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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les amours jaunes, 1873· Gens de mer

La fin

Tristan Corbière· strophes variées, alexandrins surtout, 42 vers

Oh ! combien de marins, combien de capitaines
Qui sont partis joyeux pour des courses lointaines
Dans ce morne horizon se sont évanouis !…
.............................................
Combien de patrons morts avec leurs équipages !
L’Océan, de leur vie a pris toutes les pages,
Et, d’un souffle, il a tout dispersé sur les flots.
Nul ne saura leur fin dans l’abîme plongée…
.............................................
Nul ne saura leurs noms, pas même l’humble pierre,
Dans l’étroit .cimetière où l’écho nous répond,
Pas même un saute vert qui s’effeuille à l’automne,
Pas même la chanson plaintive et monotone
D’un aveugle qui chante à l’angle d’un vieux pont.V. Hugo. — Oceano nox.

Eh bien, tous ces marins —‖ matelots, capitaines,Dans leur grand Océan‖ à jamais engloutis…Partis insoucieux‖ pour leurs courses lointainesSont morts — absolument‖ comme ils étaient partis.

Allons ! c’est leur métier ;‖ ils sont morts dans leurs bottes !Leur boujaron au cœur,‖ tout vifs dans leurs capotes…— Morts… Merci : la Camarde‖ a pas le pied marin ;Qu’elle couche avec vous :‖ c’est votre bonne-femme…— Eux, allons donc : Entiers !‖ enlevés par la lame !Ou perdus dans un grain…

Un grain … est-ce la mort‖ ça ? la basse voilureBattant à travers l’eau !‖ — ça se dit encombrer…Un coup de mer plombé,‖ puis la haute mâtureFouettant les flots ras —‖ et ça se dit sombrer.

— Sombrer — Sondez ce mot.‖ Votre mort est bien pâleEt pas grand’chose à bord,‖ sous la lourde rafale…Pas grand’chose devant‖ le grand sourire amerDu matelot qui lutte.‖ — Allons donc, de la place ! —Vieux fantôme éventé,‖ la Mort change de face :La Mer !…

Noyés ? — Eh allons donc !‖ Les noyés sont d’eau douce.— Coulés ! corps et biens !‖ Et, jusqu’au petit mousse,Le défi dans les yeux,‖ dans les dents le juron !A l’écume crachant‖ une chique râlée,Buvant sans hauts-de-cœur‖ la grand’ tasse salée…— Comme ils ont bu leur boujaron . —

— Pas de fond de six pieds,‖ ni rats de cimetière :Eux ils vont aux requins !‖ L’âme d’un matelotAu lieu de suinter‖ dans vos pommes de terre,Respire à chaque flot.

— Voyez à l’horizon‖ se soulever la houle ;On dirait le ventre amoureuxD’une fille de joie‖ en rut, à moitié soûle…Ils sont là ! — La houle a du creux. —

— Écoutez, écoutez‖ la tourmente qui beugle !…C’est leur anniversaire —‖ Il revient bien souvent —O poète, gardez‖ pour vous vos chants d’aveugle ;— Eux : le De profundis‖ que leur corne le vent.

… Qu’ils roulent infinis‖ dans les espaces vierges !…Qu’ils roulent verts et nus,Sans clous et sans sapin,‖ sans couvercle, sans cierges…— Laissez-les donc rouler,‖ terriers parvenus !

À bord — 11 février.

Versification

Forme
Strophes variées
Rimes
6(abab) 3(aabccb)
Mètre
Alexandrins surtout (35 de 12, 3 de 6, 3 de 8, 1 de 2)· profil 6, 8, 6+6, (2)
Strophes
6 quatrains, 3 sizains
Mots à la rime
a capitaines / lointaines féminine, classiqueb engloutis / partis masculine, classiquea bottes / capotes féminine, classiqueb marin / grain masculine, classiquec bonne-femme / lame féminine, classiquea voilure / mâture féminine, classiqueb encombrer / sombrer masculine, classiquea pâle / rafale féminine, classiqueb amer / Mer masculine, classiquec place / face féminine, classiquea douce / mousse féminine, classiqueb juron / boujaron masculine, classiquec râlée / salée féminine, classiquea cimetière / terre féminine, classiqueb matelot / flot masculine, classiquea houle / soûle féminine, classiqueb amoureux / creux masculine, classiquea beugle / d’aveugle féminine, classiqueb souvent / vent masculine, équivalentea vierges / cierges féminine, classiqueb nus / parvenus masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.9· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

42 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Amours jaunes, Paris, LIBRAIRIE DU XIXe SIÈCLE ‒ GLADY FRÈRES, ÉDITEURS, 1873· numérisation Project Gutenberg· Sources