Poésies de Charles coran, 1887
Quels que soient les ennuis
Quels que soient les ennuis du présent, j’ai fêtéDeux sources de bonheur, l’ait et la volupté.Certes, si je pouvais exaspérer la lyre,J’aurais dû, né penseur, invoquer la satire,Plus austère, assaillir les défauts d’aujourd’hui,El ce qu’a fait Barbier l’entreprendre après lui.A quoi bon surmener son propre caractère ?Ma haine aurait trahi l’effort ; plutôt la taire.La poésie, en moi, ressemble aux cygnes blancs :Les fiers nageurs, jaloux de l’éclat de leurs flancs,Quittent les lacs brumeux pour nos pièces d’eau viveOù voir, comme autrefois, des Lédas sur la rive ;Tels mes instincts, soigneux de leur lyrique ardeur,Pour l’amour et le beau désertent la laideur.Volez donc, vous, mes chants à la grâce fidèles,Plonger dans l’idéal et le plaisir vos ailes.
Lorsqu’au sein de Paris mai ramène l’été,Vainement la discorde assombrit la cité ;Sable blond, gazon fin, plates-bandes fleuries,Orangers luxueux, ornent les Tuileries ;Les marbres élégants, qu’attristaient nos hivers,Reprennent leur gaîté sous les marronniers verts ;Les pigeons dans leurs nids roucoulent ; dans les vasquesS’irisent les cristaux des panaches fantasques.Ce jardin décoré, rendez-vous d’amoureux,Qu’avoisine un palais où les arts sont chez eux,Si j’ai su m’exprimer, je l’ai mis dans mon livreAvec le Louvre auprès pour qui daigne me suivre.
1840.
28 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Charles Coran, Paris, LIBRAIRIE DES BIBLIOPHILES, 1887· numérisation archive.org· Sources