Bouquets et prières, 1843
Au jeune paralytique
LOUIS SAINT-M…
« « J’avais au plus dix ans : dans un âge aussi tendre,
« Je connaissais l’amour, tel qu’il se peut attendre,
« Dans un cœur de dix.ans. Et je ne désirais,
« Que la voir et l’aimer ! et je ne demandais,
« Que de ses blonds cheveux une boucle soyeuse,
« Et parfois un baiser de sa bouche rieuse.
« Et j’étais le plus vieux,car elle avait huit ans ;
« Et je l’aimais ! . . . . . . . . . . . . . . . . . .
« . . . . . . . . . . Eh bien ! rappelons-nous ces rêves ;
« Ces parfums respirés et ces paroles brèves :
« Je t’aime ! oh ! pense à moi ! Ces sentimens passés,
« Que le temps a pâlis, mais n’a pas effacés.
« Depuis lors, j’ai gardé, pendant longues années ;
« Les boucles de cheveux qu’elle m’avait données ;
« Fidèle, j’ai gardé, bien qu’il soit tout flétri,
« Son petit gant d’enfant… C’est le larcin chéri !
« Voilà le souvenir tout fleuri d’innocence,
« Qui drape le matin de mon adolescence ;
« Voilà mon autre-fois, le bon temps, mes amours,
« Le jadis, dont mon cœur se souviendra toujours,
« Qui soulève en mon sein une vague ondoyante,
« El tourne autour de moi comme une ombre flottante.
« Depuis lors, bien des jours sur ma tête ont passé,
« Mais le bonheur,jamais ! »Louis SAINT-M…
Où t’a-t-on vu, poète‖ à la voix douloureuseEt pure, au cœur sonore,‖ à l’enfance amoureuse ?Où t’a-t-on vu, jeune ange‖ au pied silencieux,Prendre haleine, et chanter‖ en passant pour les cieux ?
Es-tu l’André divin‖ dont on cherche la cendre,Qui parmi nous, voilé,‖ se hasarde à descendre,Pour relire, inquiet,‖ son livre inachevé,Et le clore d’un rêve‖ en mourant retrouvé ?
Ce doux cygne étouffé‖ sous le pied de l’enviePar tes yeux sans bonheur‖ a-t-il revu la vie ;Et n’y retrouvant plus‖ ses hymnes mutilés,Pleure-t-il dans tes vers‖ ses beaux vers envolés ?
Alors que de ces vers‖ la vibrante nitéeDu pied de l’échafaud‖ s’enfuit épouvantée,Les pris-tu lumineux‖ sur le bord du chemin,Où l’ange de la vie‖ abandonnait sa main ?
Au-dessus des cachots,‖ délivrée et chantante,As-tu trouvé dans l’air‖ cette âme encor flottante,Après que sa grande aile‖ eut franchi ses barreaux,Toute rougie encor‖ de l’acier des bourreaux ?
Hélas ! on le croirait,‖ tant la grâce est la même ;Tant tu sais, comme lui,‖ ce qu’on sait quand on aime !Oh ! la Parque est cruelle‖ à qui l’a vu mourir ;Mais quoi ! la vie est triste‖ à qui t’y sent souffrir !
Où que tu sois, jeune homme,‖ où que pleure ton âme,Dis : J’ai mon nom caché‖ dans le cœur d’une femme,Mon nom d’enfant, qui chante‖ au milieu de ses jours,Et qui dans sa prière‖ à Dieu, monte toujours !
Versification
- Forme
- 7 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 7(aabb)
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 7 quatrains
- Mots à la rime
- a douloureuse / amoureuse féminine, classiqueb silencieux / cieux masculine, classiquea cendre / descendre féminine, classiqueb inachevé / retrouvé masculine, classiquea l’envie / vie féminine, classiqueb mutilés / envolés masculine, classiquea nitée / épouvantée féminine, classiqueb chemin / main masculine, classiquea chantante / flottante féminine, classiqueb barreaux / bourreaux masculine, classiquea même / aime féminine, classiqueb mourir / souffrir masculine, classiquea âme / femme féminine, classiqueb jours / toujours masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.7· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
28 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Bouquets et Prières, Paris, Dumont, 1843· numérisation gallica.bnf.fr· Sources