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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Souffles de tempête, 1918· VII La guerre

Le drapeau

Lucie Delarue-Mardrus· septains, alexandrins et octosyllabes, 47 vers

Le drapeau de la paix,‖ tricolore blason,Que bénévolement‖ il pendait sur nos villes !Fixe et calme il gardait,‖ noires foules civiles,Le monument et la maison.Aujourd’hui, furieux,‖ bondissant, militaire,Il est le drapeau de la guerre,Et c’est son claquement‖ qui remplit l’horizon.

Or, ce n’est qu’un lambeau‖ flottant d’étoffe teinte,Ce n’est qu’un peu de linge‖ et qu’un peu de couleur.Et pourtant c’est pour lui‖ que la jeunesse meurt,Pour lui le fer, le feu,‖ les balles, le canon,Pour lui tant de douleur sans nom,Pour lui tout ce qu’on tue‖ et tout ce qu’on éreinte.

Bleu, blanc rouge, il appelle,‖ et les hommes sont fous.On quitte les outils,‖ on quitte les pensées.Tout brûle au loin.‖ Les cathédrales‖ sont blessées.La pierre et la chair ont des trous.Quiconque n’est pas mort,‖ en saignant se relève.On dirait qu’il n’est plus qu’un rêve :Celui de recevoir‖ et de donner des coups.

Toi qui conduis au vent‖ l’aventure brutale,Tu sais bien cependant‖ vers quel but nous courons.Nous te suivons, drapeau,‖ pour sentir sur nos frontsFlotter ta grande aile idéale.L’un dit : « C’est ma ferme au toit gris !… »L’autre dit : « C’est moi-même !‖… » Et l’amour chante ou râle.

L’amour, l’obscur amour‖ qui fait un grand pays,L’amour de la maison‖ et l’amour de la terre,L’amour qui fait la paix,‖ l’amour qui fait la guerre,Votre amour, héros inouïsQui pour mourir, quittez‖ le blé, l’orge et le seigle,Parce qu’on vous a dit qu’une aigleAu lieu des trois couleurs,‖ garderait vos taillis.

O drapeau ! Va devant !‖ La France fière et forteTe suit au rythme sourd‖ des millions de cœurs.O drapeau ! Nous savons‖ où vont les trois couleurs !L’invisible main qui te porte,Nous la reconnaissons !‖ La victoire aux seins droits,Bouche béante et hampe aux doigts,Contre l’envahisseur‖ court, en hurlant : « Qu’il sorte ! »

Linge blanc qui d’azur‖ et de sang te repais,Bleu, blanc, rouge drapeau,‖ fils de la Marseillaise,Se pourra-t-il jamais‖ que notre amour se taise,Âme de nos labours épais ?Va ! Pour te voir flotter‖ au-dessus des batailles,Nous marcherions dans nos entrailles,O drapeau de la guerre,‖ ô promesse de paix !

Versification

Forme
Septains
Rimes
5(abbacca) 1(abbcca) 1(abbaca)
Mètre
Alexandrins et octosyllabes (34 de 12, 13 de 8)· profil 8, 6=6
Strophes
5 septains, 2 sizains
Mots à la rime
a blason / maison / l’horizon masculine, classiqueb villes / civiles féminine, classiquec militaire / guerre féminine, classiquea teinte / éreinte féminine, classiqueb couleur / meurt masculine, classiquec canon / nom masculine, classiquea fous / trous / coups masculine, non classiqueb pensées / blessées féminine, classiquec relève / rêve féminine, classiquea brutale / idéale / râle féminine, classiqueb courons / fronts masculine, classiquec gris / pays masculine, classiqueb terre / guerre féminine, classiquea inouïs / taillis masculine, classiquec seigle / aigle féminine, classiquea forte / porte / sorte féminine, classiqueb cœurs / couleurs masculine, classiquec droits / doigts masculine, classiquea repais / épais / paix masculine, classiqueb Marseillaise / taise féminine, classiquec batailles / entrailles féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.6· écart moyen à la rime classique 0.2

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

47 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Souffles de tempête, Paris, E. Fasquelle, 1918· numérisation poetesses.blog4ever.com· Sources