Les lèvres closes, 1867
Le remous
Tout se tait maintenant‖ dans la ville. Les ruesNe retentissent plus‖ sous les lourds tombereaux.Le gain du jour compté,‖ victimes et bourreauxS’endorment en rêvant‖ aux richesses accrues ;Plus de lampe qui luise‖ à travers les carreaux.
Tous dorment en rêvant‖ aux richesses lointaines.On n’entend plus tinter‖ le métal des comptoirs ;Parfois, dans le silence,‖ un pas sur les trottoirsSonne, et se perd au sein‖ des rumeurs incertaines.Tout est désert : marchés,‖ théâtres, abattoirs.
Tout bruit se perd au fond‖ d’une rumeur qui roule.Seul, aux abords vivants‖ des gares, par moment,Hurle en déchirant l’air‖ un aigu sifflement.La nuit règne. Son ombre‖ étreint comme une foule.— Oh ! Ces millions d’yeux‖ sous le noir firmament.
La nuit règne. Son ombre‖ étreint comme un mystère ;Sous les cieux déployant‖ son crêpe avec lenteur,Elle éteint le sanglot‖ de l’éternel labeur ;Elle incline et remplit‖ le front du solitaire ;Et la vierge qui dort‖ la laisse ouvrir son cœur.
Voici l’heure où le front‖ du poète s’incline ;Où, comme un tourbillon‖ d’abeilles, par milliersVolent autour de lui‖ les rêves réveillésDont l’essaim bourdonnant‖ quelquefois s’illumine ;Où dans l’air il surprend‖ des frissons singuliers.
L’insaisissable essaim‖ des rêves qui bourdonneL’entoure ; et dans son âme‖ où l’angoisse descendS’agite et s’enfle, avec‖ un reflux incessant,La houle des désirs‖ que l’espoir abandonne :Amour, foi, liberté,‖ mal toujours renaissant.
Comme une houle épaisse‖ où fermente la haineDe la vie, en son cœur‖ plus caché qu’un cercueil,S’élève et vient mourir‖ contre un sinistre écueilL’incurable dégoût‖ de la clameur humaineDont la nuit au néant‖ traîne le vain orgueil !
Versification
- Forme
- 7 quintils (quintils)
- Rimes
- 7(abbab)
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 7 quintils
- Mots à la rime
- a rues / accrues féminine, classiqueb tombereaux / bourreaux / carreaux masculine, classiquea lointaines / incertaines féminine, classiqueb comptoirs / trottoirs / abattoirs masculine, classiquea roule / foule féminine, classiqueb moment / sifflement / firmament masculine, classiquea mystère / solitaire féminine, classiqueb lenteur / labeur / cœur masculine, classiquea s’incline / s’illumine féminine, classiqueb milliers / réveillés / singuliers masculine, classiquea bourdonne / abandonne féminine, classiqueb descend / incessant / renaissant masculine, classiquea haine / humaine féminine, classiqueb cercueil / écueil / orgueil masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.3· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
35 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, tome I, Paris, ALPHONSE LEMERRE ÉDITEUR, 1925· numérisation poesies.net· Sources