Le cahier rouge, 1874
Sur la terrasse
du Château de R…
Devant le pur, devant‖ le vaste ciel du soir,Où scintillaient déjà‖ quelques étoiles pâles,Sur la terrasse, avec‖ des fichus et des châles,Toute la compagnie‖ avait voulu s’asseoir.
Devant nous l’étendue‖ immense, froide et grise,D’une plaine, la nuit,‖ à la fin de l’été.Puis un silence, un calme,‖ une sérénité ;Pas un chant de grillon,‖ pas un souffle de brise.
Nos cigares étaient‖ les seuls points lumineux ;Les femmes avaient froid‖ sous leurs manteaux de laine.Tous se taisaient, sentant‖ que la parole humaineRomprait le charme pur qui pénétrait en eux.
Près de moi, s’éloignant‖ du groupe noir des femmes,La jeune fille était‖ assise de profil,Et, brillant du regret‖ des anges .en exil,Son regard se levait‖ vers le pays des âmes.
Ses mains blanches, ses mains‖ d’enfant sur ses genouxSe joignaient faiblement,‖ presque avec lassitude,Et ses yeux exprimaient,‖ comme son attitude,Tout ce que la souffrance‖ a de cher et de doux.
Elle semblait frileuse‖ en son lourd plaid d’Écosse,Et pourtant souriait,‖ heureuse vaguement ;Mais ce sourire était‖ si faible en ce momentQu’il avait plutôt l’air‖ d’une ride précoce.
Pourquoi donc ai-je alors‖ rêvé de la saisonQui dépouille les bois‖ sous la bise plus aigre,Et pourquoi ce sillon‖ dans la joue un peu maigreM’a-t-il inquiété‖ bien plus que de raison ?
Je connais cette enfant ;‖ elle n’est que débile.Depuis le bel été‖ passé dans ce château,Elle va mieux. C’est moi‖ qui lui mets son manteau,— Lorsque le vent fraîchit,‖ — d’une main malhabile.
J’ai ma place auprès d’elle,‖ à l’heure des repas ;Je la gronde parfois‖ d’être à mes soins rebelle,Et, tout en plaisantant,‖ c’est moi qui lui rappelleLe cordial amer‖ qu’elle ne prendrait pas.
Elle ne peut nous être‖ aussi vite ravie !…— Non, mais devant ce ciel‖ calme et mystérieux,Avec ce doux reflet‖ d’étoile dans les yeux,Cette enfant m’a paru‖ trop faible pour la vie ;
Et, sans avoir pitié,‖ je n’ai pas pu prévoirTout ce qui doit changer‖ en ride ce sourireEt flétrir dans les pleurs‖ ce regard où se mireLe charme triste et pur‖ de l’automne et du soir.
Versification
- Forme
- 11 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 11(abba)
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 11 quatrains
- Mots à la rime
- a soir / s’asseoir masculine, classiqueb pâles / châles féminine, classiquea grise / brise féminine, classiqueb l’été / sérénité masculine, classiquea lumineux / eux masculine, classiqueb laine / humaine féminine, classiquea femmes / âmes féminine, classiqueb profil / exil masculine, classiquea genoux / doux masculine, classiqueb lassitude / attitude féminine, classiquea d’Écosse / précoce féminine, classiqueb vaguement / moment masculine, classiquea saison / raison masculine, classiqueb aigre / maigre féminine, classiquea débile / malhabile féminine, classiqueb château / manteau masculine, classiquea repas / pas masculine, classiqueb rebelle / rappelle féminine, classiquea ravie / vie féminine, classiqueb mystérieux / yeux masculine, classiquea prévoir / soir masculine, classiqueb sourire / mire féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.7· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
44 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de François Coppée, Paris, Librairie L. Hébert, 1885· numérisation poesies.net· Sources