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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Le cahier rouge, 1874

Fantaisie nostalgique

François Coppée· distiques, alexandrins, 46 vers

A Sully-Prudhomme

D’être ou de n’être pas‖ je n’ai point eu le choix,Mais, dans ce siècle vide,‖ ennuyeux et bourgeois,Je suis comme un enfant‖ volé par des tziganes,Qui chassa les oiseaux‖ avec des sarbacanes,Et devint saltimbanque‖ et joueur de guzla.Longtemps il n’a mangé‖ que le pain qu’il vola,Et, comme un loup, il n’eut‖ que les bois pour repaire.Puis, un beau jour, il est‖ retrouvé par son père,Un magnat, tout couvert‖ de fourrure et d’acier,Portant l’aigrette blanche‖ à son bonnet princier.Le vieil homme l’emporte‖ en sanglotant de joie.On habille l’enfant‖ de velours et de soie ;Il couche sur la plume‖ et mange dans de l’or.Quand il rentre au château,‖ le nain sonne du cor,Et, monté comme lui‖ sur un genet d’Espagne,Un antique écuyer‖ balafré l’accompagne.Un clerc, très patient,‖ lui donne des leçons.Son père, en son fauteuil‖ tout chargé d’écussons,L’attire quelquefois‖ tendrement, puis se pencheEt longtemps le caresse‖ avec sa barbe blanche.Des femmes, dont les yeux‖ sont doux comme les mains,Baisent son front hâlé‖ par le vent des cheminsEt détachent pour lui‖ le bijou qui l’occupe,Ne sachant pas qu’il sent‖ leurs genoux sous la jupeEt qu’au pays bohème‖ où l’enfant voyagea,Avant d’avoir quinze ans‖ on est homme déjà.Mais ni les beaux habits,‖ ni les tables chargéesDe gâteaux délicats,‖ de fruits et de dragées,Ni le vieil écuyer‖ qui lui dit ses combats,Ni les propos du clerc‖ qui le flatte tout bas,Ni les doux oreillers‖ de la profonde alcôve,Ni le palefroi blanc‖ harnaché de cuir fauve,Ni les jeux féminins‖ qui font bouillir son sang,Ni son père qui rit‖ et pleure en l’embrassant,Rien ne peut empêcher‖ que son cœur ne se serreAlors qu’il se souvient‖ de sa libre misère.Ah ! qu’il aimerait mieux‖ le fruit à peine mûrQu’on dérobe et qu’on mange,‖ à cheval sur un mur,Le revers du fossé‖ pour dormir, et la sourcePour laver ses pieds nus‖ fatigués d’une course,Mais du moins le plein ciel‖ et le vaste horizon !— Parfois, sur le rempart‖ de sa noble prison,On le voit, poursuivant‖ sa chimère innocente,Caresser de ses doigts‖ une guitare absenteEt, les regards au ciel,‖ le seul pays natal,Se chanter à voix basse‖ un air oriental.

Versification

Forme
Distiques
Rimes
23((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
1 distique
Mots à la rime
a choix / bourgeois masculine, classiqueb tziganes / sarbacanes féminine, classiquea guzla / vola masculine, classiqueb repaire / père féminine, classiquea d’acier / princier masculine, classiqueb joie / soie féminine, classiquea l’or / cor masculine, classiqueb d’Espagne / l’accompagne féminine, classiquea leçons / d’écussons masculine, classiqueb penche / blanche féminine, classiquea mains / chemins masculine, classiqueb l’occupe / jupe féminine, classiquea voyagea / déjà masculine, classiqueb chargées / dragées féminine, classiquea combats / bas masculine, classiqueb alcôve / fauve féminine, classiquea sang / l’embrassant masculine, non classiqueb serre / misère féminine, classiquea mûr / mur masculine, classiqueb source / course féminine, classiquea horizon / prison masculine, classiqueb innocente / absente féminine, classiquea natal / oriental masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.5· écart moyen à la rime classique 0.2

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

46 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de François Coppée, Paris, Librairie L. Hébert, 1885· numérisation poesies.net· Sources