Imitation De Jésus-Christ, 1656· Livre premier
Chapitre XV
Des œuvres faites par la charité.
Le mal n’a point d’excuse ;‖ il n’est espoir, surprise,Intérêt, amitié,‖ faveur, crainte, malheurs,Dont le pouvoir nous autoriseÀ rien faire ou penser‖ qui porte ses couleurs.
Non, il n’en faut souffrir‖ l’effet ni la pensée ;Mais quand on voit qu’un autre‖ a besoin de secours,D’une bonne œuvre commencéeOn peut, pour le servir,‖ interrompre le cours.
Une bonne action‖ a toujours grand mérite,Mais pour une meilleure‖ il nous la faut quitter :C’est sans la perdre qu’on la quitte,Et cet échange heureux‖ nous fait plus mériter.
La plus haute pourtant‖ n’attire aucune grâce,Si par la charité‖ son effet n’est produit ;Mais la plus foible et la plus basse,Partant de cette source,‖ est toujours de grand fruit.
Ce grand juge des cœurs‖ perce d’un œil sévèreLes plus secrets motifs‖ de nos intentions,Et sa justice considèreCe qui nous fait agir,‖ plus que nos actions.
Celui-là fait beaucoup‖ en qui l’amour est forte,Celui-là fait beaucoup‖ qui fait bien ce qu’il fait,Celui-là fait bien qui se portePlus au bien du commun‖ qu’à son propre souhait.
Mais souvent on s’y trompe ;‖ et ce qu’on pense n’êtreQu’un véritable effet‖ de pure charité,Aux yeux qui savent tout connoître,Porte un mélange impur‖ de sensualité.
De notre volonté‖ la pente naturelle,L’espoir de récompense,‖ ou d’accommodement,Ou quelque affection charnelle,Souvent tient même route,‖ et le souille aisément.
L’homme vraiment rempli‖ de charité parfaiteAvecque son desir‖ sait comme il faut marcher :En l’embrassant il le rejette,Et va de son côté‖ sans jamais le chercher.
Il le fuit comme sien,‖ et fait ce qu’il demandeQuand la gloire de Dieu‖ par là se fait mieux voir ;Et voulant ce que Dieu commande,Il n’obéit qu’à Dieu‖ quand il suit ce vouloir.
À personne jamais‖ il ne porte d’envie,Parce que sur la terre‖ il ne recherche rien,Et que son âme, en Dieu ravie,Ne fait point d’autres vœux,‖ ne veut point d’autre bien.
D’aucun bien à personne‖ il ne donne la gloire,Pour mieux tout rapporter‖ à cet être divin,Et ne perd jamais la mémoireQu’il est de tous les biens‖ le principe et la fin ;
Que c’est par le secours‖ de sa toute-puissanceQue nous pouvons former‖ un vertueux propos,Et que c’est par sa jouissanceQue les saints dans le ciel‖ goûtent un plein repos.
Oh ! Qui pourroit avoir‖ une seule étincelleDe cette véritable‖ et pure charité,Que bientôt sa clarté fidèleLui feroit voir qu’ici‖ tout n’est que vanité !
Versification
- Forme
- 14 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 14(abab)
- Mètre
- Alexandrins et octosyllabes (42 de 12, 14 de 8)· profil 8, 6+6
- Strophes
- 14 quatrains
- Mots à la rime
- a surprise / autorise féminine, classiqueb malheurs / couleurs masculine, classiquea pensée / commencée féminine, classiqueb secours / cours masculine, classiquea mérite / quitte féminine, classiqueb quitter / mériter masculine, classiquea grâce / basse féminine, classiqueb produit / fruit masculine, classiquea sévère / considère féminine, classiqueb intentions / actions masculine, classiquea forte / porte féminine, classiqueb fait / souhait masculine, classiquea n’être / connoître féminine, classiqueb charité / sensualité masculine, classiquea naturelle / charnelle féminine, classiqueb d’accommodement / aisément masculine, classiquea parfaite / rejette féminine, classiqueb marcher / chercher masculine, classiquea demande / commande féminine, classiqueb voir / vouloir masculine, classiquea d’envie / ravie féminine, classiqueb rien / bien masculine, classiquea gloire / mémoire féminine, classiqueb divin / fin masculine, classiquea toute-puissance / jouissance féminine, classiqueb propos / repos masculine, classiquea étincelle / fidèle féminine, classiqueb charité / vanité masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 2.1· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
56 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Imitation De Jésus-Christ, Paris, Librairie de L. Hachette et Cie, 1862· numérisation poesies.net· Sources