Le Coffret de Crusoé, 1932· IV Chanson folâtre
Conseil
Au coin fleuri de l’avenueComme je passais ce matin,J’ai vu venir une inconnueTrès blonde, en jupe de satin.
Sa figure était douce et sage,Son maintien pudique et charmant ;Mais la courbe de son corsageSur son col s’ouvrait hardiment.
La fronce de la mousselineEnchâssait d’un treillis légerUn triangle de sa peau fineBlanc et rose à faire rêver.
Et, sur le vert sombre des arbres,Ce blason à l’éclat troublant,Blanc et rose comme les marbres,Tranchait, encor plus rose et blanc.
Elle se rapprochait, très lente,Et, furtif, je vis sans effortParmi cette blancheur vivanteÉtinceler une croix d’or.
La croix mirait l’aube candide,Mais nul n’eût su dire, je crois,Si l’aurore était plus splendideSur la poitrine ou sur la croix.
La croix avait l’éclat des daguesQui percent le champ d’un vitrail ;L’épiderme, des reflets vaguesDe lait, de lis et de corail.
Or, dans ce spectacle, un mystèrePiquait mon esprit curieux ;Car pourquoi ce symbole austèreDans cet écrin luxurieux ?
As-tu songé, belle ingénue,Qu’en l’ornant d’un rival décorLa gloire de ta gorge nueObscurcirait l’autre trésor ?
Dans cet Éden pur qu’on envieN’as-tu pas vu, se dérobantAux rameaux de l’arbre de vieLa tête de l’ancien serpent ?
L’or sacré qui sur toi repose,Parant son moëlleux coussin,Fait, comme en une apothéose,Luire la neige de ton sein.
Or plus d’un, à voir cette imageSur le velours de ce rideau,Va, tournant à mal son hommage,Préférer le cadre au tableau.
Et tu tiens mon âme incertaineFlottante entre deux paradis :La croix prêche que je m’abstienne,Mais la chair murmure : « Jouis ».
D’une audacieuse prouesseSans scrupule te faisant jeu,Oses-tu, charmante déesse,Te mettre en lutte avec un Dieu ?
Va, c’est de l’infernale aubergeQuelque hôte subtil qui tentaD’unir sur ta poitrine viergeCythère avec le Golgotha.
Pour que nul charme impur n’émaneDu signe auguste que je vois,Enfant, cache la chair profaneSi tu veux arborer la croix.
Versification
- Forme
- 16 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 16(abab)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 16 quatrains
- Mots à la rime
- a l’avenue / inconnue féminine, classiqueb matin / satin masculine, classiquea sage / corsage féminine, classiqueb charmant / hardiment masculine, classiquea mousseline / fine féminine, classiqueb léger / rêver masculine, classiquea arbres / marbres féminine, classiqueb troublant / blanc masculine, classiquea lente / vivante féminine, classiqueb effort / d’or masculine, non classiquea candide / splendide féminine, classiqueb crois / croix masculine, classiquea dagues / vagues féminine, classiqueb vitrail / corail masculine, classiquea mystère / austère féminine, classiqueb curieux / luxurieux masculine, classiquea ingénue / nue féminine, classiqueb décor / trésor masculine, classiquea envie / vie féminine, classiqueb dérobant / serpent masculine, classiquea repose / apothéose féminine, classiqueb coussin / sein masculine, classiquea image / hommage féminine, classiqueb rideau / tableau masculine, classiquea incertaine / m’abstienne féminine, classiqueb paradis / Jouis masculine, classiquea prouesse / déesse féminine, classiqueb jeu / Dieu masculine, classiquea auberge / vierge féminine, classiqueb tenta / Golgotha masculine, classiquea n’émane / profane féminine, classiqueb vois / croix masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.4· écart moyen à la rime classique 0.2
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
64 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Coffret de Crusoé, ÉDITIONS ALBERT LÉVESQUE, 1932· numérisation poesies.net· Sources