Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Poésies, 1830· Poésies diverses

La nymphe toulousaine

IMITATION DE GOUDELIN

Marceline Desbordes-Valmore· strophes variées, alexandrins surtout, 80 vers

Sous les arbres touffus,‖ naïves pastourelles,Cherchez de frais abris‖ contre l’ardeur du jour.Et vous, petits oiseaux,‖ sous leurs voûtes nouvelles,Enflez votre gosier‖ pour saluer l’Amour.Toi dont les flots d’argent,‖ dont l’eau vive et brillanteOffre un miroir mobile‖ à la beauté riante,Cristal limpide et pur,‖ qui rafraîchis les fleurs,Tu ne rafraîchis pas‖ mes yeux brûlés de pleurs.Vallons, où le plaisir‖ vient former des guirlandesQuand la jeune saison‖ vous charge de rameaux,Où l’abeille bourdonne‖ à l’entour des offrandesQue le Printemps attache‖ aux branches des ormeaux,Écoutez ! écoutez‖ la nymphe Toulousaine ;Elle pleure, elle fuit‖ des cieux la pourpre et l’or.Ne l’entendez-vous pas‖ gémir, gémir encor,Appelant un écho‖ triste comme sa peine ?Écoutez ! écoutez !‖ Le voile du malheurIntercepte l’éclat‖ de l’astre de la France,Et la douce Espérance,En retournant aux cieux,‖ jette un cri de terreur.

De ronces, de cyprès‖ à jamais couronnée,Aux regrets condamnée,Ma lyre en sons confus‖ révèle mes douleurs,Et le Temps me promet‖ des pleurs, toujours des pleurs.

Henri, le grand Henri !‖… Quel douloureux murmureS’élève autour de moi ?Henri ! ton nom m’échappe,‖ et toute la natureA tressailli d’effroi.Orgueil du sol français,‖ la noble fleur tombéeN’y renaîtra jamais !Sous la faux de la mort‖ sa tête s’est courbée ;Le monde pleure ; il pleure…‖ Henri seul est en paix.Aux régions du ciel‖ sa grande âme envoléeDe son dernier soupir‖ a rempli l’univers ;Et l’univers n’est plus‖ qu’une triste valléeQue le ciel abandonne‖ au souffle des pervers.

Henri ! toi qui régnas‖ pour la gloire du monde,Le trône, en te portant,‖ s’ennoblissait encor.Telle est du diamant‖ la richesse féconde,En lui prêtant ses feux‖ il enorgueillit l’or.La terre, en frémissant‖ au bruit de tes armées,Te reconnut pour maître‖ et nomma son vainqueur.Les Vertus t’attendaient ;‖ elles étaient forméesPour habiter ton cœur.

Soutiens ma lyre,‖ ô Vérité charmante !Henri, le grand Henri‖ ne craint pas ton miroir ;De ce roi, tout amour,‖ tu fus la noble amante.Oh ! dans le cœur des rois‖ qu’il est beau de te voir !Tu ne le suivras plus‖ au milieu des batailles ;Mais viens, comme une veuve‖ au tombeau de son roi :Suspends par tes récits‖ l’horreur des funérailles,Je ne veux chanter qu’après toi.

Quand le ciel, irrité‖ de leur plainte importune,De la guerre aux humains‖ imposa le fardeau,Henri, que fatiguaient‖ les yeux de la Fortune,En poursuivant l’ingrate‖ arracha son bandeau.Ses ennemis tombaient‖ comme atteints de la foudre :Ainsi le verre éclate‖ et se réduit en poudre.Il désarma le Ciel,‖ il étonna le Sort,Il enchaîna la Mort.L’implacable arbalétrière,Assise et menaçante‖ au milieu des débris,Agitait dans ses mains‖ sa flèche meurtrière,Et la Peur en porta‖ la nouvelle à Paris.Elle dit : « Je l’ai vu !‖ Tel un lion s’élance,Épouvante les loups,‖ les soumet, les retient.De mille bras ligués‖ il fait tomber la lance ;C’est l’Hercule qui brise,‖ et l’Atlas qui soutient ;C’est Henri, fuyez tous !‖ » On vole à son passage,On l’implore ; il sourit,‖ et le ciel se dégage,Et la France respire,‖ et le roi troubadourChante, sous des lauriers,‖ Gabrielle et l’Amour.

Mais quel monstre se glisse‖ et s’avance dans l’ombre ?Échappé de l’enfer,‖ il brûle d’un feu sombre ;Il siffle, il roule, il rampe‖ aux pieds de la vertu.Henri se penche, et meurt‖ sans avoir combattu !

Vérité ! pour accents‖ tu n’as plus que des larmes ;L’avenir te répond‖ par un long cri d’alarmes.D’un roi clément, d’un père,‖ on prépare le deuil,Et ma lyre se brise‖ au pied de son cercueil.

Versification

Forme
Strophes variées
Rimes
12[abab] 12[aa] 2[abba]
Mètre
Alexandrins surtout (70 de 12, 7 de 6, 2 de 8, 1 de 10)· profil 6, 8, 6+6, (4+6)
Mots à la rime
a pastourelles / nouvelles féminine, classiqueb jour / l’Amour masculine, classiquea brillante / riante féminine, classiquea fleurs / pleurs masculine, classiquea guirlandes / offrandes féminine, classiqueb rameaux / ormeaux masculine, classiquea Toulousaine / peine féminine, classiqueb l’or / encor masculine, classiquea malheur / terreur masculine, classiqueb France / Espérance féminine, classiquea couronnée / condamnée féminine, classiquea douleurs / pleurs masculine, classiquea murmure / nature féminine, classiqueb moi / d’effroi masculine, classiquea tombée / courbée féminine, classiqueb jamais / paix masculine, classiquea envolée / vallée féminine, classiqueb l’univers / pervers masculine, classiquea monde / féconde féminine, classiqueb encor / l’or masculine, classiquea armées / formées féminine, classiqueb vainqueur / cœur masculine, classiquea charmante / amante féminine, classiqueb miroir / voir masculine, classiquea batailles / funérailles féminine, classiqueb roi / toi masculine, classiquea importune / Fortune féminine, classiqueb fardeau / bandeau masculine, classiquea foudre / poudre féminine, classiquea Sort / Mort masculine, classiquea arbalétrière / meurtrière féminine, classiqueb débris / Paris masculine, classiquea s’élance / lance féminine, classiqueb retient / soutient masculine, classiquea passage / dégage féminine, classiquea troubadour / l’Amour masculine, classiquea l’ombre / sombre féminine, classiquea vertu / combattu masculine, classiquea larmes / d’alarmes féminine, classiquea deuil / cercueil masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.1· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

80 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies complètes, Paris, Éditions du Trianon, 1931· Sources