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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

A maman, 1920· II De Profundis

L’intrus

Lucie Delarue-Mardrus· terza rima classique, alexandrins, 41 vers

Le cercueil vient d’entrer‖ tout debout dans la chambre,Et le voici dans l’angle‖ où ces gens l’ont rangé.— Un peu de soleil luit,‖ qui dit déjà septembre

Qu’est-ce qui calmera‖ le tremblement que j’ai ?Au pied du lit où dort‖ notre morte d’ivoire,Toutes, nous regardons‖ ce long meuble étranger

Le cercueil de maman…‖ On ne peut pas y croire.Cela va-t-il longtemps‖ rester au pied du litAvec, le long du mur,‖ cette grande ombre noire ?

O cher petit cadavre‖ élégant et joliQui dors si bien, les doigts‖ croisés sur une rose,Entre ces deux draps blancs‖ qui ne font pas un pli,

Maman morte, maman,‖ pauvre petite choseCouchée ici parmi‖ des cierges et des fleurs,Ton repos sur ce lit‖ n’était donc qu’une pause ?

Ce soir, malgré nos cris,‖ ce soir, malgré nos pleurs,Des mains dérangeront‖ ta dernière toilette,Tandis que le scandale‖ agitera nos cœurs,

Et cette boîte-ci‖ qui, tout debout, te guette,Que tu n’avais pas vue‖ et ne connaissais pas,Va s’ouvrir toute grande‖ afin que l’on t’y mette ?

Voilà ! C’est pourtant lui,‖ ce cercueil où tu vas,Ce monstre, cet intrus,‖ qui sera ton intime,Qui sera le vrai lit‖ où tu reposeras

Encor vide de toi,‖ terrible comme un crime,Quand tu t’engouffreras‖ dans le caveau rouvert,Tu n’auras plus que lui‖ pour compagnon d’abîme

C’est cette nouveauté,‖ sombre sur le mur clair,Qui connaîtra la vie,‖ inconnue à ce monde,De ton corps en travail‖ au fond du trou sans air,

De ton corps qui voudra,‖ sous la terre profonde,Devenir peu à peu‖ le suprême ossement,Vie énergique et lente,‖ emmurée et profonde

C’est cette boîte, oui,‖ cette bière, maman,Dont nous haïssons tant‖ la forme étroite et nette,C’est cela qui verra‖ le grand accouchement

De ta chair maternelle‖ enceinte du squelette !

Non ! Non !… Je te salue,‖ insolite étranger !Si de ton chêne neuf‖ nous avons fait l’emplette,C’est qu’il nous fallait bien,‖ dans son écrin, ranger

Notre mère d’ivoire,‖ endormie et coquette.

Versification

Forme
Terza rima classique (terza rima)
Rimes
14(aba) b
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Mots à la rime
a chambre / septembre féminine, classiqueb rangé / j’ai / étranger masculine, classiquec d’ivoire / croire / noire féminine, équivalentea lit / joli / pli masculine, classiqueb rose / chose / pause féminine, équivalentec fleurs / pleurs / cœurs masculine, non classiquea toilette / guette / mette féminine, classiqueb pas / vas / reposeras masculine, classiquec intime / crime / d’abîme féminine, classiquea rouvert / clair / air masculine, classiqueb monde / profonde féminine, classiquec ossement / maman / accouchement masculine, classiquea nette / squelette féminine, classiqueb étranger / ranger masculine, classiquea l’emplette / coquette féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.1· écart moyen à la rime classique 0.8

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

41 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après A maman, Paris, LIBRAIRIE CHARPENTIER ET FASQUELLE, 1920· Sources