La verdure dorée, 1922
CXXIV. « Bien que les fleurs, Amour, dont hier tu te plus »
Bien que les fleurs, Amour,‖ dont hier tu te plusÀ couronner mon front,‖ tu ne les cueilles plus ;Bien qu’il neige, bien que‖ les roses soient tombéesOù mes rêves dormaient‖ comme des scarabées,Et que pour moi se voile‖ un visage immortel,Ne pense pas que dans‖ cette chambre d’hôtelQue baigne ma tristesse‖ avec le crépuscule,Je te consacre‖ une harangue‖ ridiculeEt vaine, qu’insultant‖ les dieux et le destinEt déclamant jusqu’aux‖ lumières du matinJe secoue à ton front‖ la menace et l’ortieTant que, les bras pendants,‖ la tête appesantieEt comme un vert bandeau‖ la couronne sur l’œil,Tu t’endormes dans mes‖ discours et ce fauteuilJaune et fané ; ni que,‖ poète et locataire,Les gouffres et les monts,‖ la mer verte et la terreHabitée et les bois‖ et les fruits et le foinEt la neige et l’azur,‖ je les prenne à témoinDe ma misère et du‖ supplice que j’endure,Qui passeront‖ comme l’amour‖ et la verdure,D’ailleurs, ou la colère‖ et les glaïeuls et lesPlaintes des rossignols‖ et le jaune des blésEt la vigne que le‖ tison d’automne embraseEt l’odeur des lilas ;‖ et j’achève ma phrase,Amour, car il serait‖ plaisant que l’universS’animât pour orner‖ ma tristesse et mes vers.Déjà j’en ai trop dit‖ et déjà tu t’amusesÀ voir que ma douleur‖ s’efface chez les MusesQui passent en riant‖ leur mouchoir sur mes yeux.Tu ris de voir les mots‖ des pleurs victorieuxEt que mon désespoir‖ aux rythmes s’atténue.C’est vrai. Mais la voici‖ rêveuse et demi-nue ;Ses cheveux sont pareils‖ à son bracelet d’or ;Lasse des voluptés,‖ elle songe et s’endort ;Une rose est moins rose‖ et quand elle s’éveilleJe sens mon cœur léger‖ comme une aile d’abeilleEt je vois frissonner‖ sur des lauriers fleurisDans l’aube et dans l’azur‖ de rouges colibris,Et je… Tais-toi. Je suis‖ triste comme une larme.Ne souris pas de mes‖ alarmes et désarmeTon arc robuste encor‖ depuis quatre mille ansQu’il darde aux madrigaux‖ des traits étincelants,Et tandis que la nuit‖ dans mon cœur va descendreLaisse-moi remuer‖ ma douleur et la cendre.
Versification
- Forme
- Distiques
- Rimes
- 22((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6=6
- Strophes
- 1 distique
- Mots à la rime
- a plus masculine, classiqueb tombées / scarabées féminine, classiquea immortel / d’hôtel masculine, classiqueb crépuscule / ridicule féminine, classiquea destin / matin masculine, classiqueb l’ortie / appesantie féminine, classiquea l’œil / fauteuil masculine, classiqueb locataire / terre féminine, classiquea foin / témoin masculine, classiqueb j’endure / verdure féminine, classiquea les / blés masculine, classiqueb embrase / phrase féminine, équivalentea l’univers / vers masculine, classiqueb t’amuses / Muses féminine, classiquea yeux / victorieux masculine, classiqueb s’atténue / demi-nue féminine, classiquea d’or / s’endort masculine, classiqueb s’éveille / d’abeille féminine, non classiquea fleuris / colibris masculine, classiqueb larme / désarme féminine, classiquea ans / étincelants masculine, classiqueb descendre / cendre féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.6· écart moyen à la rime classique 0.2
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
44 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La verdure dorée, Paris, ÉDITIONS ÉMILE-PAUL FRÈRES, 1908· numérisation poesies.net· Sources