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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Souffles de tempête, 1918· V Arrières-saisons

A Raphaël Schwartz

Lucie Delarue-Mardrus· 9 quatrains, alexandrins, 36 vers

Est-ce la vérité‖ qu’avec un peu de terreVous avez fait surgir‖ mon double inquiétant ?Voici donc ma statue‖ et tout ce qui l’attend,Car avec elle est né‖ son destin de mystère.

Prête splendidement‖ pour le bronze futur,Prisonnière du rythme‖ où vous l’avez campée,Quel sera l’avenir‖ de l’insigne poupée,Œuvre d’un ébauchoir‖ enthousiaste et pur ?

Ainsi mon corps drapé‖ qui marche, mon visage,Mes mains de berger grec,‖ mes deux petits pieds nus,Et mon large regard‖ plein de cale et d’orage,Sous vas patients doigts‖ lentement sont venus.

Ma statue ! Elle est là,‖ debout. Je la regarde,Cette fragilité‖ faite tout comme moi.Elle vivra pourtant‖ bien après moi. Hagarde,Je tremble, en y songeant,‖ d’un pathétique émoi.

L’éternelle santé,‖ l’éternelle jeunesseLa fixent pour toujours,‖ et moi je vieillirai.Elle est le témoin vrai‖ de mon âge doré.Un jour s’affirmera‖ mon triste droit d’aînesse.

Sont-ce vraiment mes yeux‖ et ma bouche et mon nez,Sont-ce mes mains, mes pieds ?‖ Est-ce mon attitude,Est-ce mon dur orgueil,‖ ma sombre quiétudeQu’étudieront tant d’yeux‖ encor loin d’être nés ?

Nous voici tout vivants.‖ Votre œuvre, là, s’élève,Neuve, et si chaude encor‖ du travail de vos doigts,Fille de mon grand rêve‖ et de votre grand rêve…Et ceux des temps futurs‖ penseront : autrefois.

Ils diront : « Elle fut‖ une femme célèbre ! »Ce ne sera que moi‖ présente, cependant.Ils ne sentiront pas‖ battre mon cœur ardent.Mon simple cœur humain‖ sous le bronze funèbre.

Faut-il que l’art survive‖ à la réalitéMoi qui suis un esprit‖ je deviendrai poussière,Et cette image-ci‖ qui n’est qu’un peu de terreVa triomphalement‖ vers l’immortalité.

Versification

Forme
9 quatrains (strophes variées)
Rimes
6(abba) 3(abab)
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
9 quatrains
Mots à la rime
a terre / mystère féminine, classiqueb inquiétant / l’attend masculine, classiquea futur / pur masculine, classiqueb campée / poupée féminine, classiquea visage / d’orage féminine, classiqueb nus / venus masculine, classiquea regarde / Hagarde féminine, classiqueb moi / émoi masculine, classiquea jeunesse / d’aînesse féminine, classiqueb vieillirai / doré masculine, équivalentea nez / nés masculine, classiqueb attitude / quiétude féminine, classiquea s’élève / rêve féminine, classiqueb doigts / autrefois masculine, classiquea célèbre / funèbre féminine, classiqueb cependant / ardent masculine, classiquea réalité / l’immortalité masculine, classiqueb poussière / terre féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.9· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

36 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Souffles de tempête, Paris, E. Fasquelle, 1918· numérisation poetesses.blog4ever.com· Sources