Poésies, 1896· Souvenirs
Songe d’été
Sous les arbres verts,‖ sous les arbres noirs,Dans l'éclat du jour‖ ou l'ombre des soirs,J'aime errer sans trêve.Parmi les rameaux‖ emplis de chansonsLe vent passe et meurt‖ en vagues frissons :Je poursuis mon rêve.
Sous les taillis clairs‖ où midi s'endortLe soleil, jetant‖ ses paillettes d'or,Se brise en fusées ;Et les moucherons‖ dans ce flamboiement,Ivres de chaleur,‖ font un tournoiementD'ailes irisées.
Mille insectes fins‖ se cachent, tapisParmi les plis roux‖ des anciens tapisDe frondaisons sèches ;Car les étés morts,‖ sous de bruns linceuls,Dorment à jamais,‖ oubliés et seuls,Dans les sentes fraîches.
Sur le pied rugueux‖ des chênes touffusLa mousse répand‖ un reflet diffusDe pâle émeraude ;Et sur quelques fleurs,‖ par vols lents et lourds,L'incertain bourdon‖ au corps de veloursÉtincelle et rôde.
Dans les flots mouvants‖ des sommets houleuxGlissent par lambeaux‖ les firmaments bleus,Comme des prunelles ;Et, lorsque tout bruit‖ paraît s'endormir,Même en ce silence‖ on entend gémirDes voix solennelles.
Dans les bras tordus‖ des ronciers fleurisLa vive araignée‖ au bout d'un fil grisVoltige et circule ;Mon esprit, lassé‖ par de longs combats,S'attendrit à suivre‖ en ses vains ébatsL'être minuscule.
Alors, sans regret,‖ sans peur, sans dessein,J'écoute frémir,‖ paisible en mon sein,L'éternelle vie ;L'immense Nature,‖ au fond des forêts,Laisse pénétrer‖ en ses doux secretsMon âme ravie.
Atome pensif,‖ j'entends l'InfiniMurmurer en moi‖ son hymne béniPar la voix des choses.Mon cœur n'a qu'un jour,‖ mais dans son néantVient se refléter‖ l'univers géant,Des soleils aux roses.
Sous les arbres verts,‖ sous les arbres noirs,Dans l'éclat du jour‖ ou l'ombre des soirs,J'aime errer sans trêve.Parmi les rameaux‖ emplis de chansonsLe vent passe et meurt‖ en vagues frissons :Je poursuis mon rêve.
Versification
- Forme
- 9 sizains (sizains)
- Rimes
- 9(aabccb)
- Mètre
- Décasyllabes et pentasyllabes (36 de 10, 18 de 5)· profil 5, 5+5
- Strophes
- 9 sizains
- Mots à la rime
- a noirs / soirs masculine, classiqueb trêve / rêve féminine, classiquec chansons / frissons masculine, classiquea s'endort / d'or masculine, non classiqueb fusées / irisées féminine, classiquec flamboiement / tournoiement masculine, classiquea tapis masculine, classiqueb sèches / fraîches féminine, classiquec linceuls / seuls masculine, classiquea touffus / diffus masculine, classiqueb émeraude / rôde féminine, classiquec lourds / velours masculine, classiquea houleux / bleus masculine, classiqueb prunelles / solennelles féminine, classiquec s'endormir / gémir masculine, classiquea fleuris / gris masculine, classiqueb circule / minuscule féminine, classiquec combats / ébats masculine, classiquea dessein / sein masculine, classiqueb vie / ravie féminine, classiquec forêts / secrets masculine, classiquea l'Infini / béni masculine, classiqueb choses / roses féminine, classiquec néant / géant masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.9· écart moyen à la rime classique 0.2
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
54 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après poésies, PARIS, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1986· numérisation Project Gutenberg· Sources