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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les pleurs, 1833

Béranger

Marceline Desbordes-Valmore· 6 huitains, décasyllabes, 48 vers

Mes chansons, c’est moi.
Le bonheur de l’humanité a été le songe de ma vie.P. J. Béranger.

Ange ou prophète !‖ oh ! que je te revoie,Grave, sublime,‖ et profond dans tes pleurs,Insoucieux‖ aux heures de la joie,Toujours nouveau‖ sous tes nouvelles fleurs,Toujours toi-même !‖ Ingénu camarade,Du La Fontaine‖ inventeur de tableaux,Tu dors longtemps ;‖ mais tu n’es pas malade,Et ton réveil‖ a triplé ses grelots.

Je baise au front‖ cette muse fidèle ;Son vol frémit,‖ tout l’univers l’entend :Que d’astres froids‖ elle éteint d’un coup d’aile !Sa plume brûle !‖ — écris : le pauvre attend.Sauvage encor,‖ libre, candide, nue,Elle a monté‖ par les mêmes chemins.L’aigle sans peur‖ la soutint dans la nue ;Oh ! qu’elle est noble !‖ ô les beaux parchemins !

Sans la trahir,‖ toi, tu l’as épousée ;L’eau des prisons‖ baptisa vos serments ;Par l’ouragan‖ la flamme est aiguisée,Et tu sors pur‖ de ses embrassements.Glissant partout‖ où le pouvoir te veille,Qu’elle a trompé‖ de gardes endormis !Qu’elle t’a dit‖ de secrets à l’oreille !Et ces secrets,‖ Dieu ! qu’ils t’ont fait d’amis !

On rit, on pleure‖ en feuilletant ton âme ;À chaque page‖ elle brûle nos doigts ;Dans ces sons pleins‖ de larmes et de flamme,Qu’on aime Dieu !‖ mais aime-t-on les rois ?Des malheureux‖ ta chanson lumineuseTraduit les pleurs‖ que le ciel entendra ;Ah ! sur leur route‖ encor trop épineuseSème tes fruits :‖ le temps les mûrira.

Oh ! ne crois pas‖ qu’exilé de la foule,Tu fus jamais‖ tiède en son souvenir ;Toujours ton nom,‖ comme un écho qui roule,Chantait dans l’air,‖ échauffant l’avenir.Va, l’amour libre‖ est toujours la plus forte !Et quand nos vœux‖ soulevaient ton lien,Nos cœurs serrés‖ battaient contre ta portePour écouter‖ les battements du tien.

Triste, toujours‖ ton immense famille,Je dis la France,‖ avait soif de tes vers ;En te voyant‖ radieux sous la grille,Elle a maudit‖ tes juges et tes fers.Quand tout mourra,‖ leur marbre cinéraireSera scellé‖ par le pied du remord :Toi, si l’on frappe‖ à ta tombe légère,Tu répondras :‖ « Liberté dans la mort ! »

Versification

Forme
6 huitains (huitains)
Rimes
6(ababcdcd)
Mètre
Décasyllabes· profil 4+6
Strophes
6 huitains
Mots à la rime
a revoie / joie féminine, classiqueb pleurs / fleurs masculine, classiquec camarade / malade féminine, classiqued tableaux / grelots masculine, classiquea fidèle / d’aile féminine, classiqueb l’entend / attend masculine, classiquec nue féminine, classiqued chemins / parchemins masculine, classiquea épousée / aiguisée féminine, classiqueb serments / embrassements masculine, classiquec veille / l’oreille féminine, classiqued endormis / d’amis masculine, classiquea âme / flamme féminine, classiqueb doigts / rois masculine, classiquec lumineuse / épineuse féminine, classiqued entendra / mûrira masculine, classiquea foule / roule féminine, classiqueb souvenir / l’avenir masculine, classiquec forte / porte féminine, classiqued lien / tien masculine, classiquea famille / grille féminine, classiqueb vers / fers masculine, classiquec cinéraire / légère féminine, classiqued remord / mort masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.7· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

48 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies complètes, Paris, Éditions du Trianon, 1931· Sources