Mort et printemps, 1932
Le monstre
Barques à voiles de HonfleurQui dans le port battiez des ailesQuand vous y reveniez, fidèles,Après le large sans couleur,
Vos départs diurnes, nocturnes,Splendidement silencieuxDe grands archanges taciturnesEnfants des vagues et des cieux,
Les formes que prenaient vos toilesD’après les caprices du ventSous le soleil, sous les étoiles,Blancheur de l’arrière à l’avant,
Et, quand le temps veut qu’on louvoie,Vos retours titubants un peu,Tout cela, poésie et joieDe notre ville au reflet bleu,
Tout cela, rythme des marées,Très vieux conte bleu de la mer,Fini ! Barques adultérées,Recevez mon regret amer.
Les moteurs, ces bêtes nouvelles,Grondent entre vos flancs de bois.O ! le silence d’autrefois !Pourquoi porter encor vos ailes ?
Vous n’en avez plus nul besoin.Elles ne sont rien qu’un vestige,Vous aussi, prises de vertige,Vous voulez aller vite et loin.
Départs, retours, affreux tapage,Pétrole qui pue et salit,Voiles qui restent dans leur pliQuelque soit le sens du nuage,
Le souffle du siècle a passé,Universelle frénésie,Pour tuer toute poésie.Soit ! Requiescat in pace !
Versification
- Forme
- 9 quatrains (strophes variées)
- Rimes
- 5(abba) 4(abab)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 9 quatrains
- Mots à la rime
- a Honfleur / couleur masculine, classiqueb ailes / fidèles féminine, classiquea nocturnes / taciturnes féminine, classiqueb silencieux / cieux masculine, classiquea toiles / étoiles féminine, classiqueb vent / l’avant masculine, classiquea louvoie / joie féminine, classiqueb peu / bleu masculine, classiquea marées / adultérées féminine, classiqueb mer / amer masculine, classiquea nouvelles / ailes féminine, classiqueb bois / d’autrefois masculine, classiquea besoin / loin masculine, classiqueb vestige / vertige féminine, classiquea tapage / nuage féminine, classiqueb salit / pli masculine, non classiquea passé / pace masculine, classiqueb frénésie / poésie féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.9· écart moyen à la rime classique 0.3
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
36 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Mort et printemps, Paris, Albert Messein, 1932· numérisation poesies.net· Sources