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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les sept douleurs d’octobre, 1930· I L’automne

Le vieux manoir

Lucie Delarue-Mardrus· 17 quatrains, vers de 6, 8 et 12 syllabes, 68 vers

La tête par-dessus le murDu vieux manoir d’automne,Je regarde, et m’étonneDe revoir mon passé‖ familial et pur.

L’automne, icic, s’est effeuilléesSous les hauts arbres tors.Jadis, dans cette allée,Que de vivants à moi‖ qui maintenant sont morts !

La grande automne est pâle, pâle,Les branchages sont noirs.Combien de désespoirs !Que de vivants à moi‖ morts d’une mort morale !

Sous ses feuilles sèches en feu,Cette allée est hantée.Pourquoi m’a-t-on quittée,Et pourquoi donc moi-même‖ ai-je tant dit adieu ?

Mes morts, vous voilà ; c’est l’aïeule,Qui vient rôder ici.Et c’est mon père aussi,Taciturne, chassant,‖ fumant son brûle-gueule.

Ce sont deux neveux, deux petits,Héros morts à la guerre.C’est ma mère ‒ ma MèreEt les jours de l’enfance‖ en elle anéantis.

Vous, défunts, au chaud dans mon âme,Vous vivez avec moi.Mais les autres, quel froid !Ils sont toujours en vie,‖ et c’est cela le drame.

Absents, absents, vous voilà tous,Vous qui disiez : Je t’aime. »Et me voilà moi-même,Moi d’autrefois, moi morte‖ encore plus que vous.

Que de sang la terre a pu boireDepuis ce cher temps-là !Ce soir, me revoilàApportant la paix triste‖ et la triste victoire.

Des troncs sont tombés… ou grandis.Devers l’étang qui brille,Le battoir d’une filleFrappe le linge au loin,‖ de même que jadis.

Est-ce la même lavandière ?Non. Sa fille, plutôt.Le jour va tomber tôt,Tandis que, seule ainsi,‖ je regarde en arrière.

Je le contemple, ce passé,Tragique sépulture.La nuit, sur la nature,Va cacher les splendeurs‖ de l’été trépassé.

Le couchant,le passé, l’automne,Ce battoir sur l’étang…C’est toujours moi, pourtant,Belle encore et traînant‖ ma grande âme qui tonne.

Comme le reste d’un cheminQu’on doit jusqu’au bout suivre,Je dois encore vivre,Et le droit est resté‖ de murmurer : « demain ».

Salut donc, manoir de jeunesse !Sous tes arbres grandis,Tout ce que tu me disJe l’entends et comprends,‖ au fond du jour qui baisse.

Tu dis : « Ces arbres terrassésMe laissent ce grand vide,Mais il m’en reste assezPour bercer sous le ciel‖ une automne splendide.

« Pour toi, passante qui reviens,Sombre et vivant fantôme,Il te reste un royaume :C’est marcher haut la tête‖ et droite sur tes reins. »

Versification

Forme
17 quatrains (strophes variées)
Rimes
15(abba) 2(abab)
Mètre
Vers de 6, 8 et 12 syllabes (34 de 6, 17 de 8, 17 de 12)· profil 8, 6, 6+6
Strophes
17 quatrains
Mots à la rime
a mur / pur masculine, classiqueb d’automne / m’étonne féminine, classiquea effeuillées / allée féminine, non classiqueb tors / morts masculine, classiquea pâle / morale féminine, classiqueb noirs / désespoirs masculine, classiquea feu / adieu masculine, classiqueb hantée / quittée féminine, classiquea l’aïeule / brûle-gueule féminine, classiqueb ici / aussi masculine, classiquea petits / anéantis masculine, classiqueb guerre / Mère féminine, classiquea âme / drame féminine, classiqueb moi / froid masculine, non classiquea tous / vous masculine, classiqueb t’aime / moi-même féminine, classiquea boire / victoire féminine, classiqueb temps-là / revoilà masculine, classiquea grandis / jadis masculine, classiqueb brille / fille féminine, classiquea lavandière / arrière féminine, classiqueb plutôt / tôt masculine, classiquea passé / trépassé masculine, classiqueb sépulture / nature féminine, classiquea l’automne / tonne féminine, classiqueb l’étang / pourtant masculine, non classiquea chemin / demain masculine, classiqueb suivre / vivre féminine, classiquea jeunesse / baisse féminine, classiqueb grandis / dis masculine, classiquea terrassés / assez masculine, classiqueb vide / splendide féminine, classiquea reviens / reins masculine, classiqueb fantôme / royaume féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.3· écart moyen à la rime classique 0.4

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

68 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Sept douleurs d’Octobre, Paris, J. Ferenczi et fils, éditeurs, 1930· numérisation poesies.net· Sources