,‖ le vrai cœur de la France,Le royaume des arts,‖ l’imprenable cité,Secoue avec éclat‖ sa folle insoucianceEt veut garder encor‖ son immortalité !

Jules Favre aux Prussiens‖ demande un armistice,Afin d’examiner‖ leurs nombreux armements :Mais de Bismark répond :« Je ne puis, en justice,L’accorder… Agréez‖ mes meilleurs sentiments ! »

Cette froide réponse‖ allume la colèreEt l’indignation‖ dans l’âme des Français.« C’est bien, disent plusieurs, fertilisons la terre,Les cadavres prussiens nous serviront d’engrais !

Tout Paris se prépare‖ à combattre les reîtres,Les jeunes et les vieux‖ marchent sous les drapeaux ;On jure de tuer,‖ sans pitié, tous les traîtresEt de livrer leur chair‖ en pâture aux corbeaux !

Les fusils, les canons,‖ les boulets et la poudreSont vite fabriqués‖ et remis aux soldats ;Et, quand sonnera l’heure,‖ aussi prompts que la foudre,Ces terribles engins‖ feront mille dégâts…

C’est le vingt-deux septembre.‖ Escorté de ses troupesLe général Ducrot‖ traverse Châtillon ;Les habitants du lieu,‖ qui se tiennent par groupesAgitent devant lui‖ maint et maint pavillon.Ducrot s’incline et dit :« Priez pour nous, mes frères,Afin que du combat‖ nous sortions triomphants ;Demain nous camperons‖ près des hautes BruyèresOù les Prussiens encor‖ se montrent turbulents. »Et quittant à regret‖ ce peuple qu’il estime,Esclave du devoir,‖ il poursuit son chemin ;Il n’a plus qu’un désir ‒‖ désir vraiment sublime ‒Lutter, et, s’il le faut,‖ mourir le lendemain !De bonne heure, Ducrot‖ le lendemain arriveA l’endroit redoutable‖ avec ses bataillons.« Tenez-vous, leur dit-il,‖ tous sur la défensive,Car l’ennemi déjà‖ doit charger ses canons.

A peine a-t-il parlé,‖ qu’une balle prussienneLaboure jusqu’à l’os‖ le flanc de son cheval !La bête de douleur‖ rugit comme l’hyèneQui se trouve placée‖ en face d’un rival.Les ennemis alors‖ sortent de leur cachetteEn lançant des obus‖ à travers les bosquets ;Mais Ducrot, sans frayeur,‖ à ses soldats répète :Laissez-les dépenser‖ leur force et leurs boulets !Cependant les Prussiens ‒‖ que ce silence intrigue ‒Osent se découvrir‖ aux regards des Français.Ducrot les voit venir,‖ et, fier de son intrigue,Jubile en présentant‖ un glorieux succès !« A l’œuvre ! ordonne-t-il ;‖ déplantez-moi ces rustres.Que l’orgueil a rendu‖ méchants, audacieux !La France attend de vous‖ les faits les plus illustres,Allons donc, en avant !‖ ô soldats valeureux ! »Aussitôt des milliers‖ de boulets et de ballesTombent comme un orage‖ au milieu des Prussiens.Et l’air redit alors‖ des clameurs infernalesQui ressemblent aux cris‖ d’une meute de chiens !

Çà et là des blessés‖ étendus en grand nombreExhalent leurs douleurs‖ et maudissent le sort,Puis d’autres effrayés‖ par ce spectacle sombre,Sous les bois vont se mettre‖ à l’abri de la mort.

Les chevaux, l’œil en feu,‖ les naseau pleins d’écume,Affolés de terreur,‖ s’élancent au galop,Mutilant de leurs fers‖ le cadavre qui fumeSur le sol détrempé‖ par le sang et par l’eau !

C’est un sauve-qui-peut :‖ le général lui-même,Espèce de colosse‖ au cœur ambitieux,Est obligé de fuir ;‖ et, dans sa rage extrême,Maudit, en se sauvant,‖ les Français et les dieux…

Maintenant, grâce au ciel,‖ sur les Hautes-Bruyères,Le vieux drapeau français‖ déroule au vent ses plis ;Il semble défier‖ les hordes meurtrièresQui nourrissent l’espoir‖ de bombarder Paris.

Neuf jours ont fui. Ducrot‖ à cheval se promèneEn rêvant au plaisir‖ de revoir l’ennemi,Car il l’attend. Depuis‖ bientôt une semaineCe général fameux‖ n’a presque point dormi.

Au détour d’une route,‖ à travers le feuillage,Il croit voir onduler‖ dans le lointain brumeuxUne mer de soldats :‖ tel on voit un rivageMollement s’avancer‖ les flots silencieux.Tiens ! ce sont les enfants‖ de la blonde Allemagne,Se dit le promeneur,‖ en mettant son lorgnon ;Nous leur ferons danser,‖ ici, dans la montagne,Un joli moulinet‖ aux accords du canon…Ils aiment ce jeu-là,‖ si j’en crois ma mémoire,Eh bien, ces beaux danseurs‖ ne seront pas déçus !Mais ! ils sont très nombreux :‖ la plaine en est tout noire !Bah ! qu’importe leur nombre,‖ ils seront bien reçus !Sur ce, le général‖ pique au flanc sa montureEt s’élance au galop‖ vers le champ des soldats.« ‒ Aux armes ! leur dit-il,‖ de sa voix mâle et pure,Les Allemands sur nous‖ s’avancent à grands pas !Leur nombre est légion ;‖ mais vous êtes des bravesQue ne comptez jamais‖ le nombre des rivaux ;Si vous ne voulez pas‖ devenir leurs esclaves,Ni même leur livrer‖ vos glorieux drapeaux,Alors, repoussez-les !‖ N’ayez aucune crainte,Soldats, d’être vaincus ;‖ non luttez vaillamment,Sous le regard de Dieu,‖ car votre cause est sainteEt Dieu vous aidera‖ jusqu’au dernier moment ! »

Tous les soldats en chœur‖ à cet appel répondent :‒ Nous vous suivrons partout,‖ ô noble général !‒ Ah ! merci, fait Ducrot ;‖ vos cris puissants inondentMon âme d’allégresse…‖ Attendez le signal !

L’heure succède à l’heure‖ et l’ombre à la lumière ;La nuit sur la nature‖ étend son voile noir.La lune, au bord du ciel,‖ montrant sa tête altière,Scintille tout à coup‖ comme un bel ostensoir.Tout est silencieux.‖ Ducrot et son arméeAttendent, l’arme aux bras,‖ le terrible momentOù la tourbe prussienne ‒‖ ivre de renommée ‒Viendra le attaquer‖ dans leur retranchement.Mais le temps passe, et rien‖ ne trouble le silence,Si ce n’est quelquefois‖ les murmures du vent.Enfin l’aube paraît‖ et l’horizon immenseReflète les clartés‖ d’un beau soleil levant.

Les belliqueux Français‖ sont ennuyés d’attendre ;Ils ne redoutent pas‖ leurs ennemis, oh ! non !Car leur unique vœu,‖ maintenant, est d’entendreLa voix de la trompette‖ et celle du canon.Néanmoins, imitant‖ du général l’exemple,Ils offrent au Seigneur‖ les prémices du jour,Et ce champ de combat‖ se convertit en templeD’où montent vers le ciel‖ des prières d’amour.Puis, ce devoir rempli,‖ les cuisiniers préparent,Avec habileté,‖ le modeste repas.La marmite est au feu.‖ Tous les soldats s’emparentDe leurs brillants couteaux‖ pour trancher le lard gras.Bref, le tout est servi.‖ La cloche carillonneInvitant la milice‖ à manger sans façon.Le vin ne manque pas.‖ La bonne humeur rayonneSur les fronts, et le cœurs‖ vibrent à l’unisson.

Mais, dominant les ris,‖ les tirades joyeuses,La voix du général‖ fait entendre ces mots :« Aux armes ! j’aperçois‖ les cohortes nombreuses ;Vainquons ! car la défaite‖ est le plus grand des maux ! »

Les soldats, oubliant‖ le vin et la gamelleObéissent de suite‖ à l’ordre de Ducrot,Qui suit leurs mouvements‖ de sa vive prunelleEn allant et venant‖ sur son coursier au trot.

Les Prussiens, l’air railleur,‖ vers les Français s’avancent,Mais ceux-ci sont déjà‖ prêts à les recevoir,Les soldats de Ducrot‖ à leurs ennemis lancentUn regard dont l’éclair‖ paraît les émouvoir.Ducrot ordonne alors‖ de commencer la lutte.Par un feu bien nourri.‖ Le feu gronde aussitôt ;Et, spectacle effrayant,‖ des deux côtés on lutteAvec un héroïsme‖ où la colère éclot.Allemands et Français‖ combattent face à faceEt semblent décidés‖ à vaincre ou bien mourir,Car lorsqu’un soldat tombe,‖ un autre le remplace,Convaincu qu’à son tour‖ la mort va le saisir !

La mort, sans préférence,‖ enlève aux deux arméesDes hommes de valeur,‖ que dis-je ? des héros !Elle n’a pas d’égard‖ pour leurs jeunes années,Non ! comme les blés mûrs‖ ils tombent sous sa faux !

O mort, cruelle mort !‖ pour assouvir ta haine,Tu fais couler à flot‖ le sang de tous ces preux ;Tu plonges à la fois‖ dans le deuil et la peineDes mères au cœur d’or‖ et des enfants heureux !Ils n’ont plus de soutien,‖ ils n’ont plus d’espérance !Ah ! qui donc désormais‖ leur donnera du pain ?Qui les consolera‖ quand l’amère souffrancePosera sur leur front‖ sa redoutable main ?…

Mais la mort ne dort pas,‖ au contraire elle veilleEt moissonne à son gré‖ les faibles et les forts :On a beau la prier,‖ elle n’a point d’oreillePour écouter nos voix,‖ nos douloureux accords…Elle épargne à présent‖ les soldats de la PrusseEt frappe les Français‖ qui luttent vainement ;Ceux-ci vont succomber,‖ quand Ducrot, plein d’astuce,Sous le dôme d’un bois‖ les place adroitement.Le pauvre général‖ a la douleur dans l’âme :Six cents vingt-deux des siens‖ sont au nombre des morts !Que faire ? va-t-il fuir ?‖ Non ! ce serait infâme,Et partout le suivrait‖ la honte et le remords…Mais il devra lutter,‖ hélas ! sans espoir même,Car les Prussiens à peine‖ ont perdu cent soldats.« N’importe ! je mourrai‖ pour la France que j’aime,Dit-il : un Français meurt,‖ mais il ne se rend pas… »Il crie à ses héros :‖ « Quittons notre retraiteEt derechef allons‖ au poste de l’honneur :Impossible pour nous‖ d’éviter la défaite ;Prouvons donc aux Prussiens‖ que nous avons du cœur ! »

La résignation‖ brille sur la figureDe ces braves soldats‖ luttant vingt contre cent ;Mais personne ne jette‖ une plainte, un murmure,Ils ont déjà juré‖ de répandre leur sang !

Le général alors‖ à leur tête se placeEn leur disant : « Soldats,‖ imitons nos aïeux ;Lorsque des ennemis‖ s’emparaient d’une place,Ils les en délogeaient,‖ eh bien, faisons comme eux ! »Sur ce, l’œil enflammé,‖ le voilà qui s’élance,Vers la vaste clairière‖ où règnent les Teutons ;Il y parvient bientôt‖ trompant leur vigilance,Et fait pleuvoir sur eux‖ le fer de ses canons.

Les Allemands, surpris‖ d’une attaque aussi rude,Ne peuvent tout d’abord‖ riposter à ce feu ;Mais leur général parle,‖ et sa ferme attitudeLeur donne du courage‖ et les rassure un peu.Puis un combat nouveau,‖ gigantesque, commence ;Ces puissants ennemis‖ ne se ménagent pas.On dirait, à les voir,‖ qu’ils sont pris de démence,Tant ils semblent contents‖ s’affronter le trépas.Balles, boulets, obus‖ tombent comme la grêle ;Une épaisse fumée‖ aveugle les soldats ;Aux plaintes des blessés,‖ la trompette entremêleSa larmoyante voix,‖ aussi triste qu’un glas.Les Français luttent bien.‖ Le bruit de la mitraille,Loin de les effrayer,‖ augmente leur ardeur ;Ils veulent à tout prix‖ gagner cette batailleQue renferme pour eux‖ le salut et l’honneur !Mais, qu’est-ce ? entendez-vous‖ les hourras frénétiquesQu’ils poussent vers le ciel‖ en combattant toujours ?Ils viennent de ravir‖ aux sujets germaniquesDouze ou treize canons‖ aux énormes contours !Alors les Allemands,‖ le front chargé de rage,Font mine d’avancer‖ sous le feu des Français,Mais en vain ! car ceux-ci‖ redoublent de courageEt leur font essuyer‖ un nouvel insuccès !

Ducrot observe tout.‖ Il voit parmi ses bravesUn homme culbuter‖ à lui seul maints Prussiens,Leur infligeant à tous‖ de ces blessures gravesQue ne peuvent guérir‖ les savants chirurgiens ;Car ceux qui sont tombés‖ sous sa fatale étreinteSont là, sans mouvement,‖ sur le terne gazon,La poitrine brisée‖ et la prunelle éteinte,Mêlant leur dernier râle‖ à la voix du canon !Mais ce chanceux tireur‖ que l’héroïsme guide,Pourra-t-il résister‖ aux coups des ennemis ?Regardez-le : de sang‖ sa tunique est humide ;N’importe ! il lutte encor,‖ les membres tout meurtris !Puis, ô bonheur ! il voit‖ que l’ennemi recule ;Il avance à la course‖ avec ses compagnons,Poursuivant les fuyards‖ les tuant sans scrupule,Comme on écraserait‖ du pied des moucherons !…Tout à coup il terrasse‖ un soldat héroïqueQui vient de dérober‖ aux Français un drapeau ;Il arrache au voleur‖ cette belle relique,Plus pure à ses regards‖ que le cristal de l’eau !

Quel est donc ce héros‖ à la fière encolureQue Bellone a chargé‖ des lauriers du vainqueur ?Examinez les traits‖ de sa noble figure,Et vous reconnaîtrez‖ le forgeron Francœur !…Les malheurs ont blanchi‖ ses beaux cheveux d’ébèneEt creusé sur son front‖ un glorieux sillon ;Blessé, mais non soumis,‖ il est semblable au chêneQui résiste longtemps‖ aux coups du bûcheron…Il baise avec amour‖ le drapeau de ses pères,Après l’avoir pressé‖ tendrement sur son cœur ;Et, sans respect humain,‖ récite des prièresQue sa famille, au ciel‖ doit répéter en chœur !

L’ardeur chez les Prussiens‖ semble un instant renaître,Car leur mitraille gronde‖ encore avec éclat ;Mais, d’un coup d’œil, il est‖ aisé de reconnaîtreQue c’est le désespoir‖ qui les pousse au combat.

Ducrot veut balayer‖ ces bandes étrangèresQui croyaient par leur nombre‖ effrayer les Français :« Braves soldats ! chassez‖ ces infâmes vipèresPour qu’elles n’osent plus‖ nous troubler désormais… »

Pierre alors se redresse‖ et prend sa carabine,De l’échec de la veille‖ il veut venger l’affront.Ciel ! soudain son bras tremble‖ et sa tête s’incline :Il vient de recevoir‖ deux balles dans le front !

Il tombe sur le sol,‖ théâtre de sa gloire,Ce modeste artisan‖ que rien n’intimida,En murmurant ces mots‖ que je livre à l’Histoire :Adieu, France chérie !‖ Adieu, beau Canada…

1er février 1887.

Versification

Forme
Strophes variées
Rimes
233[abab] 7[aa] 7[abba]
Mètre
Alexandrins surtout (909 de 12, 82 de 6)· profil 6, 6+6
Mots à la rime
a quatre / combattre féminine, classiqueb Francœur / vainqueur masculine, classiquea terrasse / race féminine, classiqueb Diamant / charmant masculine, classiquea cathédrale / lustrale féminine, classiqueb passant / remerciant masculine, classiquea père / Pierre féminine, classiqueb pêcher / rechercher masculine, classiquea Rose / morose féminine, classiqueb deviné / illuminé masculine, classiquea muette / fillette féminine, classiqueb follement / franchement masculine, classiquea timides / limpides féminine, classiqueb douloureux / feux masculine, classiquea fille / mantille féminine, classiqueb effrayer / foyer masculine, classiquea statue / inconnue féminine, classiqueb amours / toujours masculine, classiquea l’église / brise féminine, classiqueb minuit / réduit masculine, classiquea aurore / sonore féminine, classiqueb douleur / Seigneur masculine, classiquea prunelle / soupira-t-elle féminine, classiqueb incohérents / parents masculine, classiquea chérie / folie féminine, classiqueb cœur / bonheur masculine, classiquea figure / augure féminine, classiqueb travailleur / meilleurs masculine, non classiquea moi-même / t’aime féminine, classiqueb rencontrerai / l’amènerai masculine, classiquea excentrique / catholique féminine, classiqueb rien / Canadien masculine, classiquea insomnie / agonie féminine, classiqueb cerveau / marteau masculine, classiquea boutique / politique féminine, classiqueb mêlait / s’assemblait masculine, classiquea gouttes / doutes féminine, classiqueb vigoureux / heureux masculine, classiquea connaisse / jeunesse féminine, classiqueb tourment / couronnement masculine, classiquea porte / cohorte féminine, classiqueb fraîcheur / labeur masculine, classiquea monde / ronde féminine, classiqueb travailleurs / batailleurs masculine, classiquea rue / éperdue féminine, classiqueb galop / tableau masculine, non classiquea vie / furie féminine, classiqueb l’animal / rival masculine, classiquea blanche / franche féminine, classiqueb cheval / idéal masculine, classiquea grossière / fière féminine, classiqueb effusion / action masculine, classiquea âme / flamme féminine, classiqueb confus / plus masculine, classiquea parle / Charle féminine, classiqueb d’horreur / voleur masculine, classiquea père / terre féminine, classiqueb repos / mots masculine, classiquea caractère / célibataire féminine, classiqueb maison / raison masculine, classiquea trentaine / lointaine féminine, classiqueb printemps / pas masculine, classiquea breuvage / ménage féminine, classiqueb réunis / infinis masculine, classiquea admirable / table féminine, classiqueb miroir / soir masculine, classiquea l’église / surprise féminine, classiqueb cieux / yeux masculine, classiquea enfant / encore / adore féminine, classiqueb mort / Beauport masculine, classiquea porte / transporte féminine, classiqueb inconnu / bienvenu masculine, classiquea voiture / figure féminine, classiqueb Roger-Bontemps / longtemps masculine, classiquea vibrante / brûlante féminine, classiqueb fort / transport masculine, classiquea chérie / idolâtrie féminine, classiqueb main / chemin masculine, classiquea approche / reproche féminine, classiqueb moi / loi masculine, classiquea table / charitable féminine, classiqueb connu / inconnu masculine, classiquea petite / habite féminine, classiqueb yeux / aïeux masculine, classiquea larmes / charmes féminine, classiqueb roulaient / contemplaient masculine, classiquea délice / calice féminine, classiqueb déguisait / puisait masculine, classiquea précieuses / silencieuses féminine, classiquea consolateur / Créateur masculine, classiqueb joie / envoie féminine, classiquea Rose / éclose féminine, classiquea amour / jour masculine, classiqueb âme / réclame féminine, classiquea surprise / dit / franchise féminine, classiqueb Francœur / bonheur masculine, classiquea Pierre / répondit / prière féminine, classiqueb d’espoir / revoir masculine, classiquea mordienne / chrétienne féminine, classiqueb début / but masculine, classiquea table / diable féminine, classiqueb repas / pas masculine, classiquea politesse / finesse féminine, classiqueb peu / pot-au-feu masculine, classiquea musique / cantique féminine, classiqueb embaumé / rimé masculine, classiquea principes / participes féminine, classiqueb dilettanti / joli masculine, classiquea liesse / cesse féminine, classiqueb l’unisson / garçon masculine, classiquea vieille / dit / m’émerveille féminine, classiqueb parti / ajouta masculine, classiquea durée / soirée féminine, classiqueb amoureux / heureux masculine, classiquea barrière / lierre féminine, classiqueb bouleaux / anneaux masculine, classiquea nuages / ramages féminine, classiqueb lueur / fleur masculine, classiquea odorantes / transparentes féminine, classiqueb foison / gazon masculine, classiquea feuillage / langage féminine, classiqueb banc / franc masculine, classiquea fillette / franquette féminine, classiqueb harmonieux / vieux masculine, classiquea Rose / rose féminine, classiqueb deux / orgueilleux masculine, classiquea reprit / notaire / caractère féminine, classiqueb vérité / beauté masculine, classiquea répliqua-t-elle / tonnelle féminine, classiqueb compliments / parents masculine, classiquea charmante / amante féminine, classiqueb soir-là / gala masculine, classiquea figures / créatures féminine, classiqueb Benoit / loi masculine, non classiquea Tendre / entendre féminine, classiqueb l’espoir / consolants / voir masculine, classiquea encore / j’adore féminine, classiqueb rêveur / cœur masculine, classiquea l’ordonne / donne féminine, classiqueb chrétien / quotidien masculine, classiquea vie / convie féminine, classiqueb candeur / honneur masculine, classiquea reparti / franchise / soumise féminine, classiqueb d’exprimer / blâmer masculine, classiquea langage / courage féminine, classiqueb ravissement / raisonnement masculine, classiquea d’espérance / dit / sentence féminine, classiqueb Benoit / soit masculine, classiquea Fabre / sabre féminine, classiqueb tous / jaloux masculine, classiquea date / flatte féminine, classiqueb autels / Désautels masculine, classiquea tranquille / ville féminine, classiqueb façon-là / éclat masculine, non classiquea dit / beau-père / l’espère féminine, classiqueb heureux / dangereux masculine, classiquea notaire / savoir-faire féminine, classiqueb Francœur / erreur masculine, classiquea future / figure féminine, classiqueb contrat / incarnat masculine, classiquea Rose / suppose féminine, classiqueb baiser-là / cela masculine, classiquea riposta-t-elle / cervelle féminine, classiqueb larcin / dessein masculine, classiquea demoiselle / nouvelle féminine, classiqueb meilleur / Lavigueur masculine, classiquea rire / délire féminine, classiqueb heureux / cieux masculine, classiquea carrosse / noce féminine, classiqueb Benoit / roi masculine, non classiqueb l’oranger / corriger masculine, classiquea prêtre / Maître féminine, classiqueb Charlesbourg / amour masculine, non classiquea l’âme / flamme féminine, classiqueb 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féminine, classiqueb accomplissement / moment masculine, classiquea lune / Neptune féminine, classiqueb courant / Saint-Laurent masculine, classiquea Pierre / lumière féminine, classiqueb l’embarcation / création masculine, classiquea belle / reprit / étincelle féminine, classiqueb gâteau / Flambeau masculine, classiquea charitables / périssables féminine, classiqueb fardeau / beau masculine, classiquea silence / violence féminine, classiqueb cœur / oppresseur masculine, classiquea fréquentes / écumantes féminine, classiqueb marin / serein masculine, classiquea grandiose / Rose féminine, classiqueb feu / Dieu masculine, classiquea rivage / nuage féminine, classiqueb canot / bientôt masculine, classiquea ténèbres / funèbres féminine, classiqueb roseau / l’eau masculine, classiquea courage / nage féminine, classiqueb enfant / vent masculine, classiquea assistance / distance féminine, classiqueb clarté / cité masculine, classiquea belle / modèle féminine, classiqueb amours / jours 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corporelles / cruelles féminine, classiqueb mets / jamais masculine, classiquea distraire / plaire féminine, classiqueb romans / amusements masculine, classiqueb résignation / Sion masculine, classiquea courage / l’ouvrage féminine, classiqueb fardeau / marteau masculine, classiquea mémoire / d’histoire féminine, classiqueb Charest / admirait masculine, classiquea prêtre / être féminine, classiqueb degré / sacré masculine, classiquea France / naissance féminine, classiqueb obscurcir / mourir masculine, classiquea redoutable / admirable féminine, classiqueb enfants / allemands masculine, classiquea fleuve / épreuve féminine, classiqueb navrant / courant masculine, classiquea souffrance / souvent / France féminine, classiqueb étranger / danger masculine, classiquea achève / lève féminine, classiqueb doux / roux masculine, classiquea innombrable / effroyable féminine, classiqueb Jacques-Cartier / entier masculine, classiquea astres / désastres féminine, classiqueb chagrin / Spickerin masculine, classiquea murmure / blessure féminine, classiqueb valeur / douleur masculine, classiquea patriote / despote féminine, classiqueb mains / Romains masculine, classiquea lumière / ouvrière féminine, classiqueb bien / Canadien masculine, classiquea pères / meurtrières féminine, classiqueb pays / amis masculine, classiquea boutique / authentique féminine, classiqueb drapeau / chassepot masculine, non classiquea courage / rage féminine, classiqueb Saint-Roch / bloc masculine, classiquea colère / terre féminine, classiqueb respirer / pleurer masculine, classiquea pères / guères féminine, classiqueb compatir / rougir masculine, classiquea armes féminine, classiqueb Trochu / secouru masculine, classiquea Excellence / vaillance féminine, classiqueb soldat / Canada masculine, non classiquea terre / solitaire féminine, classiqueb jumeaux / mots masculine, classiquea chérie / vie féminine, classiqueb séjour / jour masculine, classiquea anges / fanges féminine, classiqueb j’aimais / jamais masculine, classiqueb flanc / sang masculine, classiquea l’aurore / encore féminine, classiqueb lieux / cieux masculine, classiquea inquiétude / solitude féminine, classiqueb remplacera / visitera masculine, classiquea tombe féminine, classiqueb pleurs / fleurs masculine, classiquea prière / Père féminine, classiquea livre / vivre féminine, classiqueb plaisirs / désirs masculine, classiquea monde / l’onde féminine, classiqueb jouir / souffrir masculine, classiquea retraite / s’apprête féminine, classiqueb Francœur / cœur masculine, classiquea entrave / brave féminine, classiqueb québecquois / gaulois masculine, classiquea défaites / fêtes féminine, classiqueb écrasés / germanisés masculine, classiqueb vieillard / montagnard masculine, classiquea villes / faciles féminine, classiqueb deuil / d’œil masculine, classiquea France / insouciance féminine, classiqueb cité / immortalité masculine, classiquea armistice / répond / justice féminine, classiqueb armements / sentiments masculine, classiqueb Français / d’engrais masculine, non classiquea reîtres / traîtres féminine, classiqueb drapeaux / corbeaux masculine, classiquea poudre / foudre féminine, classiqueb soldats / dégâts masculine, classiquea troupes / groupes féminine, classiqueb Châtillon / pavillon masculine, classiquea dit / frères / Bruyères féminine, classiqueb triomphants / turbulents masculine, classiquea estime / sublime féminine, classiqueb chemin / lendemain masculine, classiquea arrive / défensive féminine, classiqueb bataillons / canons masculine, classiquea prussienne / l’hyène féminine, classiqueb cheval / rival masculine, classiquea cachette / répète féminine, classiqueb bosquets / boulets masculine, classiquea intrigue féminine, classiqueb Français / succès masculine, classiquea rustres / illustres féminine, classiqueb audacieux / valeureux masculine, classiquea balles / infernales féminine, classiqueb Prussiens / chiens masculine, classiquea nombre / sombre féminine, classiqueb sort / mort masculine, classiquea d’écume / fume féminine, classiqueb galop / l’eau masculine, non classiquea lui-même / extrême féminine, classiqueb ambitieux / dieux masculine, classiquea Hautes-Bruyères / meurtrières féminine, classiqueb plis / Paris masculine, classiquea promène / semaine féminine, classiqueb l’ennemi / dormi masculine, classiquea feuillage / rivage féminine, classiqueb brumeux / silencieux masculine, classiquea Allemagne / montagne féminine, classiqueb lorgnon / canon masculine, classiquea mémoire / noire féminine, classiqueb déçus / reçus masculine, classiquea monture / pure féminine, classiqueb soldats / pas masculine, classiquea braves / esclaves féminine, classiqueb rivaux / drapeaux masculine, classiquea crainte / sainte féminine, classiqueb vaillamment / moment masculine, classiquea répondent / inondent féminine, classiqueb général / signal masculine, classiquea lumière / altière féminine, classiqueb noir / ostensoir masculine, classiquea armée / renommée féminine, classiqueb moment / retranchement masculine, classiquea silence / immense féminine, classiqueb vent / levant masculine, classiquea d’attendre / d’entendre féminine, classiqueb non / canon masculine, classiquea l’exemple / temple féminine, classiqueb jour / d’amour masculine, classiquea préparent / s’emparent féminine, classiqueb repas / gras masculine, classiquea carillonne / rayonne féminine, classiqueb façon / l’unisson masculine, classiquea joyeuses / nombreuses féminine, classiqueb mots / maux masculine, classiquea gamelle / prunelle féminine, classiqueb Ducrot / trot masculine, classiquea s’avancent / lancent féminine, classiqueb recevoir / émouvoir masculine, classiquea lutte féminine, classiqueb aussitôt / éclot masculine, classiquea face / remplace féminine, classiqueb mourir / saisir masculine, classiquea armées / années féminine, classiqueb héros / faux masculine, classiquea haine / peine féminine, classiqueb preux / heureux masculine, classiquea d’espérance / souffrance féminine, classiqueb pain / main masculine, classiquea veille / d’oreille féminine, classiqueb forts / accords masculine, classiquea Prusse / d’astuce féminine, classiqueb vainement / adroitement masculine, classiquea l’âme / infâme féminine, classiqueb morts / remords masculine, classiquea même / j’aime féminine, classiquea retraite / défaite féminine, classiqueb l’honneur / cœur masculine, classiquea figure / murmure féminine, classiqueb cent / sang masculine, non classiquea place féminine, classiqueb aïeux / eux masculine, classiquea s’élance / vigilance féminine, classiqueb Teutons / canons masculine, classiquea rude / attitude féminine, classiqueb feu / peu masculine, classiquea commence / démence féminine, classiqueb pas / trépas masculine, classiquea grêle / entremêle féminine, classiqueb soldats / glas masculine, classiquea mitraille / bataille féminine, classiqueb ardeur / l’honneur masculine, classiquea frénétiques / germaniques féminine, classiqueb toujours / contours masculine, classiquea rage / courage féminine, classiqueb Français / insuccès masculine, classiquea braves / graves féminine, classiqueb Prussiens / chirurgiens masculine, classiquea étreinte / éteinte féminine, classiqueb gazon / canon masculine, classiquea guide / humide féminine, classiqueb ennemis / meurtris masculine, classiquea recule / scrupule féminine, classiqueb compagnons / moucherons masculine, classiquea héroïque / relique féminine, classiqueb drapeau / l’eau masculine, classiquea encolure / figure féminine, classiqueb vainqueur / Francœur masculine, classiquea d’ébène / chêne féminine, classiqueb sillon / bûcheron masculine, classiquea pères / prières féminine, classiqueb cœur / chœur masculine, classiquea renaître / reconnaître féminine, classiqueb éclat / combat masculine, classiquea étrangères / vipères féminine, classiqueb Français / désormais masculine, classiquea carabine / s’incline féminine, classiqueb l’affront / front masculine, classiquea gloire / l’Histoire féminine, classiqueb n’intimida / Canada masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.0· écart moyen à la rime classique 0.1

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

991 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Premières poésies, 1892· numérisation Project Gutenberg· Sources