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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Souffles de tempête, 1918· V Arrières-saisons

Aumône

Lucie Delarue-Mardrus· 14 quatrains, octosyllabes, 56 vers

Nulle ivresse ne m’est venueD’avoir fréquenté les humains,Étonnés par mon âme nue,Ils ne me tendent pas les mains.

Moi, je venais, pleine de grâce,Leur offrir mon butin doré.Presque tous m’ont fait la grimaceOu se sont tus pour m’ignorer.

Si parfois une heure de charmeMe fut donnée au milieu d’eux,Je leur dois tant de jours hideuxQue mon courage enfin désarme.

Je ne veux plus rien de ceux-làQu’il faut appeler mes semblables.Monde haineux, peureux et plat,Nos lois n’ont pas les mêmes tables.

On peut être heureux sans amis,Les choses valent qu’on les aime.Mon bonheur à moi, je l’ai misDans tout ce qui vient de moi-même.

Ce qu’on appelle le labeurEt ce que j’appelle ma Muse,Et tout le reste, qui m’amuse,Tout cela suffit à mon cœur.

J’ai Paris et ma NormandieOù je me sens si bien chez moi,Du bruit pour mon âme hardie,Ou du silence plein d’émoi.

J’ai mon beau cheval qui galopeDans le même sens que le vent,Par les roux automnes d’Europe,Sous un ciel bas, gris et mouvant.

J’ai ma musique et mon grimoire,Mon doux piano reposant,Ma grammaire d’arabisant,Même mon violon. ‒ ma gloire !

J’ai mes pinceaux et mes crayonsPour les jours où je me sens peintre…Puis j’ai mon rêve qui me cintreD’une auréole de rayons.

Dans le visible et l’invisible,Je me promène en souriant.Mon destin n’a rien d’effrayant.Je suis seule, mais je suis libre.

Parmi vous, décevants humains,Déjà pareille à mon fantôme,J’aime mieux mon grave royaumeQue vos bonheurs sans lendemains.

Au jour venu, que l’heure sonneOù l’on doit renoncer à tout !Je ne devrai rien à personneEt chacun me devra beaucoup.

Car toutes ces belles annéesA l’écart de vos tristes bruitsAuront encor nourri mes fruits,‒ Et je vous les aurai données.

Versification

Forme
14 quatrains (strophes variées)
Rimes
7(abab) 7(abba)
Mètre
Octosyllabes
Strophes
14 quatrains
Mots à la rime
a venue / nue féminine, classiqueb humains / mains masculine, classiquea grâce / grimace féminine, classiqueb doré / m’ignorer masculine, non classiquea charme / désarme féminine, classiqueb d’eux / hideux masculine, classiquea ceux-là / plat masculine, non classiqueb semblables / tables féminine, classiquea amis / mis masculine, classiqueb aime / moi-même féminine, classiquea labeur / cœur masculine, classiqueb Muse / m’amuse féminine, classiquea Normandie / hardie féminine, classiqueb moi / d’émoi masculine, classiquea galope / d’Europe féminine, classiqueb vent / mouvant masculine, classiquea grimoire / gloire féminine, classiqueb reposant / d’arabisant masculine, classiquea crayons / rayons masculine, classiqueb peintre / cintre féminine, classiquea l’invisible / libre féminine, assonanteb souriant / d’effrayant masculine, classiquea humains / lendemains masculine, classiqueb fantôme / royaume féminine, classiquea sonne / personne féminine, classiqueb tout / beaucoup masculine, non classiquea années / données féminine, classiqueb bruits / fruits masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.9· écart moyen à la rime classique 1.2

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

56 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Souffles de tempête, Paris, E. Fasquelle, 1918· numérisation poetesses.blog4ever.com· Sources