Les sept douleurs d’octobre, 1930· VI Spectres
Promenades
Les bois sont, sous cette pluie,Désespérés, solennels.Le printemps trempé s’ennuie.Les merles sont sans appels.
Seul un corbeau qui croasseJette parfois une voixQuand, parmi ces tristes bois,A cheval, au pas, je passe.
Je cherche mes paradisParmi le complet silence.Non. Les arbres sont grandis.Rien, plus rien n’a souvenance.
Certes, tout le monde est mort,Je suis seule sur la terre !Quel pauvre enfant solitaireEn moi se rappelle encor ?
Poète mélancolique,Romanesque cavalierFoulant, sous la pluie oblique,Ces lieux qui l’ont oublié,
Sur mon passage, les branchesVersent, on dirait, des pleurs.Frêles anémones blanches,Le sous-bois s’est mis en fleurs.
N’est-il pas plein de fantômesCe ruissellement de mai ?« Réponds, paysage aimé !Vers toi je tends mes deux paumes.
Où sont-ils, mes absents, dis ?Ne vont-ils pas m’apparaître ?C’est à ce tournant, peut-être,Que m’attend le temps jadis ? »
Mais les bois, dans l’épouvante,M’ont répondu : « Spectre froid,Va-t’en, cavalier qui hante,Car, le revenant, — c’est toi ! »
Versification
- Forme
- 9 quatrains (strophes variées)
- Rimes
- 5(abab) 4(abba)
- Mètre
- Heptasyllabes
- Strophes
- 9 quatrains
- Mots à la rime
- a pluie / s’ennuie féminine, classiqueb solennels / appels masculine, classiquea croasse / passe féminine, classiqueb voix / bois masculine, classiquea paradis / grandis masculine, classiqueb silence / souvenance féminine, classiquea mort / encor masculine, non classiqueb terre / solitaire féminine, classiquea mélancolique / oblique féminine, classiqueb cavalier / oublié masculine, non classiquea branches / blanches féminine, classiqueb pleurs / fleurs masculine, classiquea fantômes / paumes féminine, classiqueb mai / aimé masculine, non classiquea dis / jadis masculine, équivalenteb m’apparaître / peut-être féminine, classiquea l’épouvante / hante féminine, classiqueb froid / toi masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.6· écart moyen à la rime classique 0.8
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
36 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Sept douleurs d’Octobre, Paris, J. Ferenczi et fils, éditeurs, 1930· numérisation poesies.net· Sources