Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Sonnets intimes et Poèmes inédits, 1925· Première partie

Aux italiens, à Victor-Emmanuel

François Coppée· 13 quatrains, alexandrins et octosyllabes, 52 vers

SIRE, n’écoutez plus‖ la froide politique ;Ce qu’elle vous a dit,‖ il vous faut l’oublier.Ne faites pas mentir‖ l’opinion publiqueQui vous a sacré chevalier.

Le peuple vous a pris‖ pour son indépendanceComme un médiateur,‖ un accord, un lien.Ne lavez pas l’affront‖ fait à votre puissanceAvec du sang italien.

Sire, la liberté‖ n’a plus besoin d’hostieEt repousse loin d’elle‖ un sacrifice affreux.Sire, réfléchissez.‖ Amnistie ! AmnistiePour un soldat trop généreux.

Non. L’humanité, sire,‖ a rejeté ses haines ;Elle abhorre aujourd’hui‖ le sanglant couperetEt voit avec horreur‖ le fossé de VincennesComme l’échafaud de Capet.

Je sais du vieux Brutus‖ l’énergie inhumaine.Par son ordre son fils‖ périt exécuté.Italiens, prenez‖ de la race romaineLa force, non la cruauté.

Rome, c’était pour lui‖ la moderne Carthage ;Allez-vous maintenant,‖ ingrate nation,Déchirer les lauriers‖ et flétrir le courageDe ce moderne Scipion,

De cet homme, ou plutôt‖ ce héros dont le crimeEst de s’être pour vous‖ trop vite dévoué,Et, s’il eût obtenu‖ le succès légitime,Que l’on n’eût pas désavoué,

Qui, voyant l’Italie‖ à peine à moitié libre,Ne put poser l’épée‖ et détendre son arc,Qui voulait vous donner‖ et la louve du Tibre,Et le vieux lion de Saint-Marc,

Qui dès longtemps contraint‖ de refouler sa sève,D’un cœur trop valeureux‖ écoutant le conseilEt sentant au fourreau‖ tressaillir son bon glaive,Le fit reluire au soleil !

Comment ! Vous lui feriez‖ cette sanglante injure !Quoi ! Vous accompliriez‖ la grande iniquité !Qu’on lui pardonne ! Au nom‖ du ciel, je vous adjure,Au saint nom de la liberté !

Oui, défendez sa vie‖ avec sa renommée ;Allez dire à ce roi‖ que vous avez choisi :« Qu’il soit libre demain,‖ lui comme son armée,Du moins ce qu’on en a saisi.

« Vous, sire, n’ayez pas‖ la mémoire des princes.Ceux qu’on parle aujourd’hui‖ déjà de condamner,Lorsqu’ils eurent conquis‖ Naples et ses provinces,Ne surent que vous les donner.

« Qu’il soit libre ! et surtout‖ point de justice vaine,Point d’exil ; car demain‖ l’Histoire jugera.Et nous ne voulons pas,‖ sire, que Sainte-HélèneFasse pendant à Caprera. »

5 août 1862.

Versification

Forme
13 quatrains (quatrains)
Rimes
13(abab)
Mètre
Alexandrins et octosyllabes (39 de 12, 13 de 8)· profil 8, 6+6
Strophes
13 quatrains
Mots à la rime
a politique / publique féminineb l’oublier / chevalier masculinea indépendance / puissance féminineb lien / italien masculinea d’hostie / Amnistie féminineb affreux / généreux masculinea haines / Vincennes féminineb couperet / Capet masculinea inhumaine / romaine féminineb exécuté / cruauté masculinea Carthage / courage féminineb nation / Scipion masculinea crime / légitime féminineb dévoué / désavoué masculinea libre / Tibre féminineb arc / Saint-Marc masculinea sève / glaive féminineb conseil / soleil masculinea injure / adjure féminineb iniquité / liberté masculinea renommée / armée féminineb choisi / saisi masculinea princes / provinces féminineb condamner / donner masculinea vaine / Sainte-Hélène féminineb jugera / Caprera masculine

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

52 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies complètes de François Coppée, Paris, Alphonse Lemerre, 1925· numérisation poesies.net· Sources