Le cahier rouge, 1874
En sortant d’un bal
A julien Travers
On n’a pu l’emmener‖ qu’à la dernière danse.C’était son premier bal,‖ songez ! et la prudenceDe sa mère a cédé‖ jusqu’au bout au désirDe la voir, embellie‖ encor par le plaisir,Résister du regard‖ au doigt qui lui fait signe,Ou venir effleurer,‖ d’un air qui se résigne,L’oreille maternelle‖ où sa claire voix d’orMurmure ces deux mots‖ suppliants : « Pas encor. »C’est la première fois‖ qu’elle entre dans ces fêtes.Elle est en blanc ; elle a,‖ dans les tresses défaitesDe ses cheveux, un brin‖ délicat de lilas ;Elle accueille d’abord‖ d’un sourire un peu lasLe danseur qui lui tend‖ la main et qui l’invite,Et rougit vaguement,‖ et se lève bien vite,Quand, parmi la clarté‖ joyeuse des salons,Ont préludé la flûte‖ et les deux violons.Et ce bal lui paraît‖ étincelant, immense.C’est le premier ! Avant‖ que la valse commence,Elle a peur tout à coup,‖ et regarde, en tremblant,Au bras de son danseur‖ s’appuyer son gant blanc.La voilà donc parmi‖ les grandes demoiselles,Oiselet tout surpris‖ de l’émoi de ses ailes.Un jeune homme lui parle‖ et marche à son côté.Elle jette autour d’elle‖ un regard enchantéEt qui de toutes parts‖ reflète des féeries,Et devant les seins nus‖ couverts de pierreries,Les souples éventails‖ aux joyeuses couleursSemblent des papillons‖ palpitant sur des fleurs.
Pourtant elle est partie,‖ à la fin. Mais mon rêveReste encor sous le charme‖ et, la suivant, achèveCette première nuit‖ du plaisir révélé.Dans le calme du frais‖ boudoir inviolé,Assise, — car la danse‖ est un peu fatigante, —Elle ôte son collier‖ de perles, se déganteEt tressaille soudain‖ de frissons ingénusEn voyant au miroir‖ son col et ses bras nus ;Puis le petit bouquet‖ qui meurt à son corsageDans son dernier parfum‖ lui rappelle un passageDe la valse où ce blond‖ cavalier l’entraînait ;Elle cherche un instant‖ sur son mignon carnetUn nom que nul encor‖ n’a le droit de connaître,Tandis qu’entre les deux‖ rideaux de la fenêtreL’aube surprend déjà‖ la lampe qui pâlit…
Mais la fatigue enfin‖ l’appelle vers son lit ;Et, dans l’alcôve obscure‖ où la vierge se couche,Un doux ange gardien‖ veille, un doigt sur la bouche.Mon rêve, éloigne-toi !‖ Le respect nous bannit.C’est violer un temple‖ et c’est troubler un nidQue de parler encor‖ de ces choses divines,Alors qu’il ne faut pas‖ même que tu devines.
Versification
- Forme
- Distiques
- Rimes
- 25((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 3 distiques
- Mots à la rime
- a danse / prudence féminine, classiqueb désir / plaisir masculine, classiquea signe / résigne féminine, classiqueb d’or / encor masculine, classiquea fêtes / défaites féminine, classiqueb lilas / las masculine, classiquea l’invite / vite féminine, classiqueb salons / violons masculine, classiquea immense / commence féminine, classiqueb tremblant / blanc masculine, classiquea demoiselles / ailes féminine, classiqueb côté / enchanté masculine, classiquea féeries / pierreries féminine, classiqueb couleurs / fleurs masculine, classiquea rêve / achève féminine, classiqueb révélé / inviolé masculine, classiquea fatigante / dégante féminine, classiqueb ingénus / nus masculine, classiquea corsage / passage féminine, classiqueb l’entraînait / carnet masculine, classiquea connaître / fenêtre féminine, classiqueb pâlit / lit masculine, classiquea couche / bouche féminine, classiqueb bannit / nid masculine, classiquea divines / devines féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 2.0· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
50 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de François Coppée, Paris, Librairie L. Hébert, 1885· numérisation poesies.net· Sources