Souffles de tempête, 1918· III Le sphinx
Héliopolis
L’obélisque où le temps‖ a joint d’informes tracesAux signes éternels‖ des siècles disparus,Tout en berçant son ombre‖ au gré des maïs drusGarde dans son granit‖ l’esprit des vieilles races.
Sur le sol où, jadis,‖ fut Héliopolis,J’ai vu vivre au soleil‖ l’Égypte bleue et noire.Fantômes du présent‖ et spectres de l’histoireOnt surgi pour mes yeux‖ à travers ce maïs.
Des demeures s’ouvraient‖ ici, sacerdotales,Ici s’émerveilla‖ le regard de Platon,Ici se profila‖ Bonaparte aux yeux pâles…Qu’en reste-t-il ? Ce lin,‖ ce maïs, ce coton.
Cependant, comme au temps‖ des gloires, le Nil règne,Le même Nil fécond,‖ père du pays vert,L’intarissable Nil,‖ veine ouverte qui saigneEt nourrit de son flot‖ rythmique le désert.
Voici la même cange‖ au mât penché qui glisse,Et le même sifflet‖ d’épervier dans le ciel.Et, primitif autant‖ que les ruches à miel,Ce village de terre‖ au peuple sombre et lisse.
Certes, la rumeur gronde,‖ au bout des horizons,L’insolente rumeur‖ des capitales neuves,Et leur foule se meut‖ selon d’autres raisons,Et les dieux, en mourant,‖ font les ruines veuves.
Mais qu’une Fellaha‖ pieds nus, au voile noir,Passe, droite, portant‖ sur sa tête son urne,Puis se penche sans bruit‖ sur l’eau déjà nocturneEt puise doucement‖ tous les reflets du soir ;
Qu’un petit berger chante‖ en conduisant ses bufflesA travers les palmiers,‖ sur le sol sablonneux ;Que ses bêtes vers lui‖ lèvent leurs tristes mufles ;Que des chameaux chargés‖ s’avancent deux à deux,
Alors nous relisons‖ les anciens chapitres,Car ce peuple a gardé,‖ sous le même soleil,Ses mœurs, ses vêtements‖ et son type, pareilA celui des Ramsès‖ que l’on voit sous des vitres.
Pour moi, ressuscitée‖ après l’immense oubli,Je porte une momie‖ en moi. Je me promèneHors le bois peint et l’or‖ sacré du dernier lit,Et reconnais partout‖ mon ancien domaine.
Est-ce que je dormais‖ dans mon pays brumeuxComme dans un humide‖ et mauvais sarcophage ?O Nil ! O temples morts !‖ Éternel paysage,Égypte ! C’est ici‖ le pays de mes yeux !
Versification
- Forme
- 11 quatrains (strophes variées)
- Rimes
- 6(abba) 5(abab)
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 11 quatrains
- Mots à la rime
- a traces / races féminine, classiqueb disparus / drus masculine, classiquea Héliopolis / maïs masculine, classiqueb noire / l’histoire féminine, classiquea sacerdotales / pâles féminine, classiqueb Platon / coton masculine, classiquea règne / saigne féminine, classiqueb vert / désert masculine, classiquea glisse / lisse féminine, classiqueb ciel / miel masculine, classiquea horizons / raisons masculine, classiqueb neuves / veuves féminine, classiquea noir / soir masculine, classiqueb urne / nocturne féminine, classiquea buffles / mufles féminine, classiqueb sablonneux / deux masculine, classiquea chapitres / vitres féminine, classiqueb soleil / pareil masculine, classiquea oubli / lit masculine, non classiqueb promène / domaine féminine, classiquea brumeux / yeux masculine, classiqueb sarcophage / paysage féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.1· écart moyen à la rime classique 0.2
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
44 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Souffles de tempête, Paris, E. Fasquelle, 1918· numérisation poetesses.blog4ever.com· Sources