Tableaux de la nature, 1784‑1790
VII. Le Printemps, l’Été et l’Hiver
Vallée au nord,‖ onduleuse prairie,Déserts charmants,‖ mon cœur, formé pour vous,Toujours vous cherche‖ en sa mélancolie.A ton aspect,‖ solitude chérie,Je ne sais quoi‖ de profond et de douxVient s’emparer‖ de mon âme attendrie.Si l’on savait‖ le calme qu’un ruisseauEn tous mes sens‖ porte avec son murmure,Ce calme heureux‖ que j’ai, sur la verdure,Goûté cent fois‖ seul au pied d’un coteau,Les froids amants‖ du froid séjour des villesRechercheraient‖ ces voluptés faciles.
Si le printemps‖ les champs vient émailler,Dans un coin frais‖ de ce vallon paisible,Je lis assis‖ sous le rameux noyer,Au rude tronc,‖ au feuillage flexible.Du rossignol‖ le suave soupirEnchaîne alors‖ mon oreille captive,Et dans un songe‖ au-dessus du plaisirLaisse flotter‖ mon âme fugitive.Au fond d’un bois‖ quand l’été va durant,Est-il une onde‖ aimable et sinueuseQui, dans son cours,‖ lente et voluptueuse,A chaque fleur‖ s’arrête en soupirant ?Cent fois au bord‖ de cette onde infidèleJ’irai dormir‖ sous le coudre odorant,Et disputer‖ de paresse avec elle.
Sous le saule nourri‖ de ta fraîcheur amie,Fleuve témoin de mes soupirs,Dans ces prés émaillés,‖ au doux bruit des zéphyrs,Ton passage offre ici‖ l’image de la vie.En des vallons déserts,‖ au sortir de ces fleurs,Tu conduis tes ondes errantes :Ainsi nos heures inconstantesPassent des plaisirs aux douleurs.
Mais si voluptueux,‖ du moins dans notre course,Du printemps nous allons jouir,Nos jours plus doucement‖ s’éloignent de leur source,Emportant avec eux‖ un tendre souvenir :Ainsi tu vas moins triste‖ au rocher solitaire,Vers ces bois où tu fais toujours,Si de ces prés ton heureux coursEntraîne quelque fleur légère.
De mon esprit‖ ainsi l’enchantementNaît et s’accroît‖ pendant tout un feuillage.L’aquilon vient,‖ et l’on voit tristementL’arbre isolé‖ sur le coteau sauvageSe balancer‖ au milieu de l’orage.De blancs oiseaux‖ en troupes partagésQuittent les bords‖ de l’Océan antique :Tous en silence‖ à la file rangésFendent l’azur‖ d’un ciel mélancolique.J’erre aux forêts‖ où pendent les frimas :Interrompu‖ par le bruit de la feuilleQue lentement‖ je traîne sous mes pas,Dans ses pensers‖ mon esprit se recueille.
Qui le croirait ?‖ plaisirs solacieux,Je vous retrouve‖ en ce grand deuil des cieux :L’habit de veuve‖ embellit la nature.Il est un charme‖ à des bois sans parure :Ces prés riants‖ entourés d’aunes verts,Où l’onde molle‖ énerve la pensée,Où sur les fleurs‖ l’âme rêve bercéeAux doux accords‖ du feuillage et des airs,Ces prés riants‖ que l’aquilon moissonne,Plaisent aux cœurs.‖ Vers la terre courbésNous imitons,‖ ou flétris ou tombés,L’herbe en hiver‖ et la feuille en automne.
Versification
- Forme
- Strophes variées
- Rimes
- 1[abacbc] 6[abba] 3[aa] 5[abab] 1[abbacac] 1[ababb]
- Mètre
- Vers de 10, 8 et 12 syllabes (52 de 10, 8 de 8, 8 de 12)· profil 8, 4+6, 6+6
- Mots à la rime
- a prairie / mélancolie féminine, classiqueb vous / doux masculine, classiquec chérie / attendrie féminine, classiquea ruisseau / coteau masculine, classiqueb murmure / verdure féminine, classiquea villes / faciles féminine, classiquea émailler / noyer masculine, classiqueb paisible / flexible féminine, classiquea soupir / plaisir masculine, classiqueb captive / fugitive féminine, classiquea durant / soupirant / odorant masculine, classiqueb sinueuse / voluptueuse féminine, classiquec infidèle / elle féminine, classiquea amie / vie féminine, classiqueb soupirs / zéphyrs masculine, classiquea fleurs / douleurs masculine, classiqueb errantes / inconstantes féminine, classiquea course / source féminine, classiqueb jouir / souvenir masculine, classiquea solitaire / légère féminine, classiqueb toujours / cours masculine, classiquea l’enchantement / tristement masculine, classiqueb feuillage / sauvage / l’orage féminine, classiquea partagés / rangés masculine, classiqueb antique / mélancolique féminine, classiquea frimas / pas masculine, classiqueb feuille / recueille féminine, classiquea solacieux / cieux masculine, classiquea nature / parure féminine, classiquea verts / airs masculine, classiqueb pensée / bercée féminine, classiquea moissonne / automne féminine, classiqueb courbés / tombés masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.9· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
68 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· numérisation poesies.net· Sources