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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

La figure de proue, 1908· Ainsi soit-il

Ainsi soit-il

Lucie Delarue-Mardrus· 11 quatrains, alexandrins, 44 vers

A J.C.M.

Je souris maintenant‖ à mon rêve exaucé,A cette destinée‖ imprévue et fataleQui ramène de loin‖ vers la côte nataleMon cœur qui s y était,‖ malgré tout, fiancé.

Ainsi soit-il ! Je vais‖ vivre et mourir à l’aiseDans ce morceau du sol‖ normand qui m’appartient,Contempler de longs ans,‖ autour de moi, mon bien,A travers la clarté‖ des vitres Louis seize.

En haut, c’est le seuil fer‖ ou s’inscrira mon nom.En bas, au bout des prés,‖ c’est la ferme et l’étable.Et le tout agencé‖ comme en ce siècle aimableQui mit la métairie‖ auprès de Trianon.

Ma maison est au cœur‖ d’une noble avenueOù d’anciens tilleuls‖ font un jour sombre et clair.Du fond de ma maison je pourrai voir la merEt la ville, écouter‖ leur allée et venue.

Les corbeaux sur son toit‖ chantaient dies iræ,Les ronces l’étreignaient‖ on la disait hantée.Pour qu elle soit aussi‖ par mon âme habitée,Moi, fantôme vivant,‖ je la restaurerai.

Des roses fleuriront‖ le ciel le long des rampes ;Des soupirs et des ris‖ de jeunesse et d’amourS’entendront. Ce sera‖ comme sur les estampesDe mon délicieux‖ ancêtre Debucourt,

Les relents vigoureux‖ qui montent des herbagesS’orneront d’un parfum‖ de rose et de tilleulEt j’entendrai, bercée‖ au fond de mon fauteuil,Les bruits du port d’Honfleur‖ qui parlent de voyages.

Or, je repartirai !‖ Mais que soit mon espoirFait de pâle soleil,‖ de verdure étoilée ;Je veux toujours chérir,‖ le long de mon allée,Après les jeux du jour,‖ les tristesses du soir.

Je veux le beau temps bleu,‖ l’orage couleur d’encre,Toute la vie au creux‖ des mêmes horizons.Que la succession‖ de mes quatre saisonsS’accomplisse en ce lieu‖ choisi : j’ai jeté l’ancre !

Puissé-je désormais‖ ne jamais oublierA travers Orients,‖ sables et cités blanches,Mes tilleuls, ma maison,‖ ma ferme, et ce noyerQui porte doucement‖ ma ville entre ses branches.

Puissé-je n’aimer rien‖ que mon domaine en fleurEt le vieux médaillon‖ au-dessus de la porteLe foyer où mon âme,‖ enracinée et forte…Doit accomplir, jusqu’à‖ la fin, tout son bonheur.

Versification

Forme
11 quatrains (strophes variées)
Rimes
9(abba) 2(abab)
Mètre
Alexandrins· profil 6−6
Strophes
11 quatrains
Mots à la rime
a exaucé / fiancé masculineb fatale / natale fémininea l’aise / seize féminineb m’appartient / bien masculinea nom / Trianon masculineb l’étable / aimable fémininea avenue / venue féminineb clair / mer masculinea iræ / restaurerai masculineb hantée / habitée fémininea rampes / estampes féminineb d’amour / Debucourt masculinea herbages / voyages féminineb tilleul / fauteuil masculinea espoir / soir masculineb étoilée / allée fémininea d’encre / l’ancre féminineb horizons / saisons masculinea oublier / noyer masculineb blanches / branches fémininea fleur / bonheur masculineb porte / forte féminine

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

44 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La Figure de Proue, Paris, Fasquelle, 1908· numérisation archive.org· Sources