Souffles de tempête, 1918· V Arrières-saisons
La grande solitude
La grande solitude‖ où mon âme s’affine,Je l’absorbe sans cesse‖ et jusqu’au fond de moi,Comme d’autres de la morphine.
L’automne, immensément,‖ m’enveloppe d’émoi,Et le jour suit son cours‖ tranquille, et l’heure sonne,Et je n’attends rien ni personne.
Au soleil du dehors‖ il me vient du bonheur,Dans le silence pur‖ de quelque vieille route,A me sentir si seule toute.
Et les nuits, bien souvent,‖ quand d’autres auraient peur,Parmi l’ombre sans bruit‖ de ma maison hantée,Je sens mon ivresse montée,
Si haut montée,‖ en vérité,‖ que le désirMe prend subitement‖ de rire du plaisirQue me font mes songes étranges.
Alors viennent s’asseoir‖ avec moi près du feuLes invités de mon‖ esprit, humains un peu,Mais sacrés par la mort archanges,
Qui vécurent aussi‖ de grande passion,Et dont l’âme, par mots‖ ou musique exprimée,Parle à mon âme bien aimée,
Qui surent comme moi‖ l’intoxicationD’être seul, merveilleux‖ et seul, d’être poèteEt d’avoir dans les mains sa tête.
‒ Ainsi, muette, et loin‖ des êtres décevants,Notre réunion‖ se passe sans vivantsQue moi, qui suis presque une morte,
ET je me dis qu’un jour,‖ esprit, je reviendraiPour enchante le songe‖ et l’automne doréD’un futur rêveur de ma sorte.
Versification
- Forme
- Strophes variées
- Rimes
- 1[abab] 5[aa] 4[abba]
- Mètre
- Alexandrins et octosyllabes (20 de 12, 10 de 8)· profil 8, 6=6
- Mots à la rime
- a s’affine / morphine féminine, classiqueb moi / d’émoi masculine, classiquea sonne / personne féminine, classiquea bonheur / peur masculine, classiqueb route / toute féminine, classiquea hantée / montée féminine, classiquea désir / plaisir masculine, classiquea étranges / archanges féminine, classiqueb feu / peu masculine, classiquea passion / l’intoxication masculine, classiqueb exprimée / aimée féminine, classiquea poète / tête féminine, classiquea décevants / vivants masculine, classiquea morte / sorte féminine, classiqueb reviendrai / doré masculine, équivalente
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.3· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
30 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Souffles de tempête, Paris, E. Fasquelle, 1918· numérisation poetesses.blog4ever.com· Sources