La figure de proue, 1908· En marge
Méditation sur un visage
J’ai douloureusement‖ médité devant vousEt j’ai pleuré sur vous,‖ vieille dame étrangèreQui ne pouviez savoir‖ ma jeunesse légèreOccupée à fixer‖ vos traits pâles et mous.
Je m’étonnais si fort‖ que vous fussiez rieuse,Moi qui d’abord pensais‖ que vous n’aviez plus rienAyant à tout jamais‖ perdu l’unique bienD’être tentante, d’être‖ étrange et vaporeuse.
La vie est-elle donc‖ moins dure qu’on ne croit,Puisqu’elle soigne encor‖ comme une bonne mère.Qu’elle sait égayer‖ cette vieillesse amèreOù tout semblait devoir‖ n’être que morne et froid ?
Et pourtant avec quelle‖ épouvante cachéeJe regardais, songeant‖ à la blancheur de lisDe nos âges, la peau‖ ravagée et tachéeDe ce masque qui fut‖ jeune femme, jadis !
— Moi qui veux vivre jusqu’‖au bout, est-il possibleD’imaginer qu’ainsi‖ je pourrai rire un jourLorsque je n’aurai plus‖ ce trésor indicible :L’audace, la beauté,‖ l’entrain, l’orgueil, l’amour ?…
Versification
- Forme
- 5 quatrains (strophes variées)
- Rimes
- 3(abba) 2(abab)
- Mètre
- Alexandrins· profil 6−6
- Strophes
- 5 quatrains
- Mots à la rime
- a vous / mous masculineb étrangère / légère fémininea rieuse / vaporeuse féminineb rien / bien masculinea croit / froid masculineb mère / amère fémininea cachée / tachée féminineb lis / jadis masculinea possible / indicible féminineb jour / l’amour masculine
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
20 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La Figure de Proue, Paris, Fasquelle, 1908· numérisation archive.org· Sources