Poésie de Charles coran, 1887· Symbolique rimée
V. « Il ne nous sera pas donné »
Il ne nous sera pas donnéDe voir cet effort couronné,A nous, enfants tardifs d’une èreQu’égare un dogme délétèreEn deuil du séraphique éclatD’un prétendu premier état.Toi que dans le canthare antiqueJ’ai fait boire à la source attique,Toi, placide comme un hermèsContemporain de Périclès,Et qui tiens nette ta pensée,Comme un éphèbe du Lycée,Reproche au beau selon le ChristDe dessiner dans un espritDe superstition chagrine.Si haut qu’ait visé sa doctrine,La sombre catholicitéFerme à l’Ordre (notre clarté)Sa conception des images.Refuse-lui donc tes hommages. —La Renaissance ose, il est vrai,S’émanciper : bizarre essai !Le luxe intrus qui la dépraveBlesse tes yeux. — Disciple grave,Espère encor moins d’aujourd’hui.L’idéal, hélas ! nous a fui.Quand la fantaisie, exprès laide,De vulgarités nous obsède,Détournons-nous des insensésQui les fabriquent ; c’est assez.— Ainsi, poursuivons notre routeSans culte concret. Mais, écoute :La musique, propre aux Chrétiens,T’offre un élan tel que les tiens ;Ce qui t’émeut dans les étoiles,Ces profondeurs qui sont des voiles,Ce silence qui t’éconduit,L’onde sonore les traduit.Consacre donc aux symphoniesTon ambition d’harmonies,Et quand le beau languit sans corps,Laisse te ravir leurs accords.
42 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Charles Coran, Paris, LIBRAIRIE DES BIBLIOPHILES, 1887· numérisation archive.org· Sources