A maman, 1920· III En deuil
Ces fleurs
Ces fleurs que j e lui porte,‖ hélas ! c’est pour moi-mêmeJe me forge encor ce lien.Pour elle, désormais,‖ qu’on l’oublie ou qu’on l’aimeElle n’a plus besoin de rien
Ce long chemin suivi,‖ ce marbre qu’on décore,C’est pour se faire une raison.Je me dis que sa tombe‖ est presque une maison,Qu’elle est là qui m’attend encore
Lorsque j’allais la voir,‖ au temps qu’elle vivait,Je lui portais toute ma vie.Comme elle savait bien‖ être sombre ou ravieAu gré de ce qui m’arrivait !
— Maman, c’est moi ! J’apporte,‖ avec mes fleurs futiles,La lumière, l’espace, l’air,Trois choses qu’avant tout‖ il te fallait hierEt qui ne te sont plus utiles
C’est moi, maman ! Ainsi‖ qu’autrefois sous ton toit,J’apporte, avec ces fleurs vivantes,Mes yeux, ma voix, mon cœur,‖ trois choses émouvantes.Mais qu’est-ce que cela pour toi ?
Invisible, à présent,‖ et seule, et séparée,Tu n’es qu’un nom sur du granit.Il ne te faut plus rien‖ que l’étroit petit nidOù ta personne est emmurée
Pour en arriver là,‖ que de jours, que d’efforts !Prends donc cette gerbe légère.Je la pose en tremblant,‖ ainsi qu’une étrangère— Oh ! l’indifférence des morts !
Versification
- Forme
- 7 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 1(abab) 6(abba)
- Mètre
- Octosyllabes et alexandrins (14 de 8, 14 de 12)· profil 8, 6+6
- Strophes
- 7 quatrains
- Mots à la rime
- a moi-même / l’aime féminine, classiqueb lien / rien masculine, classiquea décore / encore féminine, classiqueb raison / maison masculine, classiquea vivait / m’arrivait masculine, classiqueb vie / ravie féminine, classiquea futiles / utiles féminine, classiqueb l’air / hier masculine, classiquea toit / toi masculine, non classiqueb vivantes / émouvantes féminine, classiquea séparée / emmurée féminine, classiqueb granit / nid masculine, classiquea d’efforts / morts masculine, classiqueb légère / étrangère féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 2.6· écart moyen à la rime classique 0.4
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
28 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après A maman, Paris, LIBRAIRIE CHARPENTIER ET FASQUELLE, 1920· Sources