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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Poésies, 1896· Paroles d’amour

Le collier de perles

Daniel Lesueur· terza rima classique, alexandrins, 46 vers

Lorsque votre départ‖ désespéra mon âme,Tandis que je songeais‖ à vos futurs dangers,Un doute vous saisit‖ touchant mon cœur de femme.

Parfois les doux serments‖ deviennent mensongers.Vous prîtes un collier‖ que porta votre mère :Des perles, en trois rangs‖ chatoyants et légers.

« Si vous n'avez pour moi‖ qu'un amour éphémère, »Dites-vous, « si l'absence‖ en vous sème l'oubli,Évitons au retour‖ toute parole amère.

« Si le rêve d'un jour‖ doit être enseveli,Sans un mot rendez-moi‖ ces perles, et ma lèvreNe protestera point‖ contre un fait accompli.

« Une mâle douleur‖ n'a pas de plainte mièvre.Puisse un jour ce collier,‖ chère âme, à votre cou,M'annoncer le bonheur‖ dont mon exil me sèvre. »

Hélas ! et de vos mains‖ je reçus le bijou.Vous aimiez ma tendresse‖ et vous fuyiez loin d'elle :Tant l'homme en ses désirs‖ est inconstant et fou.

Mais dans mon triste cœur‖ je la sens éternelle.Qu'on mette en mon cercueil‖ vos perles, si je meurs !Jusqu'au fond du tombeau‖ je vous serai fidèle.

Mes yeux en ce moment‖ les arrosent de pleurs.Tandis que loin de moi‖ vous risquez votre vie,Un songe a, cette nuit,‖ ravivé mes douleurs.

Enfin vous reveniez…‖ La gloire qu'on envieCouronnait votre front,‖ pâli par vos travaux ;Je m'avançais vers vous,‖ interdite et ravie.

Plus sacré qu'un fétiche‖ adoré des dévots,Sur mon sein le collier,‖ éclatant témoignage,A notre ancien amour‖ marquait des jours nouveaux.

Et moi je le touchais,‖ le tendre et noble gage ;Vers lui d'un geste fier‖ j'appelais vos regards :Vous comprendriez bien‖ son mystique langage.

Horreur ! vos yeux si beaux‖ se dilatent, hagards…Entre mes doigts tremblants‖ se rompt la fine chaîne,Et les perles soudain‖ roulent de toutes parts.

Alors je m'éveillai‖ dans une étrange peine.C'était un songe vain…‖ Mais quoi ! j'entends toujoursLe bruit sinistre et doux‖ du collier qui s'égrène.

Il est là, ruisselant‖ sur l'écrin de velours,Intact et pur ainsi‖ qu'en moi la foi jurée ;Les seuls joyaux épars‖ sont mes pleurs lents et lourds.

Ma douleur à sa cause‖ est bien peu mesurée,Mais l'amour rend crédule‖ au présage trompeurL'âme la plus hautaine‖ et la plus assurée…

Et, malgré ma raison,‖ ce rêve me fait peur.

Versification

Forme
Terza rima classique (terza rima)
Rimes
15(aba) b
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Mots à la rime
a âme / femme féminine, classiqueb dangers / mensongers / légers masculine, classiqueb mère / éphémère / amère féminine, classiqueb l'oubli / enseveli / accompli masculine, classiqueb lèvre / mièvre / sèvre féminine, classiqueb cou / bijou / fou masculine, classiqueb d'elle / éternelle / fidèle féminine, classiqueb meurs / pleurs / douleurs masculine, classiqueb vie / envie / ravie féminine, classiqueb travaux / dévots / nouveaux masculine, classiqueb témoignage / gage / langage féminine, classiqueb regards / hagards / parts masculine, classiqueb chaîne / peine / s'égrène féminine, classiqueb toujours / velours / lourds masculine, classiqueb jurée / mesurée / assurée féminine, classiqueb trompeur / peur masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.2· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

46 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après poésies, PARIS, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1986· numérisation Project Gutenberg· Sources