Poésies diverses, 1797‑1827
V. L’Esclave
Tunis, 1807.
Le vigilant derviche‖ à la prière appelleDu haut des minarets‖ teints des feux du couchant.Voici l’heure au lion‖ qui poursuit la gazelle ;Une rose au jardin‖ moi je m’en vais cherchant.Musulmane aux longs yeux,‖ d’un maître que je braveFille délicieuse,‖ amante des concerts,Est-il un sort plus doux‖ que d’être ton esclave,Toi que je sers, toi que je sers ?
Jadis, lorsque mon bras‖ faisait voler la prameSur le fluide azur‖ de l’abîme calmé,Du sombre désespoir‖ les pleurs mouillaient ma rame :Un charme m’a guéri :‖ j’aime et je suis aimé.Le noir rocher me plaît ;‖ la tour que le flot laveMe sourit maintenant‖ aux grèves de ces mers :Le flambeau du signal‖ y luit pour ton esclave,Toi que je sers, toi que je sers !
Belle et divine es-tu,‖ dans toute ta parure,Quand la nuit au harem‖ je glisse un pied furtif !Les tapis, l’aloès,‖ les fleurs et l’onde pure,Sont par toi prodigués‖ à ton jeune captif.Quel bonheur ! au milieu‖ du péril que j’aggrave,T’entourer de mes bras,‖ te parer de mes fers,Mêler à tes colliers‖ l’anneau de ton esclave,Toi que je sers, toi que je sers !
Dans les sables mouvants,‖ de ton blanc dromadaireJe reconnais de loin‖ le pas sûr et léger ;Tu m’apparais soudain :‖ un astre solitaireEst moins doux sur la vague‖ au pauvre passager ;Du matin parfumé‖ le souffle est moins suave,Le palmier moins charmant‖ au milieu des déserts.Quel sultan glorieux‖ égale ton esclave,Toi que je sers, toi que je sers !
Mon pays, que j’aimais‖ jusqu’à l’idolâtrie,N’est plus dans les soupirs‖ de ma simple chanson ;Je ne regrette plus‖ ma mère et ma patrie ;Je crains qu’un prêtre saint‖ n’apporte ma rançon.Ne m’affranchis jamais !‖ laisse-moi mon entrave !Oui, sois ma liberté,‖ mon Dieu, mon univers !Viens, sous tes beaux pieds nus,‖ viens fouler ton esclave,Toi que je sers, toi que je sers !
Versification
- Forme
- 5 huitains (huitains)
- Rimes
- 5(ababcdcd)
- Mètre
- Alexandrins et octosyllabes (35 de 12, 5 de 8)· profil 8, 6+6
- Strophes
- 5 huitains
- Mots à la rime
- a appelle / gazelle féminine, classiqueb couchant / cherchant masculine, classiquec brave / esclave féminine, classiqued concerts / sers masculine, classiquea prame / rame féminine, classiqueb calmé / aimé masculine, classiquec lave / esclave féminine, classiqued mers / sers masculine, classiquea parure / pure féminine, classiqueb furtif / captif masculine, classiquec j’aggrave / esclave féminine, classiqued fers / sers masculine, classiquea dromadaire / solitaire féminine, classiqueb léger / passager masculine, classiquec suave / esclave féminine, classiqued déserts / sers masculine, classiquea l’idolâtrie / patrie féminine, classiqueb chanson / rançon masculine, classiquec entrave / esclave féminine, classiqued univers / sers masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.4· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
40 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· numérisation poesies.net· Sources