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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les pleurs, 1833

L’âme de Paganini

Marceline Desbordes-Valmore· strophes variées, octosyllabes et alexandrins, 82 vers

On dirait sous sa corde et sans frein et sans règle
Un nid de rossignols couvé par des yeux d’aigle.Prosper Valmore.

Oui, d’une flamme à part‖ cette âme fut formée !Oui, Dieu la soupira,‖ ce fut sa bien-aimée !Oui, mille oiseaux d’amour‖ murmurent dans son sein ;Leur souffle le parcourt,‖ ils chantent sous sa main ;Lorsqu’on entend glisser sa vieAux cordes où son cœur‖ dit ses pulsations,Doux nom ! tu vas tintant‖ d’allégresse et d’envieAutour de ses créations !

Lorsqu’il va les cueillir‖ comme les fleurs aux plaines,Imitant la cigale‖ à travers le bouleau,Ou le frissonnement‖ des nocturnes phalènesFrôlant le narcisse dans l’eau ;Lorsque sa gloire solitaire,Au milieu du monde attentif,Force tous les bruits à se taire,Pour écouter le dieu plaintif ;

Lorsqu’il monte, léger‖ comme un rêve dans l’ombre,Qu’il attache à ses doigts‖ les ailes d’un oiseau,Et se balance ainsi‖ que le rossignol sombreDésaltérant sa voix‖ au sommet d’un roseau ;Parmi ses suaves haleinesQui bruissent comme les fleurs,Roule un miel dans toutes les peines,Et des larmes pour tous les pleurs !

Un roi qui plaint et qui pardonneRelève moins d’infortunés :Pensif et seul sous sa couronne,Roi sans armée, il donne ! il donneTous les biens qui lui sont donnés !

Attiré dans sa pitié tendre,On ne sait plus rien des méchants ;En est-il où l’on peut l’entendre ?Non, le mal est forcé d’attendreQue son âme enferme ses chants !

Il porte au malheur qui succombeUn secret qu’il va prendre au ciel,Et relevant la foi qui tombe,Qui doute et qui cherchait la tombe,Il dit : « L’espoir est immortel ! »

À cette âme qu’il a cherchée,Il dit : « Ma sœur, écoute-moi :Je parle à la douleur cachée ;Dans la. mienne au monde attachéeJe souffre !… et j’attends comme toi. »

Car, on dit que naguère‖ un cœur de jeune femme,À force de l’aimer,‖ mourut ! et s’enfermaSous l’érable sonore‖ où palpite sa flamme,Pour répondre toujours‖ à celui qu’elle aima !C’est sur ce cœur voilé‖ qu’il frappe ses prodiges,Et ses sanglots d’amour,‖ et sa prière aux cieux,Et tous ses cris délicieux !Ils sont deux ! toujours deux‖ au fond de leurs prestiges :Elle ! à lui demander‖ de toujours la chérir,À lui reprocher, lui !‖ d’avoir voulu mourir.Oh ! comme ils s’isolent ensemblePour causer de ciel et d’amour !L’heure sans nom qui les rassembleN’a plus de nuit, n’a plus de jour.Leur chaste et brûlante souffranceS’abreuve en tremblant d’espérance ;Car, dans un profond souvenir,Que de croyance et d’avenir !

Mais quand il faut enfin‖ retomber sur la terre,Recueilli tout entier‖ dans son double mystère,Savourant pour sa soif‖ encore un peu de miel,Avant d’abandonner le ciel,Son génie altéré‖ s’y plonge et s’y replonge,Comme un baiser qui se prolongeS’attache à des lèvres de feu,Pour suspendre longtemps‖ un impossible adieu !

Voilà pourquoi son front d’artisteS’empreint de charme et de pâleur,Et pourquoi l’on écoute, triste,Ce talent baigné de douleur !

Dieu ! protégez dans ses voyagesL’écho vivant de votre voix,Qui suspend la voix des orages,Ou les fait gémir sous ses doigts.

À cette errante mélodieFermez les sentiers douloureux ;Car sa sublime maladieGuérit bien des cœurs malheureux !

Versification

Forme
Strophes variées
Rimes
9[aa] 10[abab] 4[abaab] 1[abba]
Mètre
Octosyllabes et alexandrins (55 de 8, 27 de 12)· profil 8, 6+6
Mots à la rime
a formée / bien-aimée féminine, classiquea sein / main masculine, classiquea vie / d’envie féminine, classiqueb pulsations / créations masculine, classiquea plaines / phalènes féminine, classiqueb bouleau / l’eau masculine, classiquea solitaire / taire féminine, classiqueb attentif / plaintif masculine, classiquea l’ombre / sombre féminine, classiqueb oiseau / roseau masculine, classiquea haleines / peines féminine, classiqueb fleurs / pleurs masculine, classiquea pardonne / couronne / donne féminine, classiqueb d’infortunés / donnés masculine, classiquea tendre / l’entendre / d’attendre féminine, classiqueb méchants / chants masculine, classiquea succombe / tombe féminine, classiqueb ciel / immortel masculine, classiquea cherchée / cachée / attachée féminine, classiqueb écoute-moi / toi masculine, classiquea femme / flamme féminine, classiqueb s’enferma / aima masculine, classiquea prodiges / prestiges féminine, classiqueb cieux / délicieux masculine, classiquea chérir / mourir masculine, classiquea ensemble / rassemble féminine, classiqueb d’amour / jour masculine, classiquea souffrance / d’espérance féminine, classiquea souvenir / d’avenir masculine, classiquea terre / mystère féminine, classiquea miel / ciel masculine, classiquea replonge / prolonge féminine, classiquea feu / adieu masculine, classiquea d’artiste / triste féminine, classiqueb pâleur / douleur masculine, classiquea voyages / orages féminine, classiqueb voix / doigts masculine, classiquea mélodie / maladie féminine, classiqueb douloureux / malheureux masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.6· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

82 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies complètes, Paris, Éditions du Trianon, 1931· Sources