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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Souffles de tempête, 1918· VII La guerre

Ce quatorze juillet…

Lucie Delarue-Mardrus· 10 quatrains, alexandrins, 40 vers

Ce quatorze juillet‖ de l’an mil neuf cent seizeQui fêta les vivants‖ et qui fêta les mortsAnnonce le jour, beau‖ comme la Marseillaise,Où, devant l’univers,‖ nous serons les plus forts.

Par nos grands carrefours‖ et par nos belles places,Angleterre, Belgique‖ et Russie ont passé.Ce jour-là, sous nos yeux,‖ la guerre a fiancéL’avenir au présent‖ et les races aux races.

Des troupes de combat‖ marchaient aux quatre ventsDu formidable cri‖ des foules accourues.Et, tandis qu’on jetait‖ des bouquets aux vivants,Invisibles, des morts‖ défilaient par les rues.

Et tout : canon, ruine,‖ incendie, affres, pleurs,La guerre, cette course‖ insensée à l’abîme,Tout devenait soudain‖ des baisers et des fleurs.Chaque rose, en tombant,‖ rachetait un grand crime.

Paris ivre disait :‖ « Je vous aime !… » aux soldats.Des drapeaux palpitaient‖ sous des vols de pétales.On ne savait plus rien‖ des mitrailles, du glas,Et qu’on avait au loin‖ tué des cathédrales.

Et, traînant leurs canons‖ sonores dans du bleu,Nos artilleurs, enfants‖ de la foudre qui gronde,Ne savaient plus, aux sons‖ de : Auprès de ma blonde,S’ils allaient à l’amour‖ ou s’ils allaient au feu.

En entendant cela,‖ nous avons dit : « Les nôtres ! »Ce chant, c’était la France,‖ au pas ferme et léger.Mais, regardant aussi‖ défiler l’étranger,Nous avons salué‖ les héroïques Autres.

Eux tous, ils s’enfonçaient‖ à même la cité,Leurs couleurs chatoyant‖ parmi la pierre grise,Ils étaient des vainqueurs‖ dans une ville prise,Puisqu’ils avaient sauvé,‖ Paris, en vérité !

Nos, nous tendions les mains.‖ C’étaient nos camarades.L’ombre du casque nu‖ d’où pointe le menton,Les armes, tout cela‖ rejoignait Marathon,Athènes, Salamine,‖ et Rome, et les Croisades.

‒ Merci d’avoir passé,‖ vous qu’on n’entrevoyaitQue de loin, dans le sang‖ où se défend la France.Votre marche à l’honneur,‖ ce quatorze juillet.Ce n’est pas la victoire‖ encor : c’est l’espérance.

Versification

Forme
10 quatrains (strophes variées)
Rimes
5(abab) 5(abba)
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
10 quatrains
Mots à la rime
a seize / Marseillaise féminine, classiqueb morts / forts masculine, classiquea places / races féminine, classiqueb passé / fiancé masculine, classiquea vents / vivants masculine, classiqueb accourues / rues féminine, classiquea pleurs / fleurs masculine, classiqueb l’abîme / crime féminine, classiquea soldats / glas masculine, classiqueb pétales / cathédrales féminine, classiquea bleu / feu masculine, classiqueb gronde / blonde féminine, classiquea nôtres / Autres féminine, classiqueb léger / l’étranger masculine, classiquea cité / vérité masculine, classiqueb grise / prise féminine, classiquea camarades / Croisades féminine, classiqueb menton / Marathon masculine, classiquea n’entrevoyait / juillet masculine, classiqueb France / l’espérance féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.1· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

40 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Souffles de tempête, Paris, E. Fasquelle, 1918· numérisation poetesses.blog4ever.com· Sources