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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Par vents et marées, 1910

« O mer ! Fond de ténèbre et surface qui brilles »

Lucie Delarue-Mardrus· 14 quatrains, alexandrins, 56 vers

O mer ! Fond de ténèbre‖ et surface qui brilles,Toi qu’on ne peut marquer‖ d’un durable sillon,Je viens ici,‖ vindicative‖ entre tes filles,Adorer ton caprice‖ et ta rébellion.

Mer changeante à jamais,‖ pourtant toujours toi-mêmeDepuis les premiers jours‖ du temps illimité,Mer sans maître, éternel‖ conseil de liberté,Permets qu’un-cœur humain‖ s’enthousiasme et t’aime.

Mon désir ne peut pas‖ me creuser un cheminJusques au plus caché‖ de ton secret royaume,Mais je puis, me penchant,‖ te prendre dans ma paumeEt boire Vin fini‖ dans le fond de ma main.

Mon désir ne peut pas‖ me creuser un cheminJusque s au plus caché‖ de ton secret royaume,Mais je puis, me penchant,‖ te prendre dans ma paumeEt boire Vin fini‖ dans le fond de ma main.

Ce sel contre mes dents,‖ c’est celui des eaux pâlesQui vont s’assombrissant‖ jusqu’au domaine obscurOù tu n’es plus, miroir‖ du ciel, gouffre d’azur,Qu’un flot de nuit hanté‖ par de lumineux squales

Nous contenterons-nous‖ de l’esprit inconnuQui mène ta surface à jamais fluctueuse ?Nous contenterons-nous‖ que ta vague trop creuseSoit la place d’un corps‖ énigmatique et nu ?

Laisse-nous oublier‖ que de grands paysagesNocturnes sont en toi‖ pour toujours submergés.O mer ! Jette à nos pieds‖ tes plus clairs coquillages,Que nous ne songions plus‖ à tes sombres vergers.

Te voici dans ta grâce‖ et ta géométrie,Dans ta furie horrible‖ et ton auguste paix.Errons parmi ton sable,‖ ivres de tes aspects,Sans plus pleurer‖ ta profondeur,‖ cette patrie.

Entre des cyprès noirs‖ et-des orangers blancs,Je t’ai connue étale‖ et méditerranée,Et tu te souvenais‖ dans tes calmes élansD’avoir baigné jadis‖ l’hellade, cette aînée.

A travers des buissons‖ de ronces et de houx,Au rythme dur des flux‖ et reflux retractiles,Je t’ai connue au nord,‖ comme au temps où les Roux,Les grands iarles, quittaient‖ leurs neigeuses presqu’îles.

Je t’ai connue ici,‖ là-bas, de loin, de près,J’ai revêtu le voile‖ ardent de ta nuance.C’est encor toi que j’aime‖ et travers les forêts,Quand l’ouragan reprend‖ la voix de ta démence.

Dans tout ce qui m émeut‖ de faible ou de puissant,Je me souviens de toi‖ qui hantes ma pensée.Ta mémoire est en moi‖ pour toujours enfoncée,Ton rythme multiforme‖ est resté dans mon sang.

Pour moi, la vie a ta‖ douceur ou ta tempête,Ton royaume secret,‖ ton flux et ton reflux.Parfois mon désespoir‖ est une grande fêteOù tournent tes oiseaux‖ marins aux cris aigus.

Je t’atteste en mon cœur,‖ possession immense !Toi seule je te peux‖ reconnaître et chérir,Mer, éternelle joie,‖ éternelle souffrance,Mer, dont je ne peux pas‖ et ne veux pas guérir !

Versification

Forme
14 quatrains (strophes variées)
Rimes
7(abab) 7(abba)
Mètre
Alexandrins· profil 6=6
Strophes
14 quatrains
Mots à la rime
a brilles / filles féminine, classiqueb sillon / rébellion masculine, classiquea toi-même / t’aime féminine, classiqueb illimité / liberté masculine, classiquea chemin / main masculine, classiqueb royaume / paume féminine, classiquea pâles / squales féminine, classiqueb obscur / d’azur masculine, classiquea inconnu / nu masculine, classiqueb fluctueuse / creuse féminine, classiquea paysages / coquillages féminine, classiqueb submergés / vergers masculine, classiquea géométrie / patrie féminine, classiqueb paix / aspects masculine, classiquea blancs / élans masculine, classiqueb méditerranée / aînée féminine, classiquea houx / Roux masculine, classiqueb retractiles / presqu’îles féminine, classiquea près / forêts masculine, classiqueb nuance / démence féminine, classiquea puissant / sang masculine, non classiqueb pensée / enfoncée féminine, classiquea tempête / fête féminine, classiqueb reflux / aigus masculine, classiquea immense / souffrance féminine, classiqueb chérir / guérir masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.2· écart moyen à la rime classique 0.2

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

56 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Par vents et marées, Paris, BIBLIOTHÈQUE-CHARPENTIER, 1910· Sources