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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Poésies inédites, 1860· Enfants et jeunes filles

Le petit brutal

Marceline Desbordes-Valmore· strophes variées, alexandrins, 64 vers

J’ai vu bien des enfants‖ mal éclos dans ma vie ;J’en ai tant vu, tant vu‖ que les yeux m’en font mal !Mais ils valaient de l’or‖ près du petit brutalQui, de ne pas l’aimer,‖ me donnerait l’envie.

Il faut aimer pourtant :‖ que faire de son cœur ?Quand il serait encor‖ plus hardi, plus moqueur,Il faut en le grondant‖ lui faire une caresseEt le changer peut-être‖ à force de tendresse.Gronder n’est pas si beau.— « Viens donc, mon pauvre enfant,Ma raison te pardonne‖ et mon cœur te défend.La malice est un dard‖ que l’indulgence émousse.Bonjour ! Prends cette orange…‖ Elle est mure, elle est douce ;Fais-en ce que tu veux ;‖ je la gardais pour toi :Un jour, pour quelque enfant‖ tu feras comme moi.Tu ne dis pas merci ?— Non.— Pourquoi donc ?— Je mange.— Et tu ne m’aimes pas un peu ?— J’aime l’orange.— Tu n’es pas dans ton tort.‖ Mais poursuis ton chemin ;Sois libre comme l’air.— Je t’aimerai demain.— Je le sais mieux que toi,‖ ton regard me l’assure ;Comme un petit serpent‖ tu guéris ta morsure.— Je n’aime pas le grand‖ qui me fait de grands yeux,...........................................................................Et qui lève toujours‖ sa canne sur ma tête.C’est un laid, c’est un noir,‖ c’est une grosse bête !Quand il sera petit‖ et que je serai grand,Nous verrons !— Ne peux-tu‖ l’éviter en courant ;Et le laisser partir‖ sans que tu le déranges ?On se distrait d’ailleurs‖ en mangeant des oranges.C’est si bon, d’être bon,‖ d’être gai, franc, loyal,Et d’être pardonné‖ quand on a fait le mal !Dieu m’a traitée ainsi‖ lorsque j’étais méchante :Celle bonté toujours‖ me rend bonne et m’enchante !— Vous avez donc crié ?— Tais-toi, c’était affreux !Et les petits enfants‖ se regardaient entre eux.J’arrachais les fruits verds,‖ je marchais sur les roses ;Je faisais, comme toi,‖ de très-vilaines choses.Et l’on me détestait.— C’est drôle !— C’est bien plus,C’est bête, et l’on s’en moque‖ aux livres que j’ai lus.Lis-tu beaucoup ?— Jamais !‖ Je déchire la page.Quand vous étiez méchante,‖ aimiez-vous le tapage ?— À t’en donner horreur. Tu verras !— Je verrai.— Viens, nous en causerons comme amis.— Je viendrai.Mais quand ?— À la belle heure‖ avec toi reparue.— Ah ! c’est que j’ai beaucoup‖ d’affaires dans la rue !— Ne te gène donc pas‖ et viens quand tu voudras.Je me confesserai :‖ toi, tu me jugeras. »Il vint, et de lui-même‖ ouvrant d’un coup la porteIl y passait sa tête‖ aimable ou non, n’importe,Et tenté par un charme,‖ une histoire, un doux fruit,Il oubliait de battre‖ et de faire du bruit.

Versification

Forme
Strophes variées
Rimes
1(abba) 22((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
1 quatrain, 1 distique
Mots à la rime
a vie / l’envie féminine, classiqueb mal / brutal masculine, classiquea cœur / moqueur masculine, classiqueb caresse / tendresse féminine, classiquea beau / enfant / défend masculine, classiqueb émousse / douce féminine, classiquea toi / moi masculine, classiqueb merci / Non / donc / mange / peu / l’orange féminine, classiquea chemin / l’air / demain masculine, classiqueb l’assure / morsure féminine, classiquea tête / bête féminine, classiqueb grand / verrons / courant masculine, classiquea déranges / oranges féminine, classiqueb loyal / mal masculine, classiquea méchante / m’enchante féminine, classiqueb crié / affreux / eux masculine, classiquea roses / choses féminine, classiqueb détestait / drôle / plus / lus masculine, classiquea beaucoup / page / tapage féminine, classiqueb verras / verrai / amis / viendrai masculine, classiquea quand / reparue / rue féminine, classiqueb voudras / jugeras masculine, classiquea porte / n’importe féminine, classiqueb fruit / bruit masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.7· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

64 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies Inédites, Genève, Impr. de J. Fick, 1860· numérisation archive.org· Sources