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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Imitation De Jésus-Christ, 1656· Livre quatrième

Chapitre X

Qu’il ne faut pas aisément quitter la sainte communion.

Pierre Corneille· 17 dizains, alexandrins et octosyllabes, 170 vers

Tu dois avoir souvent recoursÀ la source de grâce‖ et de miséricorde,Cette fontaine pure‖ où se forme le coursD’un torrent de bonté‖ qui sur toi se déborde.Ainsi tu sauras t’affranchirDe tout ce qui te fait gauchirVers les passions et les vices ;Ainsi plus vigoureux,‖ ainsi plus vigilant,Des attaques du diable‖ et de ses artificesTu braveras la ruse‖ et l’effort insolent.

Ce fier ennemi des mortelsDe la communion‖ sait quel bonheur procède,Et combien on reçoit‖ au pied de mes autels,En ce festin sacré,‖ de fruit et de remède.Il ne perd point d’occasionsDe semer ses illusionsPour en détourner les fidèles :Il en fait son grand œuvre,‖ et met tout son pouvoirÀ ne laisser en l’âme‖ aucunes étincellesQui puissent rallumer‖ l’ardeur de ce devoir.

Plus il te voit t’y préparerAvec une ferveur‖ d’un saint espoir guidée,Plus les fantômes noirs‖ qu’il te vient figurerFont un épais nuage‖ et brouillent ton idée.Tu lis dans Job en plus d’un lieuQue parmi les enfants de DieuCet esprit ténébreux se coule ;C’est contre eux qu’il s’efforce,‖ et sa malignitéPrend mille objets impurs‖ que devant eux il roule,Pour les remplir de crainte‖ ou de perplexité.

Il tâche par mille embarrasDe vaincre ou d’affoiblir‖ le zèle qui t’enflamme,Et de se rendre maître‖ à force de combatsDe cette aveugle foi‖ qui t’illumine l’âme.Il ne néglige aucun secretPour t’éloigner de ce banquet,Ou t’en faire approcher plus tiède ;Mais il est en ta main‖ de le rendre impuissant :Son plus heureux effort‖ n’abat que qui lui cède,Et ne peut t’ébranler,‖ si ton cœur n’y consent.

Quelques horribles saletésDont contre toi sa rage‖ excite la tempête,Tu n’as qu’à te moquer‖ de leurs impuretés,Et tu renverseras‖ leurs foudres sur sa tête :Tu n’as qu’à traiter de méprisCe roi des malheureux esprits,Pour le dépouiller de sa force.Ris donc de son insulte,‖ et quelque émotionDont il ose à tes yeux‖ jeter l’indigne amorce,Ne te relâche point‖ de la communion.

Souvent, à force d’y penser,Le soin d’être dévot‖ trop longtemps inquiète ;Souvent l’anxiété‖ de se bien confesserEnveloppe l’esprit‖ d’une langueur secrète.Fais choix alors de confidentsQui soient éclairés et prudents,Et bannis tout le vain scrupule :Il empêche ma grâce,‖ et la précautionQue lui fait apporter‖ son effroi ridiculeÉteint le plus beau feu‖ de la dévotion.

Faut-il pour un trouble léger,Pour un amusement‖ qu’un vain objet excite,Pour une pesanteur‖ qui te vient assiéger,Que ta communion‖ se diffère ou se quitte ?Porte tout à ce tribunal,Où, par un bonheur sans égal,Qui s’accuse aussitôt s’épure :Pardonne à qui t’offense,‖ et cours aux pieds d’autruiLui demander pardon,‖ si tu lui fis injure ;Tu l’obtiendras de moi,‖ si tu le veux de lui.

Que peut avoir d’utilitéDe la confession‖ cette folle remise ?De quoi te peut servir‖ cette facilitéÀ reculer un bien‖ que t’offre mon église ?Vomis tout ce maudit poison,Et pour en purger ta raisonCours en hâte à ce grand remède :Tu t’en trouveras mieux,‖ et tu dois redouterQu’à l’obstacle présent‖ quelque autre ne succède,Plus fâcheux à souffrir‖ et plus fort à dompter.

Remettre ainsi de jour en jourPour te mieux préparer‖ à ce bonheur insigne,C’est te priver longtemps‖ de ce gage d’amour,Et peut-être à la fin‖ t’en rendre plus indigne.Romps le plus tôt que tu pourrasLes chaînes de ces embarrasDont ta propre lenteur t’accable :Nourrir l’inquiétude‖ apporte peu de fruit,Et l’on s’avance mal‖ quand on refuit ma tablePour des empêchements‖ que chaque jour produit.

Sais-tu que l’assoupissementOù te laisse plonger‖ ta langueur insensibleT’achemine à grands pas‖ à l’endurcissement,Et qu’à force de temps‖ il devient invincible ?Qu’il est de lâches, qu’il en est,Dont la tépidité s’y plaîtJusqu’à le rendre volontaire,Et dont la nonchalance‖ aime à prendre aux cheveuxLa moindre occasion‖ d’éloigner un mystèreQui les obligeroit‖ d’avoir mieux l’œil sur eux !

Oh ! Que foible est leur charité !Que leur dévotion‖ est traînante et débile !Et que ce zèle est faux‖ dont l’imbécillitéÀ quitter un tel bien‖ se trouve si facile !Heureux l’homme qui tous les joursPour recevoir un tel secoursÉpure assez sa conscience,Et n’en passeroit point‖ sans un si grand appui,Si de ses directeurs‖ il en avoit licence,Ou qu’il ne craignît point‖ qu’on parlât trop de lui !

Quand par un humble sentimentLe respect en conseille‖ une sainte abstinence,Ou qu’on y voit d’ailleurs‖ un juste empêchement,Un homme est à louer‖ de cette révérence ;Mais lorsque parmi ce conseilIl se glisse un morne sommeil,On se doit exciter soi-même,Faire tout ce que peut‖ l’humaine infirmité :Mon secours est tout prêt,‖ et ma bonté suprêmeConsidère surtout‖ la bonne volonté.

Alors que ta dévotionA pour s’en abstenir‖ des causes légitimes,Ton desir vertueux,‖ ta bonne intention,Te peuvent en donner‖ les fruits les plus sublimes.Quiconque a Dieu devant les yeuxPeut en tout temps, peut en tous lieuxGoûter en esprit ce mystère :Il n’est obstacle aucun‖ qui l’en puisse empêcher,Et c’est toujours pour l’âme‖ un repas salutaireQuand, au défaut du corps,‖ elle en sait approcher ;

Non que cette communion,Qu’il peut faire en tout temps,‖ toute spirituelle,Doive monter si haut‖ en son opinionQue son esprit content‖ néglige l’actuelle :Il faut que souvent sa ferveurDe la bouche comme du cœurReçoive ce vrai pain des anges,Qu’il ait des temps réglés‖ pour un si digne effet,Et s’y donne pour but‖ ma gloire et mes louanges,Plus que ce qui le flatte‖ et qui le satisfait.

Attendant ces jours bienheureux,Contemple dans la crèche‖ un Dieu qui s’est fait homme ;Repasse en ton esprit‖ mon trépas douloureux ;Vois l’œuvre du salut‖ qu’en la croix je consomme :Autant de fois qu’un saint transportDans ma naissance ou dans ma mortPrendra de quoi croître ta flamme,Ton zèle autant de fois‖ saura mystiquementD’une invisible main‖ communier ton âme,Et recevra le fruit‖ de ce grand sacrement.

Qui ne daigne s’y préparerQu’alors qu’il est pressé‖ par quelque grande fête,Et que le jour pour lui‖ semble le desirer,Y portera souvent‖ une âme fort mal prête.Heureux qui du plus digne apprêt,Sans attache au propre intérêt,Fait son ordinaire exercice,Et s’offre en holocauste‖ à son père immortel,Quand pour le sacrement‖ ou pour le sacrificeIl se met à ma table,‖ ou monte à mon autel !

Observe pour dernier avisDe n’être ni trop long,‖ ni trop court en ta messe :Contente ainsi que toi‖ ceux avec qui tu vis,Et garde un train commun‖ en qui rien ne les blesse.Un prêtre n’est bon que pour lui,S’il gêne le zèle d’autrui,Faute de suivre la coutume ;Et tu dois regarder‖ ce qui profite à tousPlus que toute l’ardeur‖ qui dans ton cœur s’allume,Et que tous ces élans‖ qui te semblent si doux.

Versification

Forme
17 dizains (dizains)
Rimes
17(ababccdede)
Mètre
Alexandrins et octosyllabes (102 de 12, 68 de 8)· profil 8, 6+6
Strophes
17 dizains
Mots à la rime
a recours / cours masculine, classiqueb miséricorde / déborde féminine, classiquec t’affranchir / gauchir masculine, classiqued vices / artifices féminine, classiquee vigilant / insolent masculine, classiquea mortels / autels masculine, classiqueb procède / remède féminine, classiquec d’occasions / illusions masculine, classiqued fidèles / étincelles féminine, classiquee pouvoir / devoir masculine, classiquea préparer / figurer masculine, classiqueb guidée / idée féminine, classiquec lieu / Dieu masculine, classiqued coule / roule féminine, classiquee malignité / perplexité masculine, classiquea embarras / combats masculine, classiqueb t’enflamme / l’âme féminine, classiquec secret / banquet masculine, classiqued tiède / cède féminine, classiquee impuissant / consent masculine, classiquea saletés / impuretés masculine, classiqueb tempête / tête féminine, classiquec mépris / esprits masculine, classiqued force / amorce féminine, classiquee émotion / communion masculine, classiquea penser / confesser masculine, classiqueb inquiète / secrète féminine, classiquec confidents / prudents masculine, classiqued scrupule / ridicule féminine, classiquee précaution / dévotion masculine, classiquea léger / assiéger masculine, classiqueb excite / quitte féminine, classiquec tribunal / égal masculine, classiqued s’épure / injure féminine, classiquee d’autrui / lui masculine, classiquea d’utilité / facilité masculine, classiqueb remise / église féminine, classiquec poison / raison masculine, classiqued remède / succède féminine, classiquee redouter / dompter masculine, classiquea jour / d’amour masculine, classiqueb insigne / indigne féminine, classiquec pourras / embarras masculine, classiqued t’accable / table féminine, classiquee fruit / produit masculine, classiquea l’assoupissement / l’endurcissement masculine, classiqueb insensible / invincible féminine, classiquec est / plaît masculine, classiqued volontaire / mystère féminine, classiquee cheveux / eux masculine, classiquea charité / l’imbécillité masculine, classiqueb débile / facile féminine, classiquec jours / secours masculine, classiqued conscience / licence féminine, classiquee appui / lui masculine, classiquea sentiment / empêchement masculine, classiqueb abstinence / révérence féminine, classiquec conseil / sommeil masculine, classiqued soi-même / suprême féminine, classiquee infirmité / volonté masculine, classiquea dévotion / intention masculine, classiqueb légitimes / sublimes féminine, classiquec yeux / lieux masculine, classiqued mystère / salutaire féminine, classiquee empêcher / approcher masculine, classiquea communion / opinion masculine, classiqueb spirituelle / l’actuelle féminine, classiquec ferveur / cœur masculine, classiqued anges / louanges féminine, classiquee effet / satisfait masculine, classiquea bienheureux / douloureux masculine, classiqueb homme / consomme féminine, classiquec transport / mort masculine, classiqued flamme / âme féminine, classiquee mystiquement / sacrement masculine, classiquea préparer / desirer masculine, classiqueb fête / prête féminine, classiquec apprêt / intérêt masculine, classiqued exercice / sacrifice féminine, classiquee immortel / autel masculine, classiquea avis / vis masculine, classiqueb messe / blesse féminine, classiquec lui / d’autrui masculine, classiqued coutume / s’allume féminine, classiquee tous / doux masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.9· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

170 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Imitation De Jésus-Christ, Paris, Librairie de L. Hachette et Cie, 1862· numérisation poesies.net· Sources