Promenades et intérieurs, 1872· II
Le rêve du poète
Ce serait sur les bords‖ de la Seine. Je voisNotre chalet, voilé‖ par un bouquet de bois.Un hamac au jardin,‖ un bateau sur le fleuve.Pas d’autre compagnon‖ qu’un chien de Terre-NeuveQu’elle aimerait et dont‖ je serais bien jaloux.Des faïences à fleurs‖ pendraient après des clous ;Puis beaucoup de chapeaux‖ de paille et des ombrelles.Sous leurs papiers chinois‖ les murs seraient si frêlesQue même, en travaillant,‖ à travers la cloisonJe l’entendrais toujours‖ errer par la maisonEt traîner dans l’étroit‖ escalier sa pantoufle.Les miroirs de ma chambre‖ auraient senti son souffleEt souvent réfléchi‖ son visage, charmés.Elle aurait effleuré‖ tout de ses doigts aimés.Et ces bruits, ces reflets,‖ ces parfums, venant d’elle,Ne me permettraient pas‖ d’être une heure infidèle.Enfin, quand, poursuivant‖ un vers capricieux,Je serais là, pensif‖ et la main sur les yeux,Elle viendrait, sachant‖ pourtant que c’est un crime,Pour lire mon poème‖ et me souffler ma rime,Derrière moi, sans bruit,‖ sur la pointe des pieds.Moi, qui ne veux pas voir‖ mes secrets épiés,Je me retournerais‖ avec un air farouche ;Mais son gentil baiser‖ me fermerait la bouche.
– Et dans les bois voisins,‖ inondés de rayons,Précédés du gros chien,‖ nous nous promènerions,Moi, vêtu de coutil,‖ elle, en toilette blanche,Et j’envelopperais‖ sa taille, et sous sa mancheMa main caresserait‖ la rondeur de son bras.On ferait des bouquets,‖ et, quand nous serions lasOn rejoindrait, toujours‖ suivis du chien qui jappe,La table mise, avec‖ des roses sur la nappe,Près du bosquet criblé‖ par le soleil couchant ;Et, tout en s’envoyant‖ des baisers en mangeant,Tout en s’interrompant‖ pour se dire : Je t’aime !On assaisonnerait‖ des fraises à la crème,Et l’on bavarderait‖ comme des étourdisJusqu’à ce que la nuit descende…– Ô Paradis !
Versification
- Forme
- Distiques
- Rimes
- 19((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 2 distiques
- Mots à la rime
- a vois / bois masculine, classiqueb fleuve / Terre-Neuve féminine, classiquea jaloux / clous masculine, classiqueb ombrelles / frêles féminine, classiquea cloison / maison masculine, classiqueb pantoufle / souffle féminine, classiquea charmés / aimés masculine, classiqueb d’elle / infidèle féminine, classiquea capricieux / yeux masculine, classiqueb crime / rime féminine, classiquea pieds / épiés masculine, classiqueb farouche / bouche féminine, classiquea rayons / promènerions masculine, classiqueb blanche / manche féminine, classiquea bras / las masculine, classiqueb jappe / nappe féminine, classiquea couchant / mangeant masculine, classiqueb t’aime / crème féminine, classiquea étourdis / descende / Paradis masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.7· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
39 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Promenades et intérieurs, Paris, Librairie Lemerre, 1920· numérisation ebooksgratuits.com· Sources