Poésie de Charles coran, 1887· Symbolique rimée
II. « Rien n’est miracle, ô mon amie »
Rien n’est miracle, ô mon amie,Tout est physique et tout chimie ;Et cependant tout art aussi ;De là notre immortel souci,Car ou donc l’artiste lui-même ?Incommensurable problèmeToujours posé dans l’absoluPar la foi, jamais résolu.Que la raison creuse et calcule :Vanité ! l’incompris recule.Que si le cœur veut découvrirLa providence et s’attendrir,L’aveugle loi le désespère ;Il trouve l’Ordre au lieu d’un père.Garde-toi de te soulagerPar un scepticisme léger. —Et la science, que sait-elle ?La mécanique universelle.N’explique pas un créateur.Quant au hasard pris pour moteur,Méprise un stupide fantômeDémenti par le moindre atome. —De l’énigme que rien n’atteint,Que reste-t-il donc ? Un instinctSoumis à l’Ordre qui t’imposeL’effet d’une insondable cause.— Subissons les bornes des sens,Et, modeste, aussitôt tu sensLes sublimités d’harmonie.Cet instinct, ton secret génie,T’enseigne à regarder les cieuxAvec la candeur dans les ;yeux ;L’absolu, qui scruté t’écrase,T’illumine alors d’une extase :Humble, clouée à ton néant.Frémis sous l’infini béant. —Voilà comment dans l’àme vibreLa religiosité libre.
38 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Charles Coran, Paris, LIBRAIRIE DES BIBLIOPHILES, 1887· numérisation archive.org· Sources