La figure de proue, 1908· De France
D’une fenêtre sur la seine
I
Je pense seule à ma‖ fenêtre de Paris,Devant le Louvre noir‖ dans le temps glauque et gris,Devant la Seine‖ entre ses quais‖ de pierre dure.Ses ponts, ses deux ou trois‖ peupliers sans verdure.
Je pense au cher pays‖ d’Afrique tout doréQui, dans un pli profond‖ de ma mémoire, brille ;A ce Paris qui fut‖ et demeure ma ville ;A des pays encore‖ inconnus où j’irai ;A ma tendresse au fond‖ de moi comme un sourire,A des choses aussi‖ que Ton ne peut pas direEt qui brûlent mes yeux‖ de domination.Je pense avec‖ indifférence‖ et passionA tout ce qui m’attend,‖ à tout ce qui m’amuse.— Et la lune, qui s’accentue‖ avec le soir,Avance tout à coup,‖ comme une qui veut voir,Dans mon rêve secret‖ son visage d’intruse.
II
Le Louvre me regarde‖ au coin noir de ma vitreAvec les yeux profonds‖ de l’histoire de France.Pourtant, aimé-je encor‖ la chère accoutumanceDe Paris ? Mon destin‖ m’ouvre un nouveau chapitre.
Il faudrait s’accouder‖ et se reprendre toute.Mais comme jamais plus‖ mon regard ne s’arrête,Je vais toujours devant‖ et sans tourner la tête :Car j’ai quitté tous les‖ pays. Je suis en route.
III
Le cri des bateaux sur la SeineM’entre en plein cœur comme un poignard.Mais je suis seule. Nul‖ n’est là pour mon regard,Pour mon âme et ce qui la mène.
Mon cœur s’est éteint dans le gris,Mon cœur où flamboyait l’Afrique…Repose dans mes mains,‖ mon cœur mélancolique.Voici ce que t’a fait Paris.
O moi passée, ô mon aînée !N’avons-nous pu nous délier ?L’Afrique se débat‖ dans mon mal familierGomme en un piège d’araignée.
L’Afrique est morte, mouche d’or,Dans les réseaux de la grisaille…Poignards, cris des bateaux,‖ à quoi bon qu’on s’en ailleSi l’on doit au retour‖ se retrouver encor ?
Versification
- Forme
- Quatrains
- Rimes
- 1(aabb) 1(abbaccddeffe) 6(abba)
- Mètre
- Alexandrins et octosyllabes (29 de 12, 11 de 8)· profil 8, 6=6
- Strophes
- 4 quatrains
- Mots à la rime
- a Paris / gris masculineb dure / verdure fémininea doré / j’irai masculineb brille / ville fémininec sourire / dire féminined domination / passion masculinee m’amuse / d’intruse fémininef soir / voir masculinea vitre / chapitre féminineb France / accoutumance fémininea toute / route féminineb s’arrête / tête fémininea Seine / mène féminineb poignard / regard masculinea gris / Paris masculineb l’Afrique / mélancolique fémininea aînée / d’araignée féminineb délier / familier masculinea d’or / encor masculineb grisaille / aille féminine
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
40 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La Figure de Proue, Paris, Fasquelle, 1908· numérisation archive.org· Sources