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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Occident, 1901· En plein vent

Hymne printanier

Lucie Delarue-Mardrus· douzains, alexandrins et octosyllabes, 47 vers

Bonne nature, as-tu‖ des baisers pour les lèvres ?Des épaules pour les fronts lourds ?Des fleurs pour la beauté ?‖ des fraîcheurs pour les fièvres ?Et, pour les membres restés gourdsDe sortir de l’hiver‖ aux froides fantaisies,Ton printemps répand-il‖ d’étirantes tiédeurs ?As-tu des coins cachés‖ pour les chagrins en pleurs ?La narine béante‖ avide d’ambroisiesFleurera-t-elle en toi‖ sa satisfaction ?As-tu pour le rire et la joieDes pourpres dont l’ampleur‖ magnifique s’éploie,Et des deuils pour l’affliction ?

Ces baisers, ces tiédeurs,‖ ces fraîcheurs, ces corolles,Ces recoins secrets pleins d’accueil,Ces parfums aussi doux‖ que de bonnes parolesEt cette pourpre et ce grand deuil,Si vraiment tu les as,‖ Nature, ô maternelle,Si ce n’est pas un songe,‖ à moi donc tous ces biens !Le printemps tout entier‖ gonfle mon cœur ; je viensA ta coupe qu’emplit‖ la jeunesse éternelle,Et j’y veux étancher‖ la soif que je ressens,Et j’y veux, oubliant mes peines,Sentir le renouveau‖ m’envahir jusqu’aux veinesDe grands espoirs adolescents.

Enveloppe ma joie‖ avec de belles robesQue sur moi développerontLe rouge des couchants‖ et le clair bleu des aubes ;Voile ma douleur, si mon frontPersiste à conserver‖ ses tristesses inertes,Dans les grands crêpes noirs‖ de tes nuits sans clartés.Ah ! je m’enivrerai‖ parmi les ombres vertesDes grands arbres qui font,‖ ainsi que des doigts gais,Choir leur floraison sur les faces,Et, comme des amis,‖ je presserai leurs massesEntre mes deux bras fatigués !

Laisse-moi me coucher‖ ainsi que joue à joue,Calme comme à l’heure où l’on dort,Dans l’herbe où des blancheurs‖ d’ombelles font la roue,Lourdes du poids d’un bourdon d’or ;Laisse-moi respirer‖ ton haleine champêtreOù passe la douceur‖ de quelque souffle humain ;Laisse-moi me pencher,‖ un bouquet à la main,Sur tes étangs profonds‖ où je ris d’apparaître,Pour boire à plein gosier‖ leur liquide cristal,Tendre à tes sources mes deux paumes,Écouter tous tes chants,‖ goûter tous les arômes,O Sève ! ô Printemps triomphal !

Versification

Forme
Douzains
Rimes
3(ababcddceffe) 1(ababcdcdeed)
Mètre
Alexandrins et octosyllabes (31 de 12, 16 de 8)· profil 8, 6+6
Strophes
3 douzains, 1 onzain
Mots à la rime
a lèvres / fièvres féminineb lourds / gourds masculinec fantaisies / d’ambroisies féminined tiédeurs / pleurs masculinee satisfaction / l’affliction masculinef joie / s’éploie fémininea corolles / paroles féminineb d’accueil / deuil masculinec maternelle / éternelle féminined biens / viens masculinee ressens / adolescents masculinef peines / veines fémininea robes / aubes féminineb développeront / front masculinec inertes / vertes féminined clartés / gais / fatigués masculinee faces / masses fémininea joue / roue féminineb dort / d’or masculinec champêtre / d’apparaître féminined humain / main masculinee cristal / triomphal masculinef paumes / arômes féminine

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

47 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Occident, Paris, LA REVUE BLANCHE, 1901· numérisation poesies.net· Sources