Poésies inédites, 1860· Enfants et jeunes filles
Les promeneurs
« Pourquoi vous a-t-on mis‖ ce casque sur la tête ?Allez-vous à la guerre‖ ou bien dans les tournois ?Cet appareil grillé‖ vous donne un air sournois.Je vous ai vu moins laid‖ dans nos jours de conquête… »
— « Mon Dieu ! » dit l’autre chien‖ (c’était deux chiens errants,Cherchant aux carrefours‖ à distraire leur vie),« Peut-on, quand on est chien,‖ se mettre à son envie !Tout maître a son caprice‖ et nous sommes aux grands.
« Nous leur appartenons‖ de la queue aux oreilles ;Ce qu’ils en font, c’est triste,‖ et vous n’avez qu’à voir.Ils ont raison pourtant‖ puisqu’ils ont le pouvoir.N’avez-vous pas subi‖ des justices pareilles ?
« On est gai de naissance ;‖ eh bien, on ne rit plus.Les sens ainsi gênés‖ ne trouvent plus leurs voies ;Étouffer notre souffle‖ est une de leurs joies ;Ces faits contre nature‖ où les avions-nous lus ?
« Venez causer plus loin…‖ je crois qu’on nous regarde.Nos maîtres si hautains‖ sont lâchés par moment.On pourrait nous traiter‖ comme un rassemblement,Et pour nous disperser‖ faire venir la garde.
« Contre ce lourd bonnet‖ qui n’est pas de mon goûtJ’ai beaucoup aboyé,‖ mais c’est comme qui chante.Tout cadenas tient bon‖ sous une main méchante !Je ne peux plus toucher,‖ mon frère, à rien du tout ! »
Durant cet entretien‖ le plus libre s’arrête :Un régal imprévu‖ l’a séduit en marchant.— « Voyez ! l’homme envers nous‖ n’est pas toujours méchantIl jette sur nos pas‖ des vestiges de fête !
« Celui-ci, partagé,‖ vous remettrait le cœur ;Mais pour thésauriser‖ nous n’avons point d’armoire.Il faut vider les plats‖ sans payer le mémoire ;Nous sommes à la chasse‖ et je me fais piqueur ! »
Il mourut, car la fête‖ était empoisonnée.Ô mémoire flottante !‖ Ô candeur des petits !Ô perfides éveils‖ d’incessants appétits !Ô vie à tout propos‖ dans ta fleur moissonnée !
L’empoisonneur sifflait,‖ écorchant sans remordsLe chien, bon pour des gants.‖ Sous son casque, et plus sombre,L’autre disait tout bas,‖ trottant seul et dans l’ombre :« Heureux les muselés !‖… Mais plus heureux les morts ! »
Versification
- Forme
- 10 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 10(abba)
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 10 quatrains
- Mots à la rime
- a tête / conquête féminine, classiqueb tournois / sournois masculine, classiquea errants / grands masculine, classiqueb vie / envie féminine, classiquea oreilles / pareilles féminine, classiqueb voir / pouvoir masculine, classiquea plus / lus masculine, classiqueb voies / joies féminine, classiquea regarde / garde féminine, classiqueb moment / rassemblement masculine, classiquea goût / tout masculine, classiqueb chante / méchante féminine, classiquea s’arrête / fête féminine, classiqueb marchant / méchant masculine, classiquea cœur / piqueur masculine, classiqueb d’armoire / mémoire féminine, classiquea empoisonnée / moissonnée féminine, classiqueb petits / appétits masculine, classiquea remords / morts masculine, classiqueb sombre / l’ombre féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.8· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
40 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies Inédites, Genève, Impr. de J. Fick, 1860· numérisation archive.org· Sources