Les amoureuses, 1858· Les amoureuses Poésies
Le croup
Alors Hérode envoya tuer dans Bethléem
dans les pays d’alentour les enfants de
deux ans et au-dessous.Saint Matthieu, III.
I
Dans son petit lit,‖ sous le rayon pâleD’un cierge qui tremble‖ et qui va mourir,L’enfant râle.Quel est le bourreau‖ qui le fait souffrir ?
Quel boucher sinistre‖ a pris à la gorgeCe pauvre agnelet‖ que rien ne défend ?Qui l’égorge ?Qui sait égorger‖ un petit enfant ?
Sombre nuit ! La chambre‖ est froide. On frissonne.Dans l’âtre glacé‖ fume un noir tison.L’heure sonne.Le vent de la mort‖ court dans la maison.
II
Aux rideaux du lit‖ la mère s’accroche.Elle est nue. Elle est‖ pâle. Elle défendQu’on l’approche :Elle veut rester‖ seule avec l’enfant.
Son fils ! Il faut voir‖ comme elle lui cause !« Ami, ne meurs pas.‖ Je te donnerai« Quelque chose ;« Ami, si tu meurs,‖ moi je pleurerai. »
Et pour empêcher‖ que l’oiseau s’envole,Elle lui promet‖ du mouron plus frais…Pauvre folle !Comme si l’oiseau‖ s’envolait exprès.
Le père est debout‖ dans l’ombre. Il se cache,Il pleure. On l’entend‖ dire en étouffant :« Ô le lâche« Qui n’ose pas voir‖ mourir son enfant ! »
Dans un coin, l’aïeul‖ accroupi par terreChante une gavotte,‖ et quand on lui ditDe se taire,Il répond : « Hé ! hé !‖ j’endors le petit. »
III
Le cierge s’éteint‖ près du lit qui sombre…Un râle de mort,‖ un cri de douleur,Et dans l’ombreOn entend quelqu’un‖ fuir comme un voleur.
Qui va là ? Qui vient‖ d’ouvrir cette porte ?…Courons ! C’est un spectre‖ armé d’un couteau,Il emporteLe petit enfant‖ dans son grand manteau.
Oh ! je te connais,‖ — ne cours pas si vite,Massacreur d’enfants !‖ Je t’ai reconnuTout de suiteÀ ton manteau rouge,‖ à ton couteau nu.
Hérode t’a fait‖ ce legs effroyable.Tu portes sa pourpre‖ et son yatagan.Vas au diableComme Hérode, spectre,‖ assassin, forban !
Versification
- Forme
- Quatrains
- Rimes
- 12(abab)
- Mètre
- Décasyllabes et trisyllabes (36 de 10, 12 de 3)· profil 3, 5+5
- Strophes
- 5 quatrains
- Mots à la rime
- a pâle / râle féminine, classiqueb mourir / souffrir masculine, classiquea gorge / l’égorge féminine, classiqueb défend / enfant masculine, classiquea frissonne / sonne féminine, classiqueb tison / maison masculine, classiquea s’accroche / l’approche féminine, classiqueb défend / l’enfant masculine, classiquea cause / chose féminine, classiqueb donnerai / pleurerai masculine, classiquea s’envole / folle féminine, classiqueb frais / exprès masculine, classiquea cache / lâche féminine, classiqueb étouffant / enfant masculine, classiquea terre / taire féminine, classiqueb dit / petit masculine, classiquea sombre / l’ombre féminine, classiqueb douleur / voleur masculine, classiquea porte / emporte féminine, classiqueb couteau / manteau masculine, classiquea vite / suite féminine, classiqueb reconnu / nu masculine, classiquea effroyable / diable féminine, classiqueb yatagan / forban masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.4· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
48 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les amoureuses, poemes et fantaisies, Paris, BIBLIOTHÈQUE-CHARPENTIER, Eugène Fasquelle, éditeur, 1908· numérisation wikisource.org· Sources