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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Le reliquaire, 1866

Vers le passé

François Coppée· 8 sizains, alexandrins et octosyllabes, 48 vers

Longuement poursuivi‖ par le spleen détesté,Quand je vais dans les champs,‖ par les beaux soirs d’été,Au grand air rafraîchir mes tempes,Je ris de voir, le long‖ des bois, les fiancésCheminer lentement,‖ deux par deux, enlacésComme dans les vieilles estampes.

Car je dédaigne enfin‖ les baisers puérilsEt la foi des seize ans,‖ fleur brève des avrils,Éphémère duvet des pêches,Qui fait qu’on se contente‖ et qu’on est trop heureux,Si la femme qu’on aime‖ a les bras amoureux,L’âme neuve et les lèvres fraîches.

Elle est évanouie‖ à jamais, la candeurQui fait que l’on s’éprend‖ d’un petit air boudeurQui n’est bien qu’à travers le voile,Et qu’on n’a pas de mots‖ assez ambitieuxPour dire à ses amis‖ qu’elle a de jolis yeuxCouleur de bleuet et d’étoile.

Et c’est la fin. Mon cœur,‖ quitté des anciens vœux,Ne saura plus le charme‖ infini des aveuxEt ce bonheur qui vous inonde,Parce qu’un soir de mai,‖ dans les bois, à Meudon,Sur votre épaule avec‖ un geste d’abandonElle a posé sa tête blonde.

Et pourtant j’ai connu‖ tout cela ; j’ai connuMême ces doux projets‖ de bonheur ingénuDont l’âme si bien s’accommode :L’hiver, le coin du feu,‖ la chambre aux sourds tapis,Et, dans un frais berceau,‖ deux enfants assoupisAuprès de leur mère qui brode.

Mais cet espoir, hélas !‖ d’un avenir doré,Ces apparitions,‖ ces rêves ont duréLe temps d’une aube boréale,Et mon esprit partit‖ aux pays fabuleuxOù l’on pense cueillir‖ les camélias bleusEt trouver l’amour idéale.

Là, j’ai beaucoup souffert,‖ et j’en reviens meurtri.En d’indignes plaisirs‖ à jamais j’ai flétriLes saintes blancheurs de mon âme.Je reviens du rivage‖ où j’avais émigré,Et j’ai le front très pâle ;‖ et cependant, malgréCe que j’ai souffert par la femme,

Malgré ce cœur brisé,‖ sans espoir et sans foi,Ces débauches qu’on fait‖ à la fin malgré soiComme de hideuses besognes,Sans cesse je retourne‖ à mon passé riant,Ainsi qu’aux premiers froids‖ toujours vers l’OrientReviennent les blanches cigognes.

Versification

Forme
8 sizains (sizains)
Rimes
8(aabccb)
Mètre
Alexandrins et octosyllabes (32 de 12, 16 de 8)· profil 8, 6+6
Strophes
8 sizains
Mots à la rime
a détesté / d’été masculine, classiqueb tempes / estampes féminine, classiquec fiancés / enlacés masculine, classiquea puérils / avrils masculine, classiqueb pêches / fraîches féminine, classiquec heureux / amoureux masculine, classiquea candeur / boudeur masculine, classiqueb voile / d’étoile féminine, classiquec ambitieux / yeux masculine, classiquea vœux / aveux masculine, classiqueb inonde / blonde féminine, classiquec Meudon / d’abandon masculine, classiquea connu / ingénu masculine, classiqueb s’accommode / brode féminine, classiquec tapis / assoupis masculine, classiquea doré / duré masculine, classiqueb boréale / idéale féminine, classiquec fabuleux / bleus masculine, classiquea meurtri / flétri masculine, classiqueb âme / femme féminine, classiquec émigré / malgré masculine, classiquea foi / soi masculine, classiqueb besognes / cigognes féminine, classiquec riant / l’Orient masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.6· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

48 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, Librairie ALEXANDRE HOUSSIAUX, 1885· numérisation poesies.net· Sources