Sonnets intimes et Poèmes inédits, 1925· Deuxième partie
A mademoiselle Annette Baudrit
Je suis ton vieux parent‖ et je sais ton histoire ;Je te vis naître, Annette,‖ et je te vis grandir.Te voilà mariée,‖ et l’on va te cueillir,Rose qui parfumas‖ longtemps la forge noire.
Je connais ton cœur droit,‖ ta bonté, ta douceur,Et tu devines bien‖ ce que pour toi j’espère ;Car je n’ai pas d’ami‖ plus tendre que ton père,Chère Annette, et ton nom‖ est le nom de ma sœur.
Je sais que la souffrance‖ a mûri ta jeune âme ;Et, dans cette maison‖ dont tu quittes le seuil,Naguère je t’ai vue,‖ en noirs habits de deuil,Encore enfant, remplir‖ le rôle d’une femme.
Tu comprends, n’est-ce pas !‖ pourquoi j’ai rappelé,Annette, en cet instant‖ joyeux, cette heure amèreOù, te voyant t’asseoir‖ où s’asseyait ta mère,Souriait en pleurant‖ ton père désolé.
Dès ce jour, tu conçus‖ ce qu’était la famille,Fille de forgerons‖ et de vieux artisans ;Le devoir pénétra‖ dans ton cœur de quinze ans ;— Et l’épouse, vois-tu,‖ vaudra la jeune fille.
Laisse ton vieux cousin‖ dont le cœur s’attendritDire au jeune homme heureux‖ qui t’a conduite au templeQu’un siècle de travail,‖ d’honneur, de bon exemple,Sont la dot, la noblesse‖ et l’orgueil des Baudrit,
Et qu’auprès du foyer‖ que votre hymen allume— Doux instinct des oiseaux‖ qui construisent leurs nids ! —Il faut que vos deux cœurs‖ soient à jamais unisComme deux fers soudés‖ au marteau, sur l’enclume.
8 octobre 1883.
Versification
- Forme
- 7 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 7(abba)
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 7 quatrains
- Mots à la rime
- a histoire / noire féminineb grandir / cueillir masculinea douceur / sœur masculineb j’espère / père fémininea âme / femme féminineb seuil / deuil masculinea rappelé / désolé masculineb amère / mère fémininea famille / fille féminineb artisans / ans masculinea s’attendrit / Baudrit masculineb temple / exemple fémininea allume / l’enclume féminineb nids / unis masculine
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
28 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies complètes de François Coppée, Paris, Alphonse Lemerre, 1925· numérisation poesies.net· Sources