Les sept douleurs d’octobre, 1930· IV De la vie a la mort
L’hote de deux jours
Hôte exsangue, muet,‖ immobile et glacéQue nous hébergeons deux journées,Visiteur redoutable‖ encor que terrassé,Dont nos doigts ont caché‖ les prunelles tournées,
Cadavre ! Ton attrait,‖ ta fascination,Les avais-tu durant ta vie ?Quelle nécrophilie‖ et quelle passionLorsque nous te fixons‖ avec des yeux d’envie !
Le cadavre… Quelqu’un‖ qu’on ignore. Quelqu’unQui, pareil à nous tout à l’heure,N’est plus, avec son sourd‖ et grandissant parfum,Qu’un étranger couché‖ qui ne sait pas qu’on pleure.
Le cadavre… Insensible‖ inconnu, dont l’aspectReste celui de notre race,Qui n’en est plus, pourtant,‖ de par sa pâle face,Cette face qui dort,‖ s’absorbe et se repaît.
Deux jours, pas un de plus,‖ deux jours il cohabite,Occupe la chambre, le lit,Comme un vivant dont rien‖ n’est encore aboli.Deux jours !… Au bout desquels‖ il faut le cacher vite.
L’autre monde commence‖ en entrant au cercueil,L’autre monde charnel de l’êtreCar malgré les regrets,‖ les sanglots, le grand deuil,N’étant plus regardable,‖ il lui faut disparaître.
Il était tout pareil‖ à nous, dormeur si doux,Mais il va changer en silence, .Et n’étant bientôt plus‖ à notre ressemblance,Nous ne le pourrions plus‖ supporter parmi nous.
Deux jours ! Long mannequin,‖ grande poupée, il sembleQue, prête à nous quitter demain,Cette chose habillée‖ encor comme un humainVa dire son secret‖ au curieux qui tremble.
On est là, palpitant,‖ on se penche sur lui,On prête l’oreille, on le touche.Dans le vacillement‖ de la cire qui luit,On croit qu’il va parler,‖ ayant encor sa bouche.
Lui qui doit tout savoir,‖ nous l’avons à nous, là,Ce maître de nos destinées.Il est l’éternité,‖ le tangible au-delà,La Mort logeant chez nous‖ pendant ces deux journées…
— O merveilleux cadavre‖ étendu sur le dos,Qui si vite vas être cendre,Spectre tout neuf, encor‖ pourvu de chair et d’os,Ton charme horrible, dis,‖ qui ne le peut comprendre ?
Versification
- Forme
- 11 quatrains (strophes variées)
- Rimes
- 7(abab) 4(abba)
- Mètre
- Alexandrins et octosyllabes (33 de 12, 11 de 8)· profil 8, 6+6
- Strophes
- 11 quatrains
- Mots à la rime
- a glacé / terrassé masculine, classiqueb journées / tournées féminine, classiquea fascination / passion masculine, classiqueb vie / d’envie féminine, classiquea Quelqu’un / parfum masculine, classiqueb l’heure / pleure féminine, classiquea l’aspect / repaît masculine, classiqueb race / face féminine, classiquea cohabite / vite féminine, classiqueb lit / aboli masculine, non classiquea cercueil / deuil masculine, classiqueb l’être / disparaître féminine, classiquea doux / nous masculine, classiqueb silence / ressemblance féminine, classiquea semble / tremble féminine, classiqueb demain / humain masculine, classiquea lui / luit masculine, non classiqueb touche / bouche féminine, classiquea là / au-delà masculine, classiqueb destinées / journées féminine, classiquea dos / d’os masculine, classiqueb cendre / comprendre féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.6· écart moyen à la rime classique 0.5
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
44 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Sept douleurs d’Octobre, Paris, J. Ferenczi et fils, éditeurs, 1930· numérisation poesies.net· Sources