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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Des vers français, 1906

Un Duel au Sabre

François Coppée· distiques, alexandrins, 368 vers

I

Dans le café — c’était‖ en mil huit cent dix-sept —Où souvent, avec les « ‖demi-solde », il passaitUne heure à regretter‖ son ancienne cocarde,Le commandant Simon,‖ des chasseurs de la garde,Rêvassait, accoudé‖ devant un grog au rhum.Très râpé, mais gardant‖ un certain décorum,Il portait le chapeau‖ tromblon, la forte botteA gland de soie, et, sur‖ sa longue redingote,Arborait un ruban‖ large au moins de deux doigts ;Car, depuis Austerlitz,‖ ce brave avait la croix.Une balafre au front,‖ les favoris en crosseDe pistolet, le teint‖ boucané, l’air féroce,Tel, sous Louis Dix-Huit,‖ était le commandant.Un timide aurait eu‖ peur, rien qu’en regardantCe dur masque engoncé‖ dans le col militaire.Près de lui, sur le mur,‖ pendait à la patèreSa canne, un jonc robuste,‖ au cordon de cuir noir.

L’âme du « demi-solde »‖ était sombre ce soir.Jamais elle n’avait‖ tant charrié de haine,Depuis que l’Empereur‖ était à Sainte-Hélène.Sur lui le désespoir‖ avait mis le grappin.Il songeait :— Plus de gloire,‖ hélas ! et pas de pain !Moi, hussard de l’an un,‖ moi, vainqueur de Jemmapes,Qui de toute l’Europe‖ ai couru les étapesEt traîné, vingt-cinq ans,‖ des sabres aiguisésSur la peau des Chouans‖ et des Coalisés,Aujourd’hui, passant mal‖ vêtu dont on ricane,Dans la boue, à Paris,‖ je vais traînant ma canne !Tonnerre ! Sommes-nous‖ des héros, oui ou non ?Le Petit Caporal‖ m’appelait par mon nom,Pourtant ; il m’a tiré‖ l’oreille, à Montenotte.A présent, je n’ai pas‖ crédit à ma gargote.Plus d’amours ! Beau garçon,‖ jadis, sous le dolman,J’eus plus d’un très flatteur‖ et rapide roman.Cette margrave, à Dresde…‖ Or, mille baïonnettes !En pékin, maintenant,‖ je fais peur aux grisettes…Et, ce soir, je n’ai pas‖ dans ma poche un écu !

Il ruminait ainsi‖ sa fureur de vaincu.Comme il les haïssait‖ à fond, les nouveaux maîtres,Le roi, d’abord, ce gros‖ goutteux avec des guêtres,Qui passait en carrosse,‖ escorté de dragons !Tout ce que l’étranger‖ tirait de ses fourgonsLe remplissait d’horreur.‖ Mais la honte des hontes,C’était ces nobliaux,‖ ces marquis, ces vicomtes,Ces barons de vingt ans,‖ n’ayant pas vu le feu,Bombardés officiers‖ d’un coup, et, sacrebleu !A qui l’on prodiguait‖ tout, les croix et les grades.Sur leur compte il pensait‖ comme les camaradesQui, près d’un bol de punch,‖ le visage échauffé,Jouaient aux dominos,‖ dans un coin du café.Quand un de ces grognards‖ rencontrait au passageQuelque garde du corps‖ tout jeune, l’air bien sage,Il vous l’apostrophait‖ du style le plus sec,Puis, en garde ! il tâchait‖ d’embrocher le blanc-bec.

Pourtant le commandant —‖ chose extraordinaire — .N’avait, depuis longtemps,‖ pas eu la moindre affaire,Par scrupule. En escrime,‖ il se savait trop fort.Pour lui, tout adversaire‖ était, d’avance, mort.Il cultivait, depuis‖ qu’il servait sous les aigles,Le grand art de tuer‖ un homme dans les règles,Et, certain d’être — aucun‖ n’eût pu le démentir —Le premier sur la planche‖ et le premier au tir,Il évitait les duels,‖ par réserve royale.

II

Soudain, trois officiers‖ de la garde royaleEntrent très bruyamment,‖ le teint illuminé,Les yeux brillants. On voit‖ qu’ils ont trop bien dîné.Que d’éperons ! C’est un‖ tapage épouvantable.On s’installe, et l’un d’eux‖ frappe alors sur la table.

« Du champagne ! »C’est un‖ gamin si jeune encorQue, pour moustache, il n’a‖ que de légers fils d’or.Un regard langoureux.‖ L’air d’une femmelette.A peine un homme, enfin…‖ Et déjà l’épaulette !

Le nez du commandant‖ s’est froncé de courroux.Pourquoi lui viennent-ils‖ montrer, ces jeunes fous,Leurs culottes de peau‖ qui collent sur la jambe,Leurs casques, leurs plumets,‖ tout ce galon qui flambe,Tout ce qu’il n’a plus droit‖ de porter maintenant ?S’ils risquent, tout à l’heure,‖ un seul mot malsonnantContre son Empereur,‖ son dieu, son Bonaparte,Le vieux bretteur, si fort‖ sur le contre de quarte,Ce soir, — tant pis pour eux !‖ — est prêt à s’aligner.

Pourtant aucun motif,‖ d’abord, de s’indigner.L’humeur des jeunes gens,‖ après boire, est folâtre.Ceux-ci parlent entre eux‖ chevaux, femmes, théâtre,Confusément, d’ailleurs.‖ Effet du chambertin.

— Ferdinand, j’ai monté‖ mon bai-brun, ce matin…Bonne bête !— Mon cher,‖ ma pouliche est meilleure.Elle m’avale, au trot,‖ en une demi-heure,La route de Saint-Cloud…‖ et c’est un long ruban.— Que la duchesse était‖ belle sous son turban,L’autre soir, chez Monsieur !‖… Des épaules de reine !…

— Quel est donc cet Anglais‖ qu’à sa suite elle traîne ?

— Lord Raleigh… Il obtient,‖ m’a-t-on dit, ses bontés.

— J’ai bien ri, mes enfants,‖ hier, aux Variétés…Allez-y donc… Vernet‖ et Potier sont très drôles.

Le « demi-solde » n’a‖ qu’à hausser les épaules.

Propos de garnison.Mais le beau mirliflor,Le joli lieutenant‖ à la moustache d’or,Distrait, comme parlant‖ d’une chose futile,Demande :— Que devient‖ donc l’Ogre dans son île ?…Il n’est plus question‖ de Bûonaparté.

Le cœur du vieux soldat,‖ dans son coffre, a sauté.Suffoquant de colère,‖ il se lève, décrocheSon jonc de la patère,‖ en quatre bonds s’approcheDes officiers, regarde‖ en face le petitEt gronde entre ses dents :— Comment avez-vous dit ?

Le jeune homme à son tour‖ se lève avec surprise.L’œil terrible fixé‖ sur le sien le dégrise.Il toise l’enragé‖ brusquement apparuEt, d’un ton insolent :— Quel est ce malotru ?Dit-il.— Alors, clampin,‖ c’est toute ta réponse ?…Je vais donc t’enseigner‖ comment ça se prononce,Bonaparte…

Et, d’un geste‖ outrageant de dédain,Le commandant brandit‖ un instant son gourdin.Le jeune homme a du cœur.‖ Il frémit sous l’insulte,Porte la main au sabre.‖ On le retient. Tumulte.Lâchant leurs dominos,‖ au bruit de l’incident,Les « demi-solde », l’air‖ farouche, l’œil ardent,Sont accourus, et leurs‖ redingotes râpéesAutour du commandant‖ sont maintenant groupées.La dame du comptoir‖ est pâle de terreur ;Car la haine des vieux‖ soldats de l’EmpereurEst telle pour ces gens‖ de cour en uniforme,Que l’un fait tournoyer‖ déjà sa trique énorme,Croyant que la bataille‖ est près de commencer,Qu’un autre a relevé‖ ses manches pour boxerEt qu’un troisième s’est‖ armé d’une bouteille.

Mais l’adjudant-major‖ Rouff, des Vieux de la Vieille,Un glorieux débris‖ des grenadiers à pied,Entreprend d’arranger‖ l’affaire comme il sied.Grand ferrailleur, il a‖ l’usage de la chose.Très digne et grasseyant,‖ ce sage s’interpose.

— Présentez-vous d’abord,‖ messieurs, ordonne-t-il.= Soit… commandant Simon.— Comte de Hautmesnil.

L’enfant est dans un grand‖ trouble, mais le surmonte.Sa voix n’a pas tremblé.‖ Bravo ! le petit comte !

— Au sabre, n’est-ce pas ?‖… Vous êtes cavaliersTous deux, reprend le vieux‖ Nestor des grenadiers.— Au sabre.— Pour demain,‖ neuf heures, à Grenelle,Au Grand Vainqueur… C’est un‖ cabaret à tonnelle…Le patron a servi…‖ C’est un « égyptien »…J’y joue au cochonnet…‖ Nous serons là très bien.

C’est dit. Chacun reprend‖ une pose correcte.D’un regard noir, encore‖ une fois, l’on s’inspecte,Puis ce sont des saluts‖ faits d’un air de hauteur.— A demain donc, messieurs.— Serviteur.— Serviteur.

III

Hautmesnil !…L’ancien guide‖ est dans sa pauvre chambre.Pas de feu, bien qu’on soit‖ en plein mois de décembre.Les mains au dos, baissant‖ le front d’un air pensif,Il marche à pas pesants,‖ tel qu’un fauve captif.La chandelle des six‖ qui coule sur la tableProjette durement‖ cette ombre formidableSur la muraille où sont‖ pendus des pistoletsEt des sabres. Le froid‖ taudis, les meubles laids,Tout lui rappelle ici‖ sa misère et sa chute.Mais non. Il semble avoir‖ oublié la dispute.Plus de colère. Il songe,‖ et son rude profilS’adoucit, quand tout bas‖ il redit : « Hautmesnil ! »Et voilà, dans son cœur‖ de vieux chien de guérite,Le lointain souvenir‖ que ce nom ressuscite.

Sous la Terreur, au temps‖ des échafauds rougisSans relâche, il était‖ maréchal des logis.Son escadron campait‖ aux environs de Nantes,Où Carrier — ces horreurs,‖ de loin, sont surprenantes —Se gorgeait, tigre affreux,‖ de sang frais, tous les jours.On arrêtait tous les‖ suspects aux alentours.Or, un matin, — Simon‖ croit s’y trouver encore, —Un gredin, ceinturé‖ d’un haillon tricolore,Avec le regard faux‖ et lâche des mouchards,Vient au chef d’escadron‖ réclamer deux hussardsPour conduire au chef-lieu‖ la ci-devant comtesseDe Hautmesnil, avec‖ consigne très expresseDe la tenir de près‖ et de la surveiller ;Et Simon est requis‖ avec un cavalierDe ses amis, un très‖ bon garçon qu’il estime.Il se rappelle bien‖ la touchante victime,Si jeune, ayant l’air moins‖ malheureux qu’étonnéEt présentant le sein‖ à son fils nouveau-né,Qui, justement, venait‖ de réclamer sa goutte.L’ordre est formel. Tous trois‖ se mettent donc en route,Elle marchant à pied‖ entre les deux chevaux.C’était en mai. Les champs‖ couverts de blés nouveauxVerdoyaient, les buissons‖ étaient pleins de fauvettes.La « ci-devant », avec‖ ses souliers à bouffettes,Bientôt boita, très lasse,‖ — et c’était monstrueux,Cette misère-là‖ dans ce printemps joyeux ! —On fit halte un instant‖ et l’on mit pied à terre.S’appuyant sur un tronc‖ d’arbre, la pauvre mèrePleurait en regardant‖ son enfant endormi.Simon, n’y tenant plus,‖ prit à part son amiEt dit :

— Si nous sauvions cette jeunesse ?…— Diantre !

— Je sais bien, nous risquons‖ dix balles dans le ventre ;Mais c’est la guillotine,‖ à Nantes, qui l’attend.Le commandant est un‖ cœur d’or. En lui contantUne escarmouche avec‖ les Blancs ou quelque histoireSemblable, j’en suis sûr,‖ il feindra de nous croire…Ce tendron-là n’a pas‖ trahi la nation.Va, mon vieux, ce sera‖ ta meilleure action.D’ailleurs, je suis ton chef…‖ Cette affaire est la mienne…Je commande.— Ça va.‖ Lâchons la citoyenne,Fit le hussard, avec‖ son petit citoyen…On n’est pas des bourreaux,‖ après tout. Je veux bien.

Quand le sous-officier‖ vint vers la prisonnièreEt lui dit rondement‖ la chose, à sa manière,— Rien ne pourra jamais‖ lui faire oublier ça ! —Elle prit follement‖ sa main et la baisa.— Libres, mon fils et moi ! Libres !Quel cri de joie !— Pars vite, citoyenne.‖ Il ne faut pas qu’on voieNos adieux… Tu n’as pas d’argent ?— Non.— As-tu faim ?— Oui.— Je n’ai que huit sous‖ et ce chanteau de pain.Prends.— Vos noms… Je prierai‖ tant Dieu pour qu’il vous aime !

— Nos noms ?… Bah ! Il les sait,‖ bien sûr, l’Être Suprême.Crois-tu trouver un gîte ?— Oui. U, vers le clocher,Logent de bonnes gens‖ qui pourront me cacher.

— Cours-y !— Mes chers sauveurs !…— Bonne chance, labelle…Adieu.

Les cavaliers‖ se remettent en selleEt reviennent au camp‖ où le chef d’escadronsAccueille leur récit,‖ d’abord, par des jurons ;Puis, devinant le fait‖ qu’il faut que nul ne sache,Il sourit, doucement‖ ému, sous sa moustache.

Telle est sa généreuse‖ action de jadisDont se souvient le vieux‖ soldat dans son taudis,Et de sa violence,‖ à présent, il a honte.

Hautmesnil, oui, c’est bien‖ le nom. Ce jeune comteAvec qui je me bats,‖ demain, au Grand Vainqueur,C’est l’enfant que j’ai vu,‖ tétant de si bon cœur,Voilà vingt-trois ans… Oui,‖ c’est à peu près son âge…Je retrouve les traits,‖ dans son joli visage,De celle qui marchait‖ entre les deux hussards…Nous nous battons demain…‖ Ce sont là des hasardsComme monsieur Ducray‖-Duminil en invente…Mais — j’y songe — sa mère‖ est encore vivante.Naguère, en un journal,‖ j’ai vu son nom citéPour je ne sais plus quelle‖ œuvre de charité.Quel coup du sort !… Ainsi‖ cette pauvre mâtineQui, sans moi, s’en allait‖ droit à la guillotine,Demain, je lui tuerai‖ peut-être son enfant !…Jamais ! Jamais !… Je vois‖ encor la « ci-devant »Couvrir ma grosse main‖ de baisers et de larmes…Ce galopin doit être‖ une mazette aux armes,Et c’est très dangereux,‖ mes coups de vieux troupier.Me voilà bien ! Comment‖ sortir de ce guêpier ?…Oui, Bûonaparté…‖ C’est vrai, « l’Ogre de Corse »…Il l’a dit… Tout enfants,‖ ces nobles, on les forceD’insulter bêtement‖ notre pauvre Empereur....Mais — soyons franc — j’eus tort‖ de me mettre en fureur.L’affaire cependant‖ ne peut finir qu’au sabre.S’expliquer ? Non… L’enfant‖ a du sang, il se cabreSous l’éperon. Quand j’ai‖ sur lui levé la main,Nom d’une pipe ! il s’est‖ bien tenu, le gamin.Sur la planche, en trois mois,‖ j’en ferais un artiste.Quel dommage qu’il ne‖ soit pas bonapartiste !…Mais ce n’est pas tout ça…‖ Simon, vieil animal,Il faut qu’à ce jeune homme‖ il n’arrive aucun mal.La prisonnière en pleurs‖ et traînant la semellePrès de ta botte, avec‖ son fils à la mamelle,Que ton bon mouvement‖ sauva de l’échafaud,Il faut lui rendre intact‖ son petit, il le faut !…Simon, ton tour viendra‖ de passer l’arme à gauche,Et ta vie, après tout,‖ c’est bataille et débauche.A Dieu, cet Empereur‖ du ciel — en qui tu crois,Allons ! — tu montreras‖ tes blessures, ta croixD’Austerlitz — c’est beaucoup —‖ et quelques faits de guerre.Mais tout cela, mon vieux,‖ pourrait ne compter guère,Si, de ton cœur, au feu‖ des bivouacs culotté,Il ne s’échappe pas‖ une odeur de bonté !…Aussi vrai que Marmont‖ est un traître, je jureDe renvoyer l’enfant‖ sans une égratignure.

Il dit. La chambre était‖ glacée. Il frissonna,Avec un souvenir‖ de la BérésinaOù la température‖ était — fichtre ! — sévère,Puis il se mit au lit en songeant :— Comment faire ?

IV

Au Grand Vainqueur. Sinistre‖ endroit de rendez-vous.Ce matin il dégèle‖ et le temps est plus doux ;Mais un grand vent, poussant‖ une plainte inquiète,Tourmente les bosquets‖ séchés de la guinguetteEt roule sur le sol‖ les feuillages flétris.Le ciel est encombré‖ de gros nuages gris,Et leur foule, là-haut,‖ court, se bouscule et glisse.En petite tenue,‖ en bonnet de police,Les jeunes officiers‖ sont là, bientôt rejointsPar le vieux « demi-solde »‖ et par ses deux témoins.Tant de monde épouvante‖ et fait s’enfuir les poules.

Rouff l’a dit. On sera‖ bien dans le jeu de boules,Pour le combat. On fait‖ donc les préparatifs.Tandis que les témoins‖ comparent, attentifs,Le poids et la longueur‖ des sabres d’ordonnance,Sur le comte qui fait‖ très bonne contenance,Simon jette un regard‖ à peu près paternel.

Pourtant voici l’instant‖ tragique et solennel.Les habits sont gênants‖ pour se battre ; on les ôte.Puis les deux champions,‖ sabre en main, garde haute,Se font face, et, vraiment,‖ le contraste est completEntre ce fort gaillard‖ et ce blond gringalet.Ici, rude vigueur,‖ et là, chétive grâce.— Allez, messieurs, dit Rouff‖ enfin, de sa voix grasse.

Certes, pour les grognards,‖ témoins du commandant,Ce joli cœur est mort‖ déjà, c’est évident.Car, dans plus d’un assaut,‖ Simon, cambrant le torse,Leur prouva son sang-froid,‖ sa souplesse, sa force,Son coup d’œil infaillible‖ et sa poigne d’acier.Il va fendre le crâne‖ à ce fat officierAssez fou pour avoir‖ insulté leur idole.Mais, soudain, leur regard‖ étonné se désole.A quoi pense Simon ?‖ Est-ce pour plaisanter ?Il pare seulement‖ les coups sans riposter…L’adversaire pourtant‖ commet faute sur faute.Qu’a donc Simon ?… Pourquoi‖ quitter la garde haute ?…Et ce coup ! Le gamin‖ le tuait, pour un peu !…Le fait-il donc exprès ?‖… Ah ! touché, sacrebleu !

C’est vrai. Le plus fameux‖ escrimeur de l’armée,L’épaule par un grand‖ coup de sabre entamée,Vient de laisser tomber‖ son arme en gémissant.Il chancelle, et son linge‖ est tout rouge de sang.

Rouff accourt, le soutient,‖ aidé du camarade.Mais le vieux grenadier‖ grommelle une algarade.

— Comme tu saignes !… Mais,‖ quand même, je t’en veux.C’est donc vrai ! Toi, vaincu,‖ touché par ce morveux !Tonnerre ! …Mais Simon,‖ très calme, le rassure.— Qu’y faire ?… On n’en meurt pas.‖ Ce n’est qu’une blessure.

Sur un banc, ses amis,‖ alors, le font asseoir.Puis Rouff, avec ses dents,‖ déchire son mouchoir,Lave la plaie ouverte‖ et de son mieux la pansePendant ce temps, le comte,‖ ébloui de sa chance,Mais décent et, de plus,‖ n’ayant pas mauvais cœur,S’efforce de cacher‖ sa fierté de vainqueur.Il a remis veste et‖ bonnet jetés à terre.Enfin, très froids, après‖ un salut militaire,Les officiers du roi‖ laissent là le blessé.Simon reste rêveur‖ après qu’ils ont passé.Pour ce jeune homme il sent‖ presque de la tendresse.Son épaule, que Rouff‖ soigne avec maladresse,Lui fait mal, mais ce cœur‖ généreux est content ;Et, malgré le grognard‖ sans cesse répétant :« Blessé par ce clampin !‖… Non, la chose est trop forte…Un ancien de la garde ?‖ un chasseur de l’escorte ! »Il se dit que ce duel,‖ pour la vieille maman,Va faire de son fils‖ un héros de roman,Et songe, en réprimant‖ une grimace amère :— Cela fera plaisir‖ à madame sa mère.

Versification

Forme
Distiques
Rimes
170((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6−6
Strophes
18 distiques
Mots à la rime
a dix-sept / passait masculine, classiqueb cocarde / garde féminine, classiquea rhum / décorum masculine, classiqueb botte / redingote féminine, classiquea doigts / croix masculine, classiqueb crosse / féroce féminine, classiquea commandant / regardant masculine, classiqueb militaire / patère féminine, classiquea noir / soir masculine, classiqueb haine / Sainte-Hélène féminine, classiquea grappin / songeait / pain masculine, classiqueb Jemmapes / étapes féminine, classiquea aiguisés / Coalisés masculine, classiqueb ricane / canne féminine, classiquea non / nom masculine, classiqueb Montenotte / gargote féminine, classiquea dolman / roman masculine, classiqueb baïonnettes / grisettes féminine, classiquea écu / vaincu masculine, classiqueb maîtres / guêtres féminine, classiquea dragons / fourgons masculine, classiqueb hontes / vicomtes féminine, classiquea feu / sacrebleu masculine, classiqueb grades / camarades féminine, classiquea échauffé / café masculine, classiqueb passage / sage féminine, classiquea sec / blanc-bec masculine, classiqueb extraordinaire / affaire féminine, classiquea fort / mort masculine, classiqueb aigles / règles féminine, classiquea démentir / tir masculine, classiqueb royale féminine, classiquea illuminé / dîné masculine, classiqueb épouvantable / table féminine, classiquea champagne / encor / d’or masculine, classiqueb femmelette / l’épaulette féminine, classiquea courroux / fous masculine, classiqueb jambe / flambe féminine, classiquea maintenant / malsonnant masculine, classiqueb Bonaparte / quarte féminine, classiquea s’aligner / s’indigner masculine, classiqueb folâtre / théâtre féminine, classiquea chambertin / matin masculine, classiqueb bête / meilleure / demi-heure féminine, classiquea ruban / turban masculine, classiqueb reine / traîne féminine, classiquea bontés / Variétés masculine, classiqueb drôles / épaules féminine, classiquea garnison / mirliflor / d’or masculine, classiqueb futile / Demande / île féminine, classiquea Bûonaparté / sauté masculine, classiqueb décroche / s’approche féminine, classiquea petit / dents / dit masculine, classiqueb surprise / dégrise féminine, classiquea apparu / insolent / malotru masculine, classiqueb il / réponse / prononce féminine, classiquea Bonaparte / dédain / gourdin masculine, classiqueb l’insulte / Tumulte féminine, classiquea l’incident / ardent masculine, classiqueb râpées / groupées féminine, classiquea terreur / l’Empereur masculine, classiqueb uniforme / énorme féminine, classiquea commencer / boxer masculine, classiqueb bouteille / Vieille féminine, classiquea pied / sied masculine, classiqueb chose / s’interpose féminine, classiquea ordonne-t-il / Simon / Hautmesnil masculine, classiqueb surmonte / comte féminine, classiquea cavaliers / grenadiers masculine, classiqueb sabre / Grenelle / tonnelle féminine, classiquea égyptien / bien masculine, classiqueb correcte / s’inspecte féminine, classiquea hauteur / messieurs / Serviteur masculine, classiqueb Hautmesnil / chambre / décembre féminine, classiquea pensif / captif masculine, classiqueb table / formidable féminine, classiquea pistolets / laids masculine, classiqueb chute / dispute féminine, classiquea profil / Hautmesnil masculine, classiqueb guérite / ressuscite féminine, classiquea rougis / logis masculine, classiqueb Nantes / surprenantes féminine, classiquea jours / alentours masculine, classiqueb encore / tricolore féminine, classiquea mouchards / hussards masculine, classiqueb comtesse / expresse féminine, classiquea surveiller / cavalier masculine, classiqueb estime / victime féminine, classiquea qu’étonné / nouveau-né masculine, classiqueb goutte / route féminine, classiquea chevaux / nouveaux masculine, classiqueb fauvettes / bouffettes féminine, classiquea monstrueux / joyeux masculine, classiqueb terre / mère féminine, classiquea endormi / ami masculine, classiqueb dit / jeunesse / Diantre / ventre féminine, classiquea l’attend / contant masculine, classiqueb histoire / croire féminine, classiquea nation / action masculine, classiqueb mienne / commande / citoyenne féminine, classiquea citoyen / bien masculine, classiqueb prisonnière / manière féminine, classiquea ça / baisa masculine, classiqueb Libres / joie / voie féminine, classiquea d’argent / Non / faim / Oui / pain masculine, classiqueb Prends / aime / Suprême féminine, classiquea gîte / clocher / cacher masculine, classiqueb y / sauveurs / labelle / Adieu / selle féminine, classiquea d’escadrons / jurons masculine, classiqueb sache / moustache féminine, classiquea jadis / taudis masculine, classiqueb honte / comte féminine, classiquea Vainqueur / cœur masculine, classiqueb âge / visage féminine, classiquea hussards / hasards masculine, classiqueb invente / vivante féminine, classiquea cité / charité masculine, classiqueb mâtine / guillotine féminine, classiquea enfant / ci-devant masculine, classiqueb larmes / armes féminine, classiquea troupier / guêpier masculine, classiqueb Corse / force féminine, classiquea Empereur / fureur masculine, classiqueb sabre / cabre féminine, classiquea main / gamin masculine, classiqueb artiste / bonapartiste féminine, classiquea animal / mal masculine, classiqueb semelle / mamelle féminine, classiquea l’échafaud / faut masculine, classiqueb gauche / débauche féminine, classiquea crois / croix masculine, classiqueb guerre / guère féminine, classiquea culotté / bonté masculine, classiqueb jure / égratignure féminine, classiquea frissonna / Bérésina masculine, classiqueb sévère / songeant / faire féminine, classiquea rendez-vous / doux masculine, classiqueb inquiète / guinguette féminine, classiquea flétris / gris masculine, classiqueb glisse / police féminine, classiquea rejoints / témoins masculine, classiqueb poules / boules féminine, classiquea préparatifs / attentifs masculine, classiqueb d’ordonnance / contenance féminine, classiquea paternel / solennel masculine, classiqueb ôte / haute féminine, classiquea complet / gringalet masculine, classiqueb grâce / grasse féminine, classiquea commandant / évident masculine, classiqueb torse / force féminine, classiquea d’acier / officier masculine, classiqueb idole / désole féminine, classiquea plaisanter / riposter masculine, classiqueb faute / haute féminine, classiquea peu / sacrebleu masculine, classiqueb l’armée / entamée féminine, classiquea gémissant / sang masculine, non classiqueb camarade / algarade féminine, classiquea veux / morveux masculine, classiqueb Tonnerre / rassure / blessure féminine, classiquea asseoir / mouchoir masculine, classiqueb panse / chance féminine, classiquea cœur / vainqueur masculine, classiqueb terre / militaire féminine, classiquea blessé / passé masculine, classiqueb tendresse / maladresse féminine, classiquea content / répétant masculine, classiqueb forte / l’escorte féminine, classiquea maman / roman masculine, classiqueb amère / mère féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.4· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

368 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies complètes de François Coppée, Paris, Alphonse Lemerre, 1925· numérisation poesies.net· Sources