Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Poésies, 1830· Élégies

La fête

Marceline Desbordes-Valmore· strophes variées, alexandrins surtout, 52 vers

Pour la douzième fois,‖ hier, sur ma demeure,Nuit lente, tu passais‖ sans jeter de pavots ;Sur mon cœur malheureux‖ je sentais tomber l’heure,Et l’écho répétait‖ l’heure avec mes sanglots.Je regardais, sans voir,‖ une lampe inutileDont les rayons brûlaient‖ ma paupière immobile ;« Elle s’éteint », disais-je :‖ hélas ! c’étaient mes pleurs,Qui d’un triste nuage‖ entouraient ses lueurs.

Mais à travers mes pleurs‖ et cette clarté sombre,J’ai vu paraître une ombre,Autrefois mon idole,‖ aujourd’hui mon effroi :Cette ombre était la sienne,‖ elle avançait vers moi.« Te voilà donc ! lui dis-je,‖ on m’a désespérée ;« Mon âme était si tendre !‖ elle s’est égarée.« On t’a nommé trompeur,‖ et je t’ai cru trompeur,« Tu ne les démens pas !‖ tu ris… parle, j’ai peur.« Tous ont fui, tous vont voir‖ je ne sais quelle fête ;« Moi je mourais. Mais parle,‖ et mon âme s’arrête. »L’ombre alors me repousse‖ et m’entraîne à la fois.Oubliant ma faiblesse‖ et ma fièvre brûlante,Partout pour la saisir‖ j’étends ma main tremblante :Tout est lui, tout m’appelle,‖ et tout a pris sa voix.J’ai couru, j’ai suivi‖ des sentiers que j’ignore ;Demi-nue, insensible‖ au souffle de l’hiver,J’obéissais, mourante,‖ à ce guide si cher :Il ne m’appelait plus,‖ j’obéissais encore.La pluie à longs torrents‖ inondait le chemin ;Le vent soufflait : « Demain !‖ n’attends pas à demain ! »Et je tombe à sa porte,‖ et presque évanouie,Par l’éclat des flambeaux,‖ je m’arrête éblouie.Des danses, des parfums,‖ des voix, des chants d’amourRemplissaient ce séjour.Au milieu de l’encens‖ qui formait un nuage,J’ai vu d’un groupe heureux‖ se balancer l’image ;La plus belle au plus tendre‖ abandonnait sa main.C’était… l’ai-je rêvé ?‖ c’était cet inhumain,Comblé de tous les dons‖ que l’amour nous envoie,Plus qu’elle encor paré‖ d’espérance et de joie !Un prestige cruel‖ m’attachait sur le seuil.Sous mon voile de deuil,J’ai murmuré comme eux‖ le chant de l’hyménée ;Mais il était plus triste‖ à mon âme étonnéeQue le cri de l’oiseau‖ qu’on entend soupirer,Quand, blessé, sur la rive‖ il est près d’expirer.Dans l’ombre où m’enchaînait‖ ma douleur curieuse,Froide et silencieuse,J’ai contemplé longtemps‖ ma mort dans leur bonheur ;Mais les flambeaux éteints‖ m’en ont caché l’horreur !

J’ai dormi, je m’éveille,‖ et ma fièvre est calmée.Sommeil, affreux miroir !‖… Je reprends mon bandeau.Voici l’aurore enfin !‖ lentement ranimée,Je vais d’un jour encore‖ essayer le fardeau.

Versification

Forme
Strophes variées
Rimes
2[abab] 18[aa] 2[abba]
Mètre
Alexandrins surtout (48 de 12, 4 de 6)· profil 6, 6+6
Mots à la rime
a demeure / l’heure féminine, classiqueb pavots / sanglots masculine, classiquea inutile / immobile féminine, classiquea pleurs / lueurs masculine, classiquea sombre / ombre féminine, classiquea effroi / moi masculine, classiquea désespérée / égarée féminine, classiquea trompeur / peur masculine, classiquea fête / s’arrête féminine, classiquea fois / voix masculine, classiqueb brûlante / tremblante féminine, classiquea j’ignore / encore féminine, classiqueb l’hiver / cher masculine, classiquea chemin / demain masculine, classiquea évanouie / éblouie féminine, classiquea d’amour / séjour masculine, classiquea nuage / l’image féminine, classiquea main / inhumain masculine, classiquea envoie / joie féminine, classiquea seuil / deuil masculine, classiquea l’hyménée / étonnée féminine, classiquea soupirer / d’expirer masculine, classiquea curieuse / silencieuse féminine, classiquea bonheur / l’horreur masculine, classiquea calmée / ranimée féminine, classiqueb bandeau / fardeau masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.4· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

52 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies complètes, Paris, Éditions du Trianon, 1931· Sources