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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les sept douleurs d’octobre, 1930· VI Spectres

Le cercueil vivant

Lucie Delarue-Mardrus· strophes variées, octosyllabes et tétrasyllabes, 69 vers

Elle-même l’avait choisie,(O fantaisie !)Cette bière d’un travail finQue l’on vient de fermer enfin.

Elle n’était pas étrangère.Vide et légère,Parmi d’autres meubles pesantsElle attendait depuis des ans.

La funèbre plaisanterie,Sans qu’on en rie— Car qui donc y pensait encor ? —Tout à coup redevient la mort.

U n matin voici que l’on visseLe bois qui crisse,Long bruit qui fait grincer des dents,— Et que le cadavre est dedans.

Jadis, l’artiste bien vivanteEt qui se vanteDe n’avoir jamais peur de rien,S’y allonge et s’y trouve bien.

Que fut alors sa rêverie ?Toute fleurieElle faisait la morte, maisSon instinct lui disait : « Jamais ! »

Puis, dans la bière parfuméeEut inhumée,Afin d’être relue un jour,La correspondance d’amour.

Or, à présent que dans l’étroiteEt longue boîteLa défunte au masque sculptéRepose pour l’éternité,

Quatre planches de bois de rose,Dans l’ombre closeOù sa robe est comme un grand lys,Se souviennent du temps jadis.

« Te rappelles-tu, disent-elles,Comme étaient bellesTes formes pleines de secrets ?…De doux bruit quand tu respirais !

« Nous et toi répétions nos rôles.Oui, tes épaulesNous en connaissons le contour,Et tout ton frêle corps d’amour.

« Plus tard, oh ! ces lettres ! Ces lettresD’enfants, de maîtres !Nous t’en redirons la teneur,Nous les savons toutes par cœur !

« Écoute-les parler : Quand même !Et puis : « Je t’aime ! »Écoute, écoute te bercerLa voix du fabuleux passé.

« Ton heure a sonné. Mais qu’importeQue tu sois morte ?Plus familière qu’un toitTa bière demeure avec toi.

« Le tombeau lourd comme une meuleTe laisse seule ;Mais, pour charmer ton au-delà,Moi, ton vieux cercueil, je suis là !

« La grande foule va se taire.Dans le mystèreNous, nous parlerons nuit et jourDe beauté, de gloire et d’amour ! »

Et c’est ainsi, lorsque tout cesse,Que, dans la caisseTerrible où sa dépouille dort,Sarah Bernhardt, malgré la mort,

Est couchée avec sa jeunesse.

Versification

Forme
Strophes variées
Rimes
32[aa] 1[aabba]
Mètre
Octosyllabes et tétrasyllabes (52 de 8, 17 de 4)· profil 8, 4
Mots à la rime
a choisie / fantaisie féminine, classiquea fin / enfin masculine, classiquea étrangère / légère féminine, classiquea pesants / ans masculine, classiquea plaisanterie / rie féminine, classiquea encor / mort masculine, non classiquea visse / crisse féminine, classiquea dents / dedans masculine, classiquea vivante / vante féminine, classiquea rien / bien masculine, classiquea rêverie / fleurie féminine, classiquea mais / Jamais masculine, classiquea parfumée / inhumée féminine, classiquea jour / d’amour masculine, classiquea l’étroite / boîte féminine, classiquea sculpté / l’éternité masculine, classiquea rose / close féminine, classiquea lys / jadis masculine, classiquea disent-elles / belles féminine, classiquea secrets / respirais masculine, classiquea rôles / épaules féminine, classiquea contour / d’amour masculine, classiquea lettres / maîtres féminine, classiquea teneur / cœur masculine, classiquea même / t’aime féminine, classiquea bercer / passé masculine, non classiquea qu’importe / morte féminine, classiquea toit / toi masculine, non classiquea meule / seule féminine, classiquea au-delà / là masculine, équivalentea taire / mystère féminine, classiquea cesse / caisse / jeunesse féminine, classiqueb dort / mort masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.1· écart moyen à la rime classique 0.4

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

69 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Sept douleurs d’Octobre, Paris, J. Ferenczi et fils, éditeurs, 1930· numérisation poesies.net· Sources